‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 49 sur 184 · TENUE DEVANT UN GRAND · texte numérisé non relu

TENUE DEVANT UN GRAND

« Le grand en allongeant sa main, fait ce à quoi les hommes ne parviennent pa^?. » Comme les moyens d'existence sont sous la volonté de Dieu, on ne peut rien contre » cela 1. »

Il faut donc se soumettre, et, sans maugréer contre la fortune, « qui ne vient qu'à sa volonté et n'a de loi que son caprice », laisser à Dieu le soin de punir le puissant qui abuse de sa situation. L'obéissance et le respect envers Tautorité plaisent à Dieu :

« Si tu t'abaisses en obéissant à un supérieur, la conduite est entièrement bonne » devant Dieu. Sachant qui doit obéir et qui doit commander, n'élève pas ton cœur » contre celui-ci. Gomme tu sais qu'en lui est l'autorité, sois respectueux pour lui, » comme il lui appartient 2. »

D'ailleurs, cette fatalité n'est pas sans compensation. L'autorité qui gène est protectrice et limite la licence d'autrui :

a Courbe ton dos devant ton supérieur... Il faut réfléchir quand on est entravé par » elle, que la gêne de l'autorité se fait sentir aussi au voisin ^. »

Tels sont les principes de Ptah-holpou*.

Devant un grand on conservera toujours une attitude respectueuse. On se contraindra devant lui. On ne l'abordera point sans nécessité ; car il faut le laisser à ses affaires :

« Ne dérange pas un grand ; n'affaiblis pas l'attention de celui qui est occupé s... Com- » pose ton visage au milieu même du trouble, pour que la paix soit avec sa personne, » lorsque l'agitation règne dans son personnel 6. «

Si l'on est admis en sa présence, à sa table, dans sa maison, après lui avoir rendu les honneurs qui lui sont dus. on se tiendra modestement à sa place.

Saluts, courbettes, adorations ne coûtent rien. Cette forme de la politesse parait au moraliste tellement simple qu'il n'en parle pas. Mais il donne des conseils de savoir-vivre sur la manière de recevoir un don ou une part à table, sur la tenue et la conversation :

1 Ptah-hotpou, ibid., | 7 (pi. vii,l. 2-3).

iJbid., § 10 (pi. vn,l. 7-9).

3 Ibid., I 31 (xui, 9, 11 ; xiv, 3-4).

* Cf. Douacuf-si-Khrocdi, Satire des métiers, î| 23, 23 et 27.

5 Cf. : « Qu'un esclave n'aille pas importuner le maître du pouvoir dans l'exercice delà » puissance. » (Phibefhor, Pap. moral de Leide : Revillout, y. As., 1905,210, ch. vu, 1.30).

6 Ptah-hotpgi:, | 26 (xu. 8-9). — Lauth : « activitas apud feminam ejus ».

« Si tu es parmi les personnes assises (à manger) chez un personnage plus grand que » toi, prends ce qu'il te donne en t'inclinant profondément (m. à m. en te mettant sur le » nez). Regarde celui qui est devant toi, mais ne le fixe pas ; ne le regarde pas fréquem- » ment ; c'est un personnage blâmable celui qui sort de cette règle. Ne lui parle pas » plus qu'il ne demande, car on ne sait pas ce qui peut lui déplaire; parie quand il t'y » invite, et ta parole plaira i. »

L'auteur de la Satire des métiers recommande aussi de présenter ses demandes modestement et sans importuner par des jérémiades :

« Si tu entres, quand le maître de la maison est dans sa maison, — et que le bras » d'un autre ne soit pas devant toi, — assieds-toi la main à ta bouche, — comme qui )) implore quelque chose pour toi. — Celui qui a fait comme les diseurs de « Que cela » soit ! » est comme qui veut briser une badine contre un pieu 2. »

A plus forte raison la bienséance et la simple prudence proscrivent-elles le libertinage dans la demeure du patron :

« Si tu désires imposer le respect dans l'intérieur où tu entres, par exemple l'intérieur » d'un supérieur, d'un ami, ou d'une personne considérée, ...garde-toi d'approcher de » la femme, car il n'y a rien de bon à ce qu'on y fait là, etc. ^ »

L'histoire de la femme d'Oubaou-anir illustrerait au besoin ce précepte. Le complice qui répondit à ses avances était un vassal, un petit {nozes) ; ensemble ils festoyèrent et se divertirent dans la villa du bord du lac ; mais le maître vint et le vassal vit bien qu'il s'était « perdu pour jouir d'un moment court comme un rêve », car Oubaounir le fit emporter sous l'eau par un crocodile magique, et le roi confirma le jugement^.

La bonne humeur, qui a toutes sortes de mérites dans les relations privées ^ devient dans certains cas une vertu sociale. De la part de l'inférieur c'est une marque de respect pour les supérieurs et de bon esprit public :

« Que ton visage soit épanoui le temps de Ion existence. Quand on voit sortir du » magasin un de ceux qui sont entrés pour apporter leur part de vivres, le visage con- » tracté, cela fait connaître que son ventre est vide et que l'autorité lui est en horreur. » Que cela ne t'arrive pas ! * »

* Ptah-hotpou, I 7 (vi. 11; vu, 1).

- Douaouf-si-Khroudi, Satire des métiers (Pap. Sallier II, pi. ix, 1. 8-9 : Maspero, G. Ep., p. 68-69)

* Ptah-hotpou, Préceptes, % 18 (Pap. Prisse, ix, 7-10 sqq).

* Khoufou et les magiciens : Pap. Westcar {Contes, p. 58-62). 6 Ptah-hotpou, Préceptes, %% 19 et 20.

« Ibid., % 34 (XIV, 12-13; xv, 1-2).

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