PROBITÉ, RECONNAISSANCE
La joie de vivre est un hommage à la bonne administration des dispensateurs de la vie.
La reconnaissance envers le maitre se manifeste d'abord par la probité dans les services. I/intérèt seul recommanderait l'attachement, mais le cœur suit et s'épanche, et communique autour de lui ses sentiments.
« Apprends (aux gens) à rendre hommage au grand. Si tu perçois des redevances » pour lui parmi les hommes, fais qu'elles retournent intégralement au maître, auprès I) de qui tu trouves ton existence. (Mais) le don de l'affection vaut mieux que les » offrandes, dont ton dos est couvert. Car ce qu'il reçoit de toi fera vivre ta maison... » Que l'amour que tu ressens passe dans le cœur de ceux qui t'aiment ; fais que » les gens soient aimants et obéissants. ^ »
Pour les serviteurs reconnaissants, le bon maître « devient un » dieu » ". Les bons traitements lient pour l'avenir et assurent une obéissance plus empressée en même temps qu'une fidélité plus durable :
« Quand arrive le cas de montrer du zèle, les gens eux-mêmes disent : « Allons 1 » Allons ! » si les bons traitements n'ont pas quitté la place ^. »
En toutes circonstances et même dans l'adversité on sert mieux l'homme bon : « Tu trouves tes gens et on exécute ce que tu » dis^. »
Le moraliste n'a fait qu'observer la vie et généraliser ses remarques. Le peintre en voyait tout autant, et, comme aujourd'hui le caricaturiste, exprimait la même idée sous forme anecdotique. Dans le tombeau de Pa-hiri, près d'une scène de labourage, on lit les encouragements que se donnent les travailleurs :
« Jour heureux! on est frais ; les bœufs tirent bien ; le ciel agit à nos souhaits ; tra- » vaillons pour le prince ! »
Et l'un d'eux exprime la raison de leur ardeur : c'est l'émulation de la reconnaissance :
' Ptah-hotpou, Préceptes, | 27'(Pap. Prisse, xii, 9-13).
2 Ibid., 1 9 (vu, 6-7).
3 Ibid., I 22 (XI, 3-4).
* Ani, Maximes (Pap. Boulaq 4, | 34). Cf. supra, ch. xu, p. 499.
« Je ferai plus, dit-il. que les autres serviteurs du prince qui est notre père nour- » cier 1. »
La docilité est un thème sur lequel les moralistes s'étendent et reviennent avec prédilection. Leurs leçons sur ce sujet forment le fond de l'éducation des scribes. Nous l'avons vu d'autre part^; voyons seulement quelques applications des principes.
Tout ordre doit être transmis d'abord, obéi ensuite sans réplique, sans discussion, sans changement. Est-on chargé d'un message, la ponctualité ne se voit pas moins appréciée que la promptitude. Qu'il s'agisse de communication entre grands, ou de commandement transmis aux serviteurs qui doivent l'exécuter, on requiert moins l'intelligence que la mémoire fidèle :
« Si tu es un de ceux qui introduisent les messages d'un grand à un grand, conforme- » toi exactement à ce dont il t'a chargé ; fais-lui la commission comme il t'a dit. Garde- » toi d'altérer en parlant les choses rebutantes qu'un grand adresse à un grand ; celui » qui détourne la vérité de son passage, pour ne répéter que ce qui fait plaisir dans les » paroles de tout homme, grand ou petit, est un détestable personnage ^. »
Pas plus que les héros d'Homère, les Égyptiens ne se soucient d'enfreindre ce précepte^.
De même toute consigne doit se prendre et s'exécuter à la lettre :
« Si tu es fils d'un des palatins et délégué à la tranquillité publique, exécute ta con- » signe) sans comprendre et parle fermement. Ne remplace pas ce que l'instructeur a » dit par (ce que tu crois être) son intention ; les grands emploient la parole comme il » convient. Ton rôle est de ti'ansmettre plutôt que d'apprécier s. »
La consigne ne doit fléchir sous aucun prétexte ni devant personne : on engagerait gravement sa responsabilité :
« Si tu es de garde, tiens-toi debout ou reste assis plutôt que de te promener. Fres- » cris-toi dès le premier moment : « ne t'éloigne pas, quand même se produit ton » ennui. » Prends garde à celui qui entre en annonçant que ce qu'il demande est secret; » la consigne est au-dessus des appréciations, et tout raisonnement conti'aire est chose » rejetée. C'est un dieu, celui qui pénètre dans une place où il n'est pas fait de relàche- » ment pour des privilégiés s, »
1 Tombeau de Pihirî à El-Kab (L. D., III, 10 m).
2 Supra, ch. xii, p. 479 *ii Introduction, ch. iv : du moraliste. 5 Ptah-hotpou, Préceptes, % 8 (Pap. Prisse, pi. vn, 3-5).
* Les narrateurs ne craignent pas non plus les répétitions identiques : voir notamment le triple récit de la naissance des enfants de Rouditdididit et les essais successifs par Nénofirkaplah et Ahouri des formules de Thot {Contes, p. 78-81 et 182-184).
s Ptah-hotpou, Préceptes, % 28 |xui, 1-4).
e ibid., % 13 (vin, 2-6).