ARMÉE ET MARINE
« Celui qui fait métier de scribe est délivré de toute tâche servile (bokou), — est pro- » tégé contre tous les travaux (de construction, katou), — est éloigné de la houe et de la » houlette (?). »
La naissance n'y est pour rien ; deux choses séparent l'homme instruit du travailleur manuel : la nature des occupations et l'indépendance relative. Le scribe n'estime que l'effort intellectuel qui conduit aux honneurs :
« Ne portes-tu pas une palette ? Voilà ce qui établit une différence entre toi et celui » qui manie la rame. »
Bien des grades, auxquels il aspire, ont beau exister au-dessus de lui, il se voit moins dépendant que tout autre homme :
« Il ne se soumet pas à des maîtres nombreux, à des supérieurs en foule ^. »
Il a la conscience ou l'illusion de profiter lui d'abord de son travail : on ne lui dit pas : « Travaille {honouti) pour cet homme ci » -. Il méprise tous les autres métiers bons pour les gens sans énergie qui ne savent pas en sortir.
Les prisonniers de guerre et les populations accueilHes par grâce ou transportées de force sur le territoire égyptien sont occupées à des travaux très divers, qu'ils partagent avec les indigènes.
L'armée elle-même, en absorbe un bon nombre ^ On n'y incorpore pas seulement des recrues plus ou moins bénévoles, comme les Sardiniens de Thotmès III et de Ramsès II, ou comme les Nègres qu'Ouni encadrait de purs Égyptiens ainsi que firent des Soudanais les Égyptiens modernes. Mais encore on y adjoignait les vaincus. Ennemis hier, ils feraient demain de bons auxiliaires. Leur défaite leur avait appris à honorer l'Egypte, bientôt ils seraient fiers de sa gloire et y contribueraient. On leur laissait le genre de vie aventureuse qui leur plaisait ; souvent même, les
1 Amonemanit (Pap. Anastasi II, pi. vi, 1. 7, à vii,3 : Maspero, G. Ep., 34). * Doc.\ouf-si-Khroudi, Satire, % xxi (Pap. Sallier II, pi. ix, 1. 3). s Cf. supra, eh. v, p. 196-197.
grands chefs massacrés, on leur conservait leurs chefs inférieurs \ ceux qui savent obéir et n'étendent pas loin leurs vues ; enfin on leur garantissait leur subsistance : ils se trouvaient donc heureux et servaient fidèlement. Tel fut le sort des Mazaïou, réduits par Amonemhâït, les Sardiniens et autres Européens vaincus par Ménéptah et Ramsès III. On leur donna des postes de confiance comme la garde des réservoirs sur la route de Syrie '-. Un jour viendra môme où ils exciteront la jalousie des indigènes. La sécession des Asmakli protesta contre les faveurs accordées aux mercenaires grecs.
Pourtant les intellectuels de ces temps-là ne ménageaient pas l'armée. Sans s'attarder aux misères des simples soldats, ils dépeignent les épreuves des officiers d'infanterie comme de cavalerie : les expéditions pénibles, le poids du bagage et des armes, les privations, les maladies, les blessures, la ruine et les coups pour récompense ^
Le service de la marine royale emploie aussi beaucoup d'étrangers. Ramsès III se vante d'avoir équipé des vaisseaux par dizaines de mille pour ses croisières en Pouanit et d'y avoir placé comme matelots ses prisonniers Libyens avec leurs chefs ^ Les temples et les parlicuhers possédaient aussi des flottilles avec leurs équipages et s'en servaient pour transporter leurs revenus en nature ou pour commercer : Ramsès ÏIl mentionne ses dons de bateaux; Ramsès II munit le temple d'Abydos de felouques avec leurs manœuvres et des artisans pour les réparer^. Les plus gros vaisseaux dalors ont beau n'être pas encore des galères à multiples rangs de rames, le métier de rameur est plus dur que celui de combattant. Au retour de Pouanit la cargaison était convoyée de la mer Rouge au Nil « à dos d'ânes et d'hommes » ^ Sur le
^Discours de Ramsès 111: Pap. Harris, 77, 4-6. — Cl". Eœod.,N, 10 et H; supra, ch. xiii, p. 529-530.
2 Pap. Anastasi III, v°, pi. vi.
•' Cf. supra, ch. v, p. 488-195.
* Grand Pap. Harris, p. 77, 1. 5-6, 8-9 (Ghabas, A7A'« dyn., p. 52, 59).
i* Inscr. dédicatoire, 1. 95.
^ Ghargeuients à dos d'hommes et d'ânes pour apporter de la mer Rouge à Coplos les richesses de Pouanit. Pap. Harris, p. 77, 1. 12 (Chabas, XIX^ dyn., p. 59).