‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 109 sur 182 · DON DR LONGÉVITÉ · texte numérisé non relu

DON DR LONGÉVITÉ

c'est au souverain que Ton songe : ainsi au tombeau de Rekhmarà, la loi du père, le sceau du père, les magasins du père, la maison du père, etc., désignent loi. sceau, magasins, palais du roi K

L'action vivifiante du soleil et du roi ne s'exerce pas seulement dune manière générale sur l'ensemble des êtres. Tous deux savent ce qu'ils font et répandent leurs bienfaits avec une générosité très large mais non inconsciente. Ils discernent et choisissent leurs obligés. Leurs faveurs vont d'abord à leurs adorateurs fidèles-. Amon-Râ est « le Seigneur des années, qui donne » vie à qui lui a plu ^ ». Le roi aussi « donne la vie à qui il veut^ ». Non seulement il fait grâce de la vie aux vaincus selon son bon plaisir: mais chaque sujet ath'ibue sa propre naissance à une volonté spéciale du roi : « 0 dieu qui m'as créé, tu mas donné une » forme, dit Aï à Khounaton^; ô seigneur qui as construit les » hommes, qui as produit la durée pour faire un heureux destin » à ton favorisé. » Et de même Horkhem remercie de ses bienfaits Séti P"" « le prince qui joue le rôle d'Horus parmi les » hommes et m'a créé moi et mon double*^. »

L'auteur de la vie la conserve et la prolonge pour qui il veut. Non seulement on se féhcite, dans une épitaphe, d'avoir possédé les faveurs du roi jusqu'à ses derniers jours, d'avoir atteint une longue vieillesse en jouissant de ses bonnes grâces ; mais on attribue à la protection même et à la volonté du roi cet âge reculé ^ Une femme souhaite à son mari « que le Seigneur de la » double terre lui fasse un compte d'années nombreuses** ». La vieillesse se décrète comme toute autre récompense. Le roi Rânou-

1 Rekhmarà, paroi AB (M.M.C., V, pi. II, p. 20-22). Par exemple : « Viennent à lui » toutes les demandes de la maison royale pour le père, en toutes les matières où le » père ordonne, obéissent les directeurs grands » (1. 12}.

2 « L'adoration de tous les rekhis c'est leur vie. » (Déïr-el-Bahari, an IX, socle du trône; R. Tr., XVIII, pi. m et p. 105; Cf. L. D., III, 62; Mariette, pi. iv; Naville, Festival-hall, pi. vi).

^ Hymne à Rd (L. D., VI, 120; Maspero, B. Eg.,\l, 437). * Cf. supra, p. 23.1, n. 10, etc..

s Torab. d'Hagi Qandil, 1. 8 et 15 {R. Tr. XV, 46-49). Cf. p. 235, n. 3. « Stèle d'Horkem, 1. 6. Cf. p. 234, n. 5.

^ « Je suis arrivé en paix au bout de la vie par les faveurs du dieu bon » fin hostu nuter nofer). Tombeau de Rames (Piehl, ^. Z., 1887, 37). 8 Tomb. d'Amonemhabi [M.M.C., V, 236).

sir Rânmâtan a vu les travaux exécutés à Abydos par 1 "inspecteur Amonisonbi ; il s'en déclare satisfait et ordonne : « Par la faveur » du souverain, parla faveur de sa personne auguste, passe une » vieillesse heureuse dans le temple de ton dieu » ^ . Plus tard , Séti V\ décorant un officier de son palais, lui octroie « beaucoup d'or, une » longue durée, une bonne vieillesse » , une réputation intacte et une sépulture excellente -. Ce bonheur dans la vieillesse ^ comprend à la fois une santé verte et prolongée, des subsistances assurées, l'ambition satisfaite. On souhaite « l'arrivée à la vieillesse sous les )) faveurs du roi, les membres vigoureux et exempts de maladies, » une bonne sépulture après un âge avancé, le passage à la » féauté, le cœur comblé de pains, d'eau et d'air*. »

Loin du roi, on souffre, et la vie s'abrège. Près du soleil, dit le proverbe, on en sent les rayons : loin du roi, Sinouhit vieillit dans l'exil en pays étranger, et meurt métaphoriquement comme les poètes amoureux : « Ah! que mes membres se rajeunissent, » car maintenant la vieillesse vient; la faiblesse m'a envahi, » etc., mon cœur s'arrête; le trépas s'est approché de moi. » C'est ainsi qu'il implore. son rappel, qu'il demande à voir le roi, sa voie et sa vie^.

Sans roi, le peuple, comme les individus, languit et ne saurait vivre. Si le trône restait vide, ce serait à bref délai la mort pour l'Egypte et pour le monde. Heureusement que les héritiers légitimes d'Horus n'ont jamais manqué ! Même il est arrivé que le pays fut gravement malade du grand nombre des compétiteurs.

Cependant, si le roi venait à mourir sans héritier immédiat, c'était un désarroi général, le peuple était tout désemparé, dans

1 stèle du Louvre C H, 1. 1-4 (XIII''-XIV« d.).

2 Stèle d'Horkheni, 1. 1-3 ; Louvre C 213 (Pierret, Rec, II, 10; De Rougé, Cat. p. 159-160).

3 « Une vieillesse très heureuse en qualité de féal (Mariette, Mastabas, 195, ap. Moret, R. Tr. XIX, 133).

* Stèle de Turin (Chabas, ^. Z., 1870, ICI; JLvspero, R. Tr., IV, 134; Moret, /?. Tv., XIX. 130).

f> Maspero, Contes, 3« éd., p. 69. — La 2» portait ; « Ah! c'était lui la jeunesse de mes » membres » (p. 110-111) et en note: littéralement : « Ah! la jeunesse de ses (?) membres, » son eau » (Cf. semen regis^ ou vis Herculea); j'aurais compris plutôt : « ma jeunesse w c'est de lui obéir, de naviguer dans ses eaux ».

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