‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 111 sur 182 · POLICE INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

POLICE INTÉRIEURE

certains privilégiés, et les requêtes des simples particuliers ^ A leur arrivée, toutes ces pièces sont remises aux ministres du roi qui les lisent, les classent, préparent des réponses et les présentent au roi pour que lui-même en prenne connaissance et donne ses ordres. Xénophon- admire l'administration des Perses et le contrôle exercé sur les satrapes par des officiers royaux qui chaque année parcourent toutes les provinces et qu'on appelle « les yeux » et les oreilles du roi ». Soit rencontre fortuite, soit emprunt fait par les Perses, la même métaphore existait en Egypte '. Le « héraut » royal », un des officiers les plus importants du Palais, s'intitule « la bouche du roi » ^ ou « la langue du roi » °. Certains grands personnages y joignent la qualification de « les yeux du roi » '^, ou avec plus de développement « les yeux du roi dans la terre » entière » % «les yeux du roi dans Karnak* », les yeux du roi qui » scrutent les entrailles, les oreilles de THoius dans son palais » ^. — « les yeux du souton (roi du midi), les oreilles du bal (roi du » nord) » "^ — « les deux yeux du roi dans les villes du midi, ses » deux oreilles dans les nomes du nord : » '* Quant à la fonction même'- de ces sortes d'inspecteurs ambulants ou de missi domi-

1 Cf. infrn, cli. vu, | 2 recours au roi.

2 Cjvopèdie, VIII, vi, 16.

3 Cf. Brugsch, Mgyptologie, p. 206-207.

* lio ni souton. ouahem ni bat : Maïa à Saqqarah (L. D., III, 241 c). — Cl', l'ap. Hood, 1. 14 (Maspero, Et. Efj., II, 26, n. 2; infra, ch. ix, 1 1, cérémonial.

» Stèle d'Antef, Louvre C 26.

6 Antef, Ibid.; Rekhmarà, xviii= d.

" Harmliàbi, xviu'= d. {M.M.C., V, 416); Amonhotpou l'architecte, xvni» d. (Socle de Silsiléh : Legrain, yl/t«. Serv.., IV, 209); — Cf. Thouti-nofir, « yeux [du roi] dans la terre » entière » (Stèle de Turin; Orcubti, n» 46; Lieblein, n» 583; Piehl, R. Tr., IV, 122; Maspero, R. Tr., IV, 126).

8 Zodkhonsouaoufânkh, xxii« d., Statue, Louqsor {R. Tr., 56-b7).

9 Rà, Sarcophage, Mus. Caire {/E. Z., 1888, 118).

10 Mirili n souton, ankhoun bat: Anonyme, Abd-e\-Gourna.h{L.D.,(î2c);Tenna.,Thèbtis, xvm« d.) Piehl,/.//., pi. 109, p. 81); Staouân, prince de Kouch, Stèle d'Ibsamboul, XIX" d. (L. D., III, 195 b) ; le prince llarmakhouit, statue de Karnak, n» 735 (Legraix, A?in., 1906, 188); Pétosiris, Ptahniès, Palette du Louvre (Brugsch, Thés., p. 963), Stat. Caire 28,766 (T. Tr. XV, 259); Pétamon, Louvre A 92 (Pierret, .ftec. I. 28) ; Anhouramon, chef des guerriers, Stcle de Vienne (Reinisch, pi. 43; Bergmann, pi. 8, p. H); — Ouahabrinofir (Mariette, M. D., pi. 34 a, 1. 2, p. 9) qui s'intitule à l'inverse miriti n bat, ankhou n souton. Statue de Mitrahinéh (de Rouué, /. H., 45); l'amiral Samtefnakht (Ibid., 34 g, 1. 3), ces deux derniers « pénétrant partout chez le roi »; Pachéronptah, grand-prêtre sous Ptolémée XIII (Stèle, 1. 3 : Reinisch, Chrestom., pi. 21; Brugsch, Thés., 941). — Cf. Amonemhabi, « bouclie du souton, oreilles du bat » {M.M.C.,\. 270 et 275).

'* Tomb. de Khàmhàit (L. D., III, 70 b; Prisse, Mon. pi. 39 ; de Rougé, Ahmés, p. l'6). Statue anonyme du Caire, Ep. gr. {R. Tr., XV, 161). *2 Des femmes portent des titres analogues (L. D., III, p. 272).

nici, on la retrouve dans l'administration des Ptolémées *. Probablement date-t-elle de temps bien antérieurs. Peut-être ne paraîtra-t-il pas trop hardi de l'assimiler aux missions du dévoué Khouou, fils (FAntef, homme de confiance de son roi, « envoyé » pour tout poste secret, et faisant le rapports pour toutes ses mis- » sions à son seigneur » -.

La police veillait à la sécurité des routes, à la tranquillité des campagnes, à la paix publique dans les villes, au bon ordre dans les nécropoles. Elle était organisée de toutes pièces. Elle comprenait une force armée et des bureaux civils. Depuis leur défaite par Amonemhâït et Sénouserit, les Madjaïou, bédouins du désert Libyque, étaient enrôlés pour former une sorte de gendarmerie qui prêtait main-forte aux commissaires civils ^ Ceux-ci, scribes de carrière, surveillaient la circonscription confiée à leur garde, intervenaient dans les disputes, relevaient les infractions et consignaient leurs observations sur des carnets que, de temps à autre, ils remettaient à leurs supérieurs hiérarchiques ^ Ces derniers centralisaient les carnets individuels, semblables à ceux dont un des papyrus hiératiques, de Turin, tenu au jour le jour, note l'arrivée et résume le contenu'' ; ils en relevaient les données sur leurs propres carnets, dont ces papyrus sont des spécimens, et rédigeaient des rapports généraux pour leurs chefs de service. Toutes ces paperasses formaient des dossiers que Ton consultait à l'occasion, comme cette « Hste de voleurs » dont la garde Boukaaf extrait un jour, pour la fournir au tribunal, une liste de gens suspects ^ Ce nom de « la » garde Boukaaf confirme l'emploi d'auxiliaires féminins, dont il existe d'autres indices '. Ces femmes rele-

< LuMBnoso, Économie politique.

2 Stèle de Khouou, fils d'Antef, Mus. Caire (R. Tr., X 83, an XI du roi

3 Sur la police et les Madjaïou. Cf. Bhugsch, jEgijpt., p. 243-247 et 391) à 301.

■* Cr. Chab.vs, Carnet d'un surveillant de la nécropole, Mél. IV, p. 44-58; Ehm.\n, Gericldsticrfahren, j-E. Z., 4879, p. 71-83; lîiO; Capaht, Esquisse, p. 19.

5 (( lOdePakhons : chômages des ouvriers bois 100; conduit l'iniadja scribe

» Kliàrnès du quartier l'uncraire, selon les paroles du carnet de Pi (neter). » « 16 Paoni : » arrivée des carnets du contrôleur Kliâouab au.x ordres du grand magistrat de l'occi- » dent de la ville. » (Lieblein-Ciiabas, S pap. hiérat. du Musée de Turin, 1868, pi. n, 1. 21 ; pi. nr, 1. 7 : ap. Capaht, Esquisse, p. 17).

* Pap. Harris C 2, 1 sqq. (SpiE(;KLBEnG, Siudien, p. 83).

' Le pap. Amhurst nonnue un inteiidant des surveillantes du temples d'Anion-Râ (1. 2:

LA PAIX PUBLIQUE A l'iNTÉRIEUR 247

valent sans doute d'une sorte de police secrète, qui, en dehors des surveillants attitrés et connus, complétait l'œuvre de la police officielle et en même temps surveillait les surveillants, prévenait leur relâchement ou dénonçait leur négligence.

A tous les degrés de la hiérarchie, tous les fonctionnaires doivent au roi un compte exact de leur gestion et de tout incident dont ils ont connaissance. Ils ne sauraient se soustraire sans faute grave à cette obligation. Au papyrus Abbot, le commandant de la police de la nécropole fait suivre une dénonciation contre le Préfet de la ville de la réflexion suivante : « J'en fais rapport devant » mon maître ; car ce serait un crime pour un homme tel que » moi d'entendre \e^ paroles et de les celer » '. Encouragés par la surveillance et la volonté du roi, pris d'une belle émulation pour sa bienfaisance, gouverneurs de nomes ou princes héréditaires pourvoient à la police dans leur ressort, y pourchassent les voleurs et y rassurent les gens tranquilles-. Lui-même, enfin, le roi parcourt son royaume et se rend compte en personne de l'exécution de ses ordres ; « il voyage dans l'étendue de cette » portion d'Horus pour en chasser les mauvais et protéger les » fidèles » \

Directement ou indirectement, le roi maintient la paix nécessaire au développement économique du pays, au travail et au bonheur des individus. Il tient en respect les éléments de désordre et réprime tout attentat à l'ordre public ; c'est lui « qui calme véri- » tablement, qui donne la paix aux deux pays » '\ Son empire c'est la paix. Il fait trembler les méchants : on sait que tous ses ennemis sont des méchants, des impies, qu'il châtie rigoureusement. Il rassure les bons, c'est-à-dire ses sujets dociles et dévoués, en veillant sur eux et en leur procurant la tranquiUité. « Il est l'ané- » antissement du mal. 11 fait être les tourbillons de la tempête, et

CiiABAS, Mcl. IV, 15). Le pap. magique Marris (v, pi. b, 1. 6 ; ibid. p. 270 et 274) assimile la voyante, l'espion l'emelle (nui) aux animaux féroces dont il faut museler la' bouche. Le pap.de Bologne 1086 {Ibid., 111,243) parle de la détective d'un esclave fugitif.

* Pap. Abbot, p. VI, 1. 1.0-17. Cf. infra, ch. xi, | 1, conseillers du roi.

2 Cf. chap. XII, I 2, police.

3 Ramsès III, Médinet-Habou, salle royale (Daressy, M.-H., p. 148).

* Ramsès XII, Pap. Turin (Chabas, Et., -p. 141).

248 PHARAON BIENFAITKUK KT VIVIFICATKUR

» il remet les mondes en paix » '. En termes moins magnifiques et plus nets, le roi fait régner la justice, il extermine le crime et ne souffre pas de malfaiteurs en Egypte-. La justice réprime tous les attentats à Tordre public ; sa police les prévient et supprime ou neutralise les éléments de désordre. Il veille à la sécurité des routes, à la quiétude des campagnes, à la tranquillité des villes et jusqu'au respect des nécropoles.

Le roi « garde le pays, grands et petits » ^ Mais les faibles sont particulièrement désignés pour ses clients naturels. Il est « le » rempart des petits, le soutien des miséreux ))^. C'est sur eux que s'étend surtout sa protection qui permet de narguer les maux naturels et de savourer les joies de l'existence, comme l'expriment les métaphores de l'Ode de Kahoun :

« Grand il est, le Maître de son domaine;

» car lui il est ce boulevard qui délivre le craintif de son ennemi ! » Grand il est, le Maître de son domaine ;

» car lui il est ce réduit Irais qui offre la sieste à tout homme contre le chaud du jour!... » Grand il est, le Maître de son domaine;

» car lui il est l'ombrelle qui abrite au printemps, et qui tient au frais pendant l'été ! » Grand il est, le Maître de son domaine ;

» car lui il est le coin chaudet sec pendant la saison d'hiver! » Grand il est^ le Maître de son domaine;

» car lui il est le mont qui s'oppose comme un mur à la brise au temps de l'ouragan ! 3 »

Le roi défend également les personnes et les biens :

« J'ai fait, dit Ramsès III, pousser dans le pays tout entier des arbres et des arbris- » seaux, et j'ai permis aux hommes de s'asseoir à leur ombre s. »

Il étend particulièrement sa sollicitude sur les campagnes :

« Tu es leur Seigneur, car tu protèges les demeures des producteurs d'aliments ; tout » homme est heureux dans la ville. Sa population l'adore et il n'y a pas là une parole » derrière Ta Majesté : elle est prospère par suite de l'élévation de Ta Majesté; l'anoan- » tissement a été la fin [de ceux] qui s'opposaient à qui est sous tes ordres; eux-mêmes » sont fortifiés qui sont sous ton ombre, circulant en ta demeure 7. »

1 Ramsès IV, an III, Ilammamât (L. I), III, 217; Pierret, ft. Arch.. p. 277). -Cf. Mariette, Deudérah, chambre du Meskent. — Cf. infra, ch. vu, | 2; et stèle d'IIarmhabi [R. Tr., IV, 41-.5I).

3 Statue d'IIariiihabi, 1. 3. — Cf. Décret d'fla?v?ihabi (Sliile, loc. cit.). ' Stèle de l'aour, 1. 2 (Dumiciien, //. /., Il, 41). s Pap. Pétrie, n» 1 (Maspero, B. Eg., VIII, 407-408). 6 Pap. Harris, p. 78, 1. 8 (Chadas, XIX" d., p. 68). ' Stèle de l'an III d'Amasis, 1. 8-9 (Daressy, l{. Tr., XXII, p. 2-4).

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