SÉCURITÉ DES TERRES ET DES ROUTES
S'il n'a pas formulé le vœu de la poule au pot hebdomadaire dans chaque famille, il veut du moins que « celui qui laboure ses mois- » sons, ce soit celui-là qui les mange » '. Le souci de la sécurité des paysans est un devoir qui s'impose impérieusement à tout souverain de rÉgypte, ce pays avant tout agricole ; c'est dans les campagnes surtout que naissent et croissent les éléments de la richesse, de la force et de la prospérité générale.
La configuration de l'Egypte réclame de la police une activité sans cesse en éveil. Les terres cultivables ne sont jamais loin du désert, d'où surgissent tout à coup et où se réfugient facilement des bandes de bédouins pillards : Tappât s'étale au grand soleil ; la retraite et le recel sont aisés ; le désert est discret et large. La nuit venue surtout, l'impunité devient facile et la défiance se justifie amplement; le paysan clôt sa demeure et enferme son bétail, mais le voyageur qui n'a pas trouvé à s'abriter jusqu'à la prochaine aurore tremble en avançant. Un épisode du roman des aventures de Sinouhit, qui s'annonce en drame et tourne brusquement au comique, montre bien que même au bout du règne des meilleurs souverains tout danger n'est pas extirpé. Sinouhit fuit en se cachant pour sauver sa tète : quand des gens passent, il se blottit dans les buissons, et, s'il est forcé de traverser les alentours d'un poste militaire, il se courbe dans les herbes ; volontiers il marche de nuit. Or, un beau matin, il rejoignit un homme qui se tenait à l'orée du chemin : cet homme va-t-il lui barrer la route, l'attaquer ou le dénoncer? Non. c'est lui qui a peur de Sinouhit, le prenant pour quelque rôdeur, et lui demande merci -.
Pour châtier et prévenir toute sorte de brigandage, il faut une autorité ferme et avisée. Or le souverain veille à la sécurité publique. Il veut que tout le monde en jouisse, que voyageurs et marchands égyptiens circulent sans encombre ni péril, qu'aussi bien les étrangers puissent à de certaines conditions traverser l'Egypte et y apporter les produits de leurs pays ou leur main-
' stèle d'Israël, 1.25 (supra, p. 244). 2 Co7ites, p. 97-99.
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d'œuvre', qu'une femme même nait à redouter aucun danger d'être outragée ou enlevée. Ce dernier point est un des résultats les plus sensibles que Ramsès III met en lumière après sa victoire sur les Barbares :
(( La terre est une couche (?) sans angoisses ; que la femme sorte à son gré, son voile » sur sa tète ! qu'elle se promène hardiment dans le lieu qui lui plaira! 2 »
Et ailleurs :
« J'ai fait marcher la femme d'Egypte, le pas large, dans le lieu qui lui plaît; ni les » misérables, ni d'autres ne l'outragent sur le chemin ^. »
En effet les femmes vont et viennent librement, dans les rues des villes comme dans la campagne, au grand ébahissement des Grecs. Même elles voyagent et vont rejoindre leurs maris là où les appellent le commerce ou le service de l'état*. N'est-ce pas un indice de grandeur et de prospérité qu'une telle liberté de circulation ?
De bonne heure s'imposa la question de la sécurité sur les routes de terre ou d'eau. Peut-être le décret de Sénouserit sur les Nègres n'est-il qu'un acte particulier d'une politique de libre circulation et de libre immigration inaugurée par la xu^ dynastie, au moins vis-à-vis des étrangers jusque là exclus. Peut-être primitivement une police tracassière ne s'opposait-ellc pas moins que les détrousseurs du désert à tout déplacement. Pour voyager, môme à l'intérieur du pays, il fallait en obtenir le droit; or le roi l'accordait seulement à des gens sûrs et fidèles et suivant un itinéraire déterminé ; de là le souhait formé par les défunts des Mastabas de « circuler sur les heureux chemins sur lesquels cir- » culent les féaux » '\ Mais dès l'ancien empire thébain, la Satire des métiers montre circulant, à leur gré et même davantage, de
1 Cf. chap. V (supra, p. 198) : édit de Sénouserit sur les Nègres, correspondances de Tell-el-Amarna, etc.
- Ramsès 111, an V, 1. 73, Médini't-lîabou (Chabas, Et., p.2Do; DAnessv, p. 116).
3 l'ap. llarris, p. 78, 1. 8-9 (Chabas, X/X' d., p. 68).
* Grand pap. hicrat. de Bologne, n» 1.094, p. vn, 1. 6, Lettre 10« : La chanteuse d'Amon Cheraou-Rà annonce à son mari Piaï son départ pour Pi-Ramsès (Chabas, Mél., IV. 152).
5 Khep (variante : secaf) lier iraitou nnfvl, kheppt (var. : szal) amkhou fier sen (Mariette, Mastabas, 426-427, etc.; L. D., II, 112 n; etc.).