L AUTOUR DE TOUS BIENS
petites gens, batelier, laboureur, fabricant d'armes, courrier ^ Ces derniers vont même en Asie et dans les pays étrangers, pour lesquels la prohibition dura plus longtemps.
Sous la xn® dynastie, le Mur du Prince et ses vigies n'empêchaient pas moins Sinouhit d'émigrer sans passeport, que les étrangers de franchir l'isthme sans contrôle ; une fois émigré, il n'ose plus rentrer qu'après un aman en bonne et due forme -. Encore sous la xix% le traité de Ramsès 11 avec les Khétas stipule l'amnistie dans le cas d'extradition de fugitifs, dont on ne dit pas qu'ils aient commis d'autres fautes que de quitter le pays sans autorisation ^ En revanche, la protection efficace du roi s'étend sur ceux qu'il envoie au loin ou qu'il autorise à partir. Pour défendre les mineurs du Sinaï, les souverains memphites font la guerre aux Bédouins*. Des soldats escortent les carriers d'Hammamât. Montouhotpou III en envoie trois mille d'un coup^, et Ramsès IV plus de cinq mille pour protéger un moindre nombre de travailleurs ^ Aux explorateurs en Nubie, aux Oasis, sur le haut Nil, ou sur la mer Rouge et vers le Pouanît, le roi confie des soldats et des galères : et ils se font fort de ramener tous les hommes ^ Sur la Méditerranée aussi, des croisières sillonnent les eaux de Phénicie et de Chypre pour défendre les navires de commerce égyptiens contre les pirates ^
I 4. — Le roi auteur de tous biens et nourricier du peuple.
L'œuvre du roi n'est pas purement négative et répressive. Défendre son peuple contre les étrangers et les brigands, c'est lui
1 il 7, 12, 14, 15 (cf. Maspero, H. Or., I, 308).
2 Maspero, Contes, p. 99, 109 etc.; H. Or., I, 308, n. 3.
» L. 22-36 (BouRiANT. R. Tr., XIII, 156-1S8 ou XIV, 68-69).
^ L. D., II, 2 A, B, c, 39 F, 116 A, 152 a; Sethe, Urkimden, I, 7, 8, 32, 53, 56, 91.
•'■ Inscr. d'Amonemhâït (L.D., II, 149 d; Maspero, B. Eg., VIII, 9).
6 Graff. d'Hammamàt sous Ramsès IV (L. D., II, 115 a-m, 219 e. Cl'. BRiuisr.H, /Eg., p. 228-232).
7« Les soldats sont redescendus (vers l'Egypte) sans diminution; aucune usure » d'homme, aucune destruction de chef, aucune mort de noble (?), aucune perte » d'artiste. » Grafî. d'Hammamàt sous Montouhotpou III (L. D., II, 149 e; Maspero, B. Eg., VIII. p. 11.
8 Statue d'Amonhotpou fils d'Hapou (Mariette, Kartiak, 36-37 ; de Rougé, I.-H., pi. 23-28; Brugsch, m. Z., 1876, 96-101 ; Gesch., 403-406; M.\spero, H. 0., II, 299).
permettre de s'établir ou de circuler, ce n'est encore lui donner que la possibilité de vivre, non la vie même. Or nulle part ailleurs que dans l'Egypte antique, on n'a compté autant sur une assistance positive du gouvernement. Outre la sécurité, les riverains du Nil en espèrent recevoir les moyens de soutenir la vie et de l'orner : nourriture, vètureetle reste, tous les biens en un mot. Aussi saluent-ils avec allégresse l'avènement de chaque souverain comme le signal de toute joie : « Jour heureux ! » chantentils pour celui de Ramsès IV,
« Jour heureux! le ciel et la terre sont en joie; ' car te voilà grand seigneur de l'Egypte!
)> Ceux qui étaient en fuite viennent vers leur ville; ' ceux qui se cachaient sortent; » ceux qui avaient faim se rassasient joyeusement; ' ceux qui avaient soif s'enivrent;
» ceux qui étaient nus sont parés de fin lin; * ceux qui étaient en haillons sont
» en vêtements blancs; » ceux qui étaient en prison sont relâchés; ' les tristes sont en joie;
» ceux qui troublaient ce pays sont devenus pacifiés; ' le Nil sort [en son temps
» et ses eaux] inondent le cœur de la multitude; » les veuves, leurs maisons s'ouvrent; * elles [se mêlent aux gens en fête?];
» les remueuses se réjouissent * tout en disant leurs chansons et berceuses, » et elles font beaux les nourrissons; ' le.s enfants mâles qui naissent dans les familles
» ont de la chance,
» car cela fait d'eux une génération heureuse; 'ôroi.v. s.f.,tu es pour l'éternité; » et les barques se réjouissent avec
» ils abordent avec le vent et la rame ', et ils sont rassasies de (troubles?), » parce que mon roi Ràhikmâ-Sotepniamon, ' [le fils du Soleil] Ramcssou-Màti,
» a pris [les diadèmes] de son père, ' et qu'on l'a proclamé maître des deux pays, » [souverain] gracieux,' Hor à la place de son père Amon-Râ ' »
« Panem et circenses », demandaient les Romains à leurs empereurs. Les Egyptiens ne connaissent ni le théâtre ni le cirque ; les pompes religieuses ou royales suffisent à satisfaire leur curiosité ; mais ils attendent et réclament de leur roi leur pain quotidien. Le pharaon, nourricier de l'Egypte, est le père qui distribue à ses enfants les aliments et les vêtements nécessaires, comme il les abrite de sa protection. Il est le dieu qui fait multiplier dans les champs du père de famille, dans ses étables et dans sa bassecour, les plantes et les animaux dont celui-ci tirera toute sa substance. C'est grâce à lui qu'on ne manque de rien, car « l'abon- » dance est sur ses voies, comme sur celles de son père Noun au
< Ostracon de Turin (Masckho. R. Tr., Il, Hfi-H7 = B. Eg., VIII, 24!)-252.