‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 133 sur 182 · PLAINTES, ARRESTATIONS SOS · texte numérisé non relu

PLAINTES, ARRESTATIONS SOS

une plainte mal fondée, il s'exposait lui-même à des poursuites et à un recours conventionnel : le calomnié faisait retomber l'accusation sur le calomniateur'.

Le magistrat saisi pouvait ordonner immédiatement l'arrestation et Tincarcération des accusés-. En tout cas. il faisait un rapport écrit ^ et le communiquait à son supérieur hiérarchique. Celui-ci le transmettait au vizir Uat) qui le faisait parvenir au roi. Dans certaines circonstances toutefois, il était permis de sauter quelque degré de la hiérarchie. Mais, ce faisant, on encourait la colère et les vengeances des fonctionnaires laissés de côté, et le commandant de l'occident va jusqu'à prononcer le mot de crime, à propos de la conduite des deux scribes qui ont déposé devant son collègue de la ville '.

Les rapports étant montés jusqu'à lui, le roi nomme des juges. Le tribunal, à son tour, s'il le croit bon, délègue une partie de ses pouvoirs à quelques-uns de ses membres, par exemple pour une enquête. Ceux-ci de leur côté pourront s'adjoindre qui ils jugeront utiles, représentants de la force pubUque ou experts. C'est le cas dans l'affaire de la nécropole ^ Même le tribunal semble avoir eu le droit de se scinder en deux ou plusieurs commissions, au moins pour l'interrogatoire, sinon pour le prononcé de l'arrêt. Les conspirateurs du papyrus de Turin comparaissent en effet les uns devant six des juges, les autres devant quatre autres juges et un cinquième personnage non nommé au discours d'installation ^

Pour éclairer leur religion les juges nommés prennent connaissance des dépositions, ainsi que des rapports annexés, et ordonnent toutes les mesures nécessaires. Aucun moyen de découvrir la

> Sarcophage d'Ounnofris. Cf. infra, p. 319-320.

2 « Voleurs amenés en présence du 1" prophète d'Amon...., pour les faire mettre

» parmi les gens gardés dans la geôle (chadàro) du temple d'Amon. » Pap. Amhurst, iv, 2-3 (Ghab.^s, Mél., IV, 22; Revillout, Actions, p. 80).

a Cf. infra, p. 306, n. I.

* Cf. supra, p. 289, note, et 293.

5 Pap. Abbott, p. VII. Cf. supra, p. 300.

•> A moins qu'il ne faille IdentiGer ce Meitious-Amon au scribe Phrânihabi ou au lieutenant du roi Pcn-Renou qui ne figurent dans aucune des deux commissions (Pap. 1 de Turin, p. ii, 1. 1-4; iv, 1; v, 6). Devéria suppose que le scribe servit de greffier à la 2= commission, et le ouahmou tint le rôle d'interprète dans les deux.

vérité n'est négligé. Il s'en faut de beaucoup que le prétoire soit silencieux. On interroge les accusés et on tâche d'obtenir leurs aveux. La physionomie d'un interrogatoire s'esquisse aux papyrus Mayor A et B, qui reproduisent brièvement les demandes des magistrats et les réponses des accusés ^ Le papyrus Amhurst contient le récit fait par les coupables du pillage de l'hypogée royale-.

Le serment est admis en justice à titre de preuve ^ L'accusateur'% les témoins^, et même bon nombre d'accusés*^, hommes, femmes", esclaves ^ préludent à leurs déclarations par le serment de dire la vérité et y recourent encore pour confirmer leurs dires. Le voleur Pakhar jure qu'il n'est jamais allé que dans les lieux qu'il a montrés^. Dans les affaires civiles, le serment a force probante à défaut de titres écrits^'\ Le faux serment est rigoureusement réprimé. La peine peut être la mort, comme l'affirme Diodore*' : « Que je sois mis à mort si je mens ! » jure l'accusé

1 Spiegelberg, Translation, p. 3-6; Revillout, Actions, p. 152-161; Capart. Esquisse, p. 24-28. — Voici le titre introductif : « En ce jour, lurent questionnés les voleurs du » tombeau de Ramsès II, le dieu grand, et de celui de Séti I, qui est près du trésor » du roi Ramsès III. Ce sur quoi le chel' des Mazaiou Nessouamon a fait rapport, en » indiquant leurs noms : il comparut môme avec les voleurs pour prouver qu'ils avaient

» porté la main sur les tombes. Quand ils comparurent, les questionnèrent le zat....,

» le préposé au trésor...., l'intendant et le procureur du roi. » (Pap. Mayor A, r", col. i).

Suit le détail des interrogatoires. On note la sortie dans la rue du susdit chef de la gendarmerie.

2 Pap. Amhurst, pi. ii-(Ghabas, Mél. IV, 8-12).

3 Spiegelberg, Studien, p. 71-81 : Translation, p. 74 ; Revillout, Interrogatoire, R. Eg., 1897; Capart, Esquisse, p. 2a-26 et 28.

* « Ils (les juges) lui firent supplier le nom du Pharaon (au père divin, demandeur). » Pap. Van de Burgh (Revillout, Actions, p. 21, n. 2).

5 Par exemple, le contrôleur Pentahataux Pap. Vassali et Harris 499 (Revillout, Interrogatoire; Actions, p. 116 et 133) : « On lui déféra le serment par le roi de ne pas » mentir sous peine de mutilation. ».

6 Papyrus cités, passim. — La formule pouvait varier : « Il fit serment par le roi : » Tout ce que j'ai dit est vérité, sinon qu"on me réduise en servitude. » (Pap.IIarris \, v, col. m ; Revillout, Actions, p. 139). — « Par le poids de la colère d'Ainon, par le poids

» delà colère du prince! Si l'on me trouve (coupable) il me mutilera et me réduira

» en servitude. » (Pap. Harris 499, v, vi : ibid., p. 149-lDO).

7 Par exemple : l'habitante Ghet, 2 fois (Pap. Vassali : Revillout, Actions, p. 133) ; Saou, Arinofritj Maoutemouat, Maoutemhib (Pap. Harris 499, v", col. m, iv, vi, vu : ib., p. 147-150); Annouro (Pap. Mayor A, r», c. m : ib., p. 153).

s Le bok Païuckhou (Pap, Harris 499. v, c. m; ib., p. 147); les honoii Arnenabtobé et Paounnakhtouenap (Pap. Mayor B, r", c. i et n : ib., p. 155).

9 Pap. Abbott, vu, 6-7 (Chabas, Mél., III, 80).

10 Sur les contrats d'dnkh ou de serment : Revillout, /?. Eg., I, 94, 101-107, 180-182 ; II, 15-18, 72-74; IV, 103-146; 23-20.

11 DioDOKE, I, 77 et 79. — On lui dit : « Si le témoignage que lu vas rendre aux )) hommes n'est pas juste, tu seras tué, car tu auras menti. » (Pap. Vassali, Pakhartapech : Revillout, Actions, p. 133. Cf. Ghet : ibid.).

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