IMAGES DU ROI DANS LES TEMPLES
» venait pas une offrande qu'elle ne fût de ta main ; pas de message sans toi. Tu fus fait » général d'armée, et tu étais un enfant accomplissant (ses) dis ans. Tous les travaux » qui se faisaient, par ta main ils étaient fondés. Si tu dis à l'eau : « viens du rocher 1 » » il sortira un abîme subitement, à la suite de ton ordre. Semblable à toi est le dieu » soleil en (ses) membres, le dieu Khopra en (sa) force créatrice. Véritablement tu es » l'image vivante, sur la terre, de ton père Toum d'IIéliopolis. Le dieu Hou est dans ta » bouche ; le dieu Sa, dans ton cœur ; le lieu de ta langue est le sanctuaire de la vérité ; » un dieu est assis sur tes deux lèvres. Toutes tes paroles s'accomplissent chaque jour. » A été formé ton cœur conforme à (celui de) Ptah, le créateur des œuvres. Tu es pour » toujours. Il est fait selon tes desseins, écoutées sont toutes tes paroles, ô chef suprême, » notre maître ! »
I 2. — Le culte du roi dans les temples des dieux.
Le palais royal n'est pas le seul temple du roi. Le culte du roi et celui des dieux se pénètrent sans cesse.
Tout temple, par son aspect, prépare le peuple à l'adoration du roi. Pylônes massifs et majestueux défendant rapproche, hautes murailles sans jour enveloppant le mystère, puis, aperçus dans l'entrebâillement de portes triomphales, cours et salles aux colonnades magnifiques, ou sanctuaires qui s'enfoncent progressivement dans l'ombre ; toute cette architecture dit au vulgaire la sainteté du lieu et la grandeur de la divinité qui l'habite , Mais encore que voit-on ? Sur ces pylônes, ces murs, ces colonnes môme, comme sur les montants des propylées triomphales, sur les obélisques et les socles des sphinx, se pressent, se succèdent ou s'étagent des tableaux encadrés d'inscriptions. Partout des cartouches royaux près des noms divins ! partout des images royales près de celles des dieux ! Sphinx alignés en allées, colosses assis ou debout entre les obélisques, sont des portraits de rois. Sur les parois extérieures des grands p\lônes, bien en vue du public, ce personnage gigantesque qui foule aux pieds de minuscules ennemis, qui saisit des chevelures de prisonniers par bottes et dont la main, armée de la khopech, n'a qu'à s'abattre pour leur trancher la tête à tous d'un seul coup, c'est lui, ou l'un de ses prédécesseurs ' . Ailleurs, c'est encore lui ce guerrier sur son char au milieu d'un champ de bataille, dominant de la taille amis et
1 Pylônes de Médinet-IIabou, Edfou, Philœ, etc.
ennemis; la mêlée est chaude, mais ses coups sont terribles, ses soldats se battent hardiment et les barbares culbutés fuient ou jonchent le sol de cadavres^ . C'est bien en Thonneur des dieux que le roi sacrifie ces victimes ; mais, si le dieu regarde et sourit, le roi, déployant force et puissance, Tégale par sa stature. Dans la légende, le roi rend bien hommage aux dieux de ses succès, mais les louanges les plus hyperboliques exaltent ses mérites et Tœil ne contemple que ses exploits. Or, le peuple voit et ne lit pas.
Même dans les scènes purement religieuses, le roi apparaît constamment. Le rituel s'est découpé en images, que le sculpteur a gravées en plusieurs registres superposés, et multipliées jusqu'à la monotonie. Le roi encense les dieux ; le roi leur présente les parfums des quatre points cardinaux ; le roi offre successivement les liquides sacrés dans des vases variés ; le roi élève vers les narines divines des fleurs ou des bouquets ; le roi récite des prières ; le roi prend les attitudes cultuelles ; le roi saisit les victimes et les immole : toujours le roi, partout le roi. On pourrait se demander lequel attire- le plus les yeux, lequel a le plus d'importance, du dieu ou du roi. La barque d'Amon ou le cortège du bœuf sacré n'ont-ils pas l'air de simples figurations dans le triomphe du roi ?Si des figures symboliques ou des humains accompagnent le roi, au premier coup d'œil on les distingue : placés derrière le roi, ils n'ont accès près des dieux que par lui et grâce à lui ; il est l'intermédiaire forcé entre le ciel et toutes les créatures. Au contraire, à part l'acte d'adoration qu'il accomplit, rien ne le distingue en nature des dieux qu'il honore ; même taille, même aspect, môme costume, mêmes diadèmes. Parfois certains dieux l'accompagnent : placé dans leur troupe, même derrière eux, il est l'un d'eux, il se confond avec eux, il s'absorbe dans leur personnalité : avec eux et comme eux, il est un dieu-fils qui rend un hommage filial au dieu son père, ou à ses parents divins-. Dans d'autres tableaux, les divinités le ^traitent en effet
' Louqsor, Ramesséuin, Karnak, Mcflinct-Habou.
2 Cf. DE RocuEMONTEix, Tcmplc d'Apct, R. Tr., VF, p. 26.