RITES PUBLICS ET PRIVÉS
A Ibsamboul, dans liiri île ces singuliers cas d'autolatrie que nous avons signalés, ce môme Ramsès II offre à sa propre image des fleurs, du vin, Temblème de vie, exactement comme à tout autre dieu, avec les mêmes postures et les mêmes discours ^
De cette similitude des rites royaux et des rites divins témoignent à leur tour les Ptolémées, eux qui prétendaient continuer toutes les traditions religieuses de lÉgypte - et innovèrent moins qu'on ne croit'. Le rédacteur de la stèle de Pithom donne de l'identité des deux sortes de culte une formule naïve mais énergique quand il renverse les rôles sans croire que par là il diminue son propre dieu : « Sa Majesté, dit-il, lui fit (à Toum)' des offrandes » pareilles à (celles qu'on fait à) un roi vivant sur terre, un roi )) vivant éternellement » K Le pontife Alexandrin du culte dynastique fut annuel ; mais il joignait le culte du roi régnant à celui des rois décédés, comme on avait de tout temps adoré les images ou les emblèmes du roi régnant avec ceux des prédécesseurs. Le décret de Canope sous Evergète, pour « augmenter les honneurs » rendus aux rois », donna à tous les prêtres d'Egypte le titre de « prêtres des dieux Evergètes », et créa sous le nom royal une 5® classe dans le sacerdoce ^. Mais les fêtes et panégyries instituées le sont à l'instar de celles des grands dieux et selon Tusage des époques anciennes ^. Le décret de Memphis insiste sur ce point lorsqu'il institue le culte de Ptolémée V Épiphane et en règle les rites quotidiens, mensuels et annuels, publics et privés':
« I». Qu'on dresse une statue du roi du midi et du nord Ptolémée..., (en chaque temple » dans le lieu le plus apparent), appelée de son nom « Ptolémée sauveur de l'Egypte »
» u». Que les prêtres honorent cette statue trois l'ois dans le jour, et placent les objets » sacrés devant elle ; qu'ils accomplissent pour (cette image) tous les rites prescrits » comme on fait pour les dieux de l'Egypte dans les panégyries des temples, les fêtes » à exodes et les jours à son nom.
1 Cf. supra, p. 395, n. 5.
2 Cf. supra, ch. i, p. 7, n. 2 et 3).
^ Cî. contra : Bouchk-Leclercq, Leçons d'histoire grecque, 1901, ch. xi. Le culte dynastique sous les Lagides.
* Stèle de Pithom, 1. 9 : Ptolémée II (N.wille, yË. Z., XL, p. 70).
5 Stèle trilingue de Tanis (Décret de Canope), hiérog,, 1. 12-16 (Pierret, p. 9-12).
6 Ibid., 1. 16-22 (Pierret, p. 12-15).
7 Pierre de Rosette, inscr. de Philae et stèle de Damanhour (cf. Bouriant, R. Tr., VI, p. 1-20; A. B.ULLET, 1888, B. Eg., XV, p. 393-401).
» m». Qu'on sculpte en l'honneur du roi une statue et un naos auguste en <Mectrum
» incrusté de toutes sortes de pierres précieuses, dans tous les temples à son nom ; » qu'on les place dans le sanctuaire avec les naos des dieux du pays.
» iv». Qu'aussi, au jour des grandes panégyries. quand le dieu sort de son sanctuaire » à son jour, soit porté en procession le naos auguste du dieu Epiphane Euchariste, » avec lui. (Suit la description du naos).
» vui". Comme le dernier jour de mésori estle jour de la naissance du dieu bon,... comme » aussi le 17« jour de paophi est le jour où il a accompli la cérémonie de l'avènement » royal, ... que soient taits ces jours-là, le 17 et le 30 de chaque mois, jours de panégyrie » dans les temples d'Egypte, tous autant qu'ils sont. Que soient accomplis les holocaustes, » et les libations ; et que l'on exécute toutes les cérémonies qu'il est prescrit d'exécuter » dans les fêtes, en cette fête-là, chaque mois. Que les offrandes faites dans ces fêles » soient attribuées à toutes personnes qui auront fait le service dans les temples.
» ix°. Qu'on célèbre une fête et une panégyrie pour le roi..., chaque année, depuis le » 1" jour de Thot jusqu'au 5" jour, portant des couronnes sur la tête, faisant le service » festival des autels, des libations et de toutes choses qu'il est prescrit de faire.
» x". Les prêtres des sanctuaires d'entre tous les temples à son nom seront appelés » prêtres du dieu Epiphane.
» xiii". Qu'aussi il soit dans le pouvoir des gens qui désireront élever un naos sem- » blable au dieu Epiphane Seigneur des grâces, de le mettre dans leur maison.
» xiv". Qu'on fasse ces fêtes et ces processions chaque mois, chaque année, pour qu'il » soit démontré que les habitants de l'Egypte honorent le dieu Epiphane Euchariste » comme il convient de le faire. »
Les rites énumérés coïncident pour la plupart avec ceux des processions dllâtchopsou et de Ramsès III ; et les principales panégyries, avec la fête de la naissance et celle de Tavènement, la fête sed\ décrite par Osorkon à Bubastis et mentionnée à toute époque.
L'avant-dernière disposition du décret a trait non plus au culte officiel et public du roi, mais à la dévotion domestique des particuliers. La stèle du prophète Nébouàïou, à qui Aménôthès II fit cadeau d'une statue de son père Thotmès III -, prouve que là encore les Ptolômées n'innovaient point, et que l'usage existait tel dès l'empire thébain pour le moins ^
Le culte du roi, perpétué de l'aurore au crépuscule de l'histoire de l'Egypte, suggérerait, au point de vue religieux, bien des ques-
1 Sur la fête sed et les autres fêtes du culte royal, cl'. Moret, Royauté, p. 235-281 ;supra, p. 378-380.
2 Mauiktte, Afjijdos, II, 33 .\; Brivcii, jE. Z., 1870, 5.
3 Cf. MoHKï, Royauté, p. 275, n. 5, qui en doute tout en citant « des représentations » du pharaon dans les tombes privées (par exemple Aménùthés II au tombeau de » Khâmhâït, Maspeuo, //. ()., H, p. 297) ».