‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 173 sur 182 · ALLÉGRESSE A SA VUE · texte numérisé non relu

ALLÉGRESSE A SA VUE

« La terre, en s'éveillant, manifeste sa joie de posséder sa personne '. »

Dès qu'on l'aperçoit, le bonheur fait explosion :

« Voici que Sa Majesté (Harnihabi) est apparue comme le soleil dans son palais de la » Vie sereine. Après qu'elle y eut consacré des pains à son père Amon, et qu'elle fut » sortie de la Chambre d'or, des cris de joie et des acclamations circulèrent par la terre » entière dont le bruit arriva jusqu'au ciel 2. »

Quand il se rend de son palais à un temple éloigné il jouit d'un triomphe continu : nous avons vu la foule et les magistrats poussant des cris d'allégresse, le cœur plein d'amour, exaltant sa puissance ^

S'il quitte sa capitale et va dans quelque autre pays, tout du long de sa route, des réjouissances signalent son passage. Les habitants des pays qu'il traverse accourent au bord du fleuve et se pressent sur les deux rives : ils poussent des acclamations, expriment leurs prières et leurs espoirs. Quand Tonouatamon l'Éthiopien descendit de la Thébaïde pour réunir tout le nord sous son sceptre, partout où il passait les riverains de Touest et de l'est « se réjouissaient d'une grande joie » et faisaient entendre leurs vœux pour son succès*. Lorsque le roi approche d'une de ses bonnes villes, des messages l'annoncent et préviennent de préparer de belles réceptions. Ménéptah se dirige sur Héliopolis : « Très bon est le jour de son arrivée^ ». Il se dirige vers une autre ville ; nouvelle épître et nouvelle invitation à la joie :

« Voici, lorsqu'on t'apportera cette lettre de paroles cadencées,

» ' réjouissez-vous, toutes les terres, toutes les générations !

» tant est bonne la venue que fait le seigneur vénérable en tous pays !

» • tant est gracieuse l'arrivée dans sa demeure du roi des deux Égyptes 1 » le seigneur des millions d'années, le grand en royauté comme Horus,

» • Ba-ni-Râ Mériamon, v. s. f., celui qui guide l'Egypte en joie,

» le fils du Soleil, l'honneur de tout roi,

» * Ménéptah Hotpouhermâou, v. s. f., le tout juste (?) ^ »

1 Tomb. de Aï, Hagi-Qandil (Daressy, R. Tr., XV, p. 46-49).

2 Stèle de Nofirhotpou (Dumichen, H. /., H, 40 c ; -- Mél. Arch., I, 196).

3 Cf. supra, ch. m, p. 139: Ramsès III, an VIII, 1. 26; an V, 1. 37-38.

* stèle du Songe, 1. 14-16 (Mariette, M. D., 7; Sch.cfer, Urk., III, 66; Maspero, B. Eg., VII, 12).

5 Amonemapt, Epitres : Pap. Anastasi III, p. 6.

6 Pap. Sallier, pi. vui, 1. 7, sqq. (Maspero, G. Ep., p. 79).

Veut-on connaître quelques détails typiques sur les fêtes qui accompagnent la réception du roi. Nous les trouvons dans la description de Ramsès-âa-nakhtou, une ville enchantée, où Ton vit dans l'abondance et la bonne chère ; toute la population se porte au devant du Pharaon qui arrive et les boissons les plus diverses coulent à flots en son honneur :

« Les bourgeois de la ville sont en vêtements de fête, chaque jour, )) de l'huile parfumée sur leurs têtes dans des perruques neuves : » ils se tiennent à leurs portes, — leurs mains chargées de bouquets, » de rameaux verts (du bourg) de Pa-Hâto, — de guirlandes (du bourg) de Pahour, » au jour d'entrée de Ousirmârî Sotpounirî, — Montou dans les deux Égyptes. » ... Doux breuvages des gens de Aànakhtou !...

» Les douces favorites — du (roi) très vaillant — (sont) à la Porte-de-Memphis. » La joie règne et s'étend, — sans que rien l'arrête. ^ »

Ainsi les bonnes villes du nord se réjouissent de recevoir leur souverain. « le roi qui remplit d'amour le cœur de ses villes du » sud » ^.

La vue du roi met la foule en fête : quel effet produira-t-elle sur les familiers qu'il admettra dans son intimité divine ? S'ils ne sont point de ces valets, pour lesquels il n'est point de grands hommes, ils seront au comble de leurs vœux ; toutes les faveurs se résumeront pour eux dans cet accès près de leur déité. Connaître le roi les honore ^ Le suivre partout, le voir, l'entendre sans cesse, lui parler quelquefois les transporte d'aise. « N'entendre » plus la voix du roi à l'heure de la réjouissance » : affreux malheur ! dont Amonholpou-Houi menace le sacrilège qui ne respecterait pas les biens du temple de Kark. Au contraire, « fréquenter » le roi au jour où vous savez qu'on le fréquente, multiplier vos » paroles avec lui » , voilà les premières jouissances d'une « existence » comblée de faveurs par Amon-Râ, pour récompenser qui se » montre plein de sollicitude pour son sanctuaire » ^. Vivre dans

1 Penbésa, Epitres : Pap. Anastasi III, pi. 3, 1. 1-9 (Chabas, Mél., II, 133-134; Maspero, G. Ep., p. 10.^-106).

2 Sutn meh kdti m baqitu ris : St. d'Hor., fds de Senma, xii« d' : Louvre C 2 (Pierret, Réf., II, 107; Bruosch, Dict., 431).

•^ Nakht-Khem, xvui" d., note qu'il « connaît son dieu et adore ses âmes » {R. Tr., XVI, 43).

* Stèle 138 (lu lirit. Mus. (Bincii ap. Chabas, Mél., II, 334, 338).

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