‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 175 sur 182 · FÉAUTÉ. LOUANGES · texte numérisé non relu

FÉAUTÉ. LOUANGES

cœur du roi '), le mot amakhi n'a évidemment qu'un sens moral et figuré, non un sens féodal. Mais le plus souvent il indique une dignité, un titre qui ne se prend pas au hasard mais se confie après une longue carrière de services et rarement à de jeunes hommes -. Il semble imphquer primitivement la collation d'un bénéfice, d'un fief territorial, à tout le moins d'un office de cour et du droit d'entrée au palais. C'est en soi une récompense précieuse. Plus tard, et déjà sous l'ancien empire, c'est la cause des récompenses. Ce n'est plus une fonction spéciale, mais une condition préalable et commune à toute haute fonction, et enfin une qualité morale plutôt qu'une situation sociale, le dévoùment du fidèle et non plus la subordination de l'homme-Iige.

I 2. — Les louanges du roi.

Comment tous les sujets du roi ne se seraient-ils pas qualifiés ses serviteurs {bok) bons et fidèles, l'aimant non seulement dans le secret du cœur, mais ostensiblement, en paroles et en actes ? Aussi, innombrables sont ceux qui se disent hosi du roi avec quelques variantes \

< Mastaba de Sabou (de Rougé, Six dyn., p. 113; Mariette, Mast., 412; Sethe, Ui'kunden, I, 83).

2 Féaux vieux : « devenu vieux il parvint à la féauté ». Ptah-hotpou (Pap. Prisse, xvn, 10-11 et XIX, 6-8). — Cf. Rekhmarà : [M. M. C, 41) ; — Pap. Anastasi IV, m, 3 ; Pap. Westcar vu, 17-20; Stèle de Turin (.^. Z., 1870, 161 et R. Tr., IV, 134): Pap. de Berlin I, 300-303 {Contes, p. 114); — cit. par Moret, (R. Ti\, XIX, 120-127, 129). —Féaux jeunes: Ahmès, Tell-Amarna (L. D., III, 98 a); anonyme, Tell-Amarna : « étant jeune il )■> parvint à la féauté bonne » [R. Tr., XV, 41; XIX, ibid.).

3 Hosi-f : Senbef et Antef (/. cit., p. 413, n. 3). — Hosi-sen : Montou-nsisou (Louvre C 1, 1. 4). — Hosi-f md : Khouou, fils d'Antef, xi« d. {R. Tr., XI, 83); Jouiou, xviii'= d. (Louvre A 116, « hosi ma, mer neb-f >■>). — Hosi n ntr nfr : Men-khoper, xviii« d., Thèbes [M. M. C, V, 332, etc.); Amou-ni-zéh [ibid., 338 sq.; Virey, fi. Tr., VII, p. 37); Khaï, xvni'-xix» d., Vienne (Reinisch, Die stèle, p. 11); Amonhotpou (Louvre G 65; PiERRET, Rec, II, 1. 4; ^. Z., 1879, .j1). — Hosi àà n ntr nfr : Harmhabi, xviii« d. (Louvre G 68-70; M. M. C, V, 487). — Hosi n stn ser pir-f m khet, « ami du roi depuis sa naissance » : Ouermou (Louvre G 102 : Pierret, fiec, II, 20; Brugscii, Dict., Supp., p. 474). — Oun-i emmd hosiou « je suis parmi les amis » : Siamon (St. de Louqsor : BouRiA.NT, R. Tr., VII, 12.5). — Emmd hosiou hon-k hrou-nb « je fus parmi les amis de » Ta Majesté chaque jour » : Sobek (St. Turin loo : R. Tr., IV, 132). — Sam-ni m hosiou « je me suis joint aux amis » Antef^ (Brit. Mus. : Sharpe, Eg. I., II, 84, 1. 7; Ghabas, Mèl., II, 240). — Ar-n hosi n nb-f « j'agissais en ami de son maitre » Nakhtkhem. Gis de Khemhotep (St. Turin, 99 : R. Tr., IV, 133).

Les mots qui dérivent de la racine hos * sont souvent mis en parallèle avec les mots analogues dérivés de la racine mer~; ils en sont donc à peu près synonymes. Mais, comme entre tous synonymes, entre ceux-ci il y a des nuances : mer rend l'idée d'amour en tant que sentiment éprouvé dans le cœur ; hos, dont un des sens est Fidée de chanter ^ rend la môme idée, mais en tant que l'amour est exprimé par la parole ^ ; c'est chanter au sens propre d'abord, puis au sens figuré, célébrer, louer, approuver, c'est dire que l'on aime une chose, qu'elle plaît, qu'elle a faveur ^ Un hosi du roi est donc un fauteur, courtisan, ami du roi, et, par conséquence indirecte seulement, un favori.

Les dieux ont de même leur cour d'amis qui les entourent de chants, de louanges, d'hommages et de protestations de dévouement. Les défunts demandent à entrer dans le cortège qu'ils

1 Hos, hosi, hosu, hossu, host, hostu, hosstu.

2 A?--H meri relu, host ntru : « j'ai fait chose aimée des hommes, louée des dieux. » St. d'Antef, fils de Bouta {R. Tr., XI, 83), etc. (Cf. infra, ch. xir, | 1).

3 Champollion indiquait déjà les sens « chant » et « faveurs » (Cf. Chabas, Eyypt., I, 49-30, 147). — MoRET (R. Tr., XVII, 84-93) a tenté une classification des sens de la racine /ios ; tout en la trouvant spécieuse, je n'y saurais entièrement souscrire. Il me semble difficile d'admettre que le sens de « chant », expression d'une idée simple, concrète et primitive, dérive de l'acception déjà détournée d' « influence magique ». Il ne me semble pas juste non plus de rejeter toute parenté directe entre le sens de « plaire » et celui de « louer » : pour la formule « r art tnerrt hosst outoiit neb-f » la traduction « agir par amour, sous l'influence et par l'ordre de son maître » me paraît moins logique que « faire la chose amiée, louée et ordonnée par son maître ». Les idées de « favori » et de « faveurs », objets donnés en récompense, se rattachent au moins aussi facilement et aussi légitimement aux idées de louange et d'estime qu'à l'idée d'influence exercée par l'inférieur sur le supérieur. Sans insister sur la fdiation des divers sens de ces mots, sans réfuter le dernier argument fondé sur une orthographe ptolémaïque, je me défierais de l'illusion causée par l'analogie des mots à racine latine « flux, fluide, influence », et j'inclinerais à croire à l'existence de deux racines hos, l'une rattachée au vase par le sens et signifiant « verser » ou « couler », l'autre signifiant « chant » et n'ayant avec la première qu'un rapport d'homophonie.

^ Ainsi (|ue l'mdiriue le déterminatif de l'homme qui porte la main à sa bouche.

s Du verbe hos, à racine bilitèrc dérivent : 1" avec le suffixe i, le nom de l'agent hosi, chanteur et aussi louangeur, approbateur, flatteur, ami qui se dit aimant, qui dit des choses aimables, parle en ami, fauteur et non pas favori, ce qui impliquerait une idée passive d'ami aimé; — S" avec les suffixes (<)t, ou et tou, le nom de l'action, l'idée abstraite : hosît, hosou, hostou, le chant de la louange, la déclaration d'amitié, la faveur donnée à haute voix; — 3" avec la deuxième radicale redoublée, hoss : encore l'idée abstraite, mais avec une nuance passive ou objective, louange dont on est l'objet, faveur reçue, nuance qui s'accentue dans les dérivés suivants ; — 4» avec le suffixe ou, le nom de la personne qui subit l'action : hossou l'ami qu'on déclare aimé, le favori ; — 5» avec les suffixes (i)t et tou, le nom de la chose faite, de l'objet matériel sur lequel porte l'action : hossit, /losstou, ce (jui est loué, agréé, aimé, ce qui plaît, ce qu'on accepte comme un service, ou ce qu'on donne en l'appréciant comme récompense. — Ces définitions aideront à préciser les rapports du roi avec ses sujets et leurs sentiments à son égard.

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