CHANTS ET LOUANGES
forment autour d'Osiris '. D'autres dieux attirent également les hommages-. Enfin, au-dessous du roi, divers grands personnages ont aussi leur cour de louangeurs et de louanges, hosiou et hostou^. Nous avons vu comment le roi adresse des éloges à des sujets qu'il veut récompenser et comment courtisans royaux et amis du personnage chantent et répètent ces éloges*. De môme donc, autour du roi, ses courtisans, hosiou, le chantent et le louent. Ils prennent part aux chœurs en son honneur, aux acclamations qui le saluent, aux prières officielles adressées aux dieux pour lui ou simplement aux chants qui égayent ses loisirs et ses repas ^. Voilà une première manière de se montrer hosi du roi. C'est celle d'Ata, prophète de plusieurs rois et maître de chapelle royale, sous la vi^ dynastie, « chef des chants, il réjouit le cœur de son sei- }) gneur par des chants gracieux dans l'intérieur du palais » ^.
D'autres louent les helles actions du Maître, approuvent ses bonnes idées, applaudissent à toutes ses paroles, se pâment d'aise à ses plaisanteries, le complimentent à propos de tout et ne se lassent jamais de recommencer :
« J'ai réitéré la louange auprès du roi », dit l'un d'eux, « avec plus de cœur que les » ancêtres qui m'ont précédé ^ ».
« Je suis arrivé au repos »j dit un autre qui a servi tous les régimes, « après avoir chanté
1 On veut être « un fidèle d'Osiris », — « un fidèle devant Osiris, hosiou mbah Ounnofir » Ousirhâït (Statue, Caire : Bouriant, R. Tr., VII, 118), — « un fidèle parmi les fidèles, hos emmà hosou, un divin parmi les parfaits a (Saï n sinsinou I, 23), — « dans la corpo- » ration des amis, m katou hosiou, s'asseyant devant Ounnofri, odorant Aton et voyant » Râ » (St. de Naïa, Turin 101 ; R. Tr., IV, 137-138). — Ou bien encore on demande d' « aller dans le Khernoutri sur le chemin des élus, her maten ni hostou souten, du roi » (c.-à-d. du roi infernal, Osiris) »: Aï (Stèle du Lou\Te G 76 : Pjerret, Rec, II, 14) — A l'époque gréco-romaine hosi, hosoui est devenu un des titres du mort les plus courants, sans signification précise.
2 Tel défunt se dira « un des parfaitement dévoués, oud m hosiou aqerou, parmi les » suivants de Sokaris (Brit. Mus., 10,112, Proc. S. B. A., 1883, 209). — Tel autre priera Amon-Rà « que mes empreintes soient avec celles de tes élus à la suite de ta Majesté « ma hosi-k m chems hon-k » : Amonemopit (Stèle 311 de Turin : R. Tr., II. 167). Un autre sera « le favori, ho.wu nouterounebou, de tous les dieux d'AphroditopoHs » : Statue d'IIora. Boulaq n° 27,602, xviu^ d. {R. Tr., XI, 87).
3 Tel un ami unique et juge à El-Kab (de Rougé, Six dyn.; Stern, jE. Z., 1875, 69). * Cf. supra,. ch. \m, p. 326-327.
5 Dans la peinture du bonheur et de la prospérité du roi, le poète parle de ses festins et y introduit ce détail : « de doux chants (s'exécutent) devant toi ». l'ap. Anastasi IV, pi. m, 1. 8).
6 Mir hosta, sekhemkh het n neb-f m hosta nofrt m khennu pir-dd : Ata, Giséh (L. D., II, 38 ; DE Rougé, Six dyn., p. 90). — Cf. le met n hosi, régleur du chant, celui qui donne le ton ou le rythme avec son darabouk (Tombe de Màkhou, Assouan.vi^ d. : R. Tr.,X,iiZ).
7 Adi, xu» d. (Stèle 586 du Brit. Mus. : Crum, M. Z., 1892, 30).
» les louanges du dieu bon. — J'ai loué toujours Sa Majesté ; je n'ai jamais transgressé » seS' ordres. — Je sais comment il faut t'honorer, ô vrai de cœur, n'ayant jamais commis » d'action mauvaise. » *
Ainsi Râmès fit-il au service du roi son apprentissage du service d'Osiris et put-il passer directement de la cour pharaonique à la cour élyséenne.
Cette manière d'être hosi appartient encore aux courtisans. Peut-être Anna l'entend-il ainsi quand il écrit : « Je n'ai pas cessé » de louer mon seigneur ; ma bouche n'a pas cessé de chanter » mon Dieu » -. Mais peut-être bien, ne se contenta-t-il pas de l'hommage banal des autres courtisans. Ces chants que répétait la cour, peut-être en avait-il composé quelques-uns ; peut-être avait-il mis la main à quelque hymne noble comme ceux d'Amonemapit^ ou à quelque épopée comme celle de Pentaourit ; peutêtre lisons-nous ses louanges dans quelques-unes de ces nombreuses inscriptions qui décorent les monuments de Thèbes et des autres villes de l'Egypte. Ainsi aurait-il eu le droit de dire comme Zaïnni, l'auteur présumable des Annales de Thotmès III à Karnak : « J'ai vu les victoires du roi... j'ai consolidé les victoires » qu'il a remportées sur tous les pays, en écritures, comme elles » ont été faites » *. Sans doute il n'était pas nécessaire de vivre à la cour pour déployer ainsi ses talents : c'est en exil, devant un prince étranger que le Sinouhit du conte débite le panégyrique poéti(iLie de Sénouserit, modèle du genre. Mais nulle autre part qu'à la cour un scribe ne trouvait l'emploi aussi distingué de son art.
Sans se piquer de littérature et sans faire partie de la cour, on peut encore être hosi du roi. Loin de ses yeux, au fond des provinces, on peut, sans lui adresser la parole, parler de lui; on peut mêler son nom à des prières ; on peut célébrer sa grandeur, sa bonté, ses victoires ; on peut ne jamais dire que du bien de lui. De bonnes paroles au sujet du roi, voilà ce dont se vante le bon
1 Tombe de Râmès à Chcikh-Abd-cl-Gournah (Bouriant, R. Ti\, VII, 55-56).
2 st. d'Anna, xvni» d. (R. Tr., XIV, 73). ^ Pap. Anastasi II et IV.
* Tomb. de Zaïnni, Thèbes, xvui« dyn. (Maspero, R. Tr., V, p. 130).
SERVICRS AU ROI 419
nègre Hiqab d'Eléphantiiie, le féaP. Pas de paroles de révolte, pas de murmures, pas de critiques, pas de mots de mauvais augure ! Opérer des maléfices contre le roi, c'est un gros péché, prévu dans la confession négative-; prononcer des paroles contraires au respect et à l'amour qu'on lui doit, c'est déjà un attentat punissable. Un simple particulier se félicite de ce que aucune accusation, aucune parole mauvaise n'a été lancée contre lui et n'a terni son honneur. Si l'on doit respecter la renommée d'un particulier, sacré est le nom du roi ; aucune parole mauvaise ne doit donc l'effleurer ; on pèche en jurant hors de propos par le nom royaP. xMal parler du roi est une attaque directe, elle entraîne des conséquences plus graves ; par là on perdrait tout droit à quelque faveur, car on se déclare ennemi du roi. Or un sujet n'affronterait pas de gaieté de cœur pareille éventualité. Loin d'attaquer le roi ou de lui manquer en élevant la voix contre lui, on désire son estime, ses louanges, ses faveurs.
I 3. — Les services au roi.
Les fidèles sujets aiment le roi et expriment leur amour pour lui. Mais les sentiments peuvent rester inertes et sans effet ; les paroles peuvent tromper ; c'est par leurs œuvres que le roi juge les hommes. S'il loue Amonemhabi c'est qu' « il le connaît par » ses actions éminentes » ''.
C'est, et les Egyptiens ne l'oublient jamais, que le roi est essentiellement un maître, le maître^ du monde et le maître absolu de chaque homme. Ils lui prodiguent cette épithète de maître neb;
1 « Moi, je suis un homme de la suite (du roi ou du prince local) aimant son prince » {hiq) et le louant à cha({ue instant du jour; celui qui dit ce qui est bon et (par là) » redouble l'amour [mert], celui qui est exempt de parole mauvaise et qui loue les dieux » de la ville et aime son nome. » (Tombeau de Hiqab, Assouan, vi° dyn., R. Tr., X, 186).
2 L. d. M., CXXV, 1. 27 b.
3 Cf. supra, IX, p. 392-393.
•i Stèle d'Amonemhabi [JE. Z., 1883, 136). — Cf. « Le roi sait qu'il fait des actions » méritoires » rekh-n-f khet khouou : Tenna (Piehl, /. H., pi. 109, p. 87) ; Rekhmarà
(L. D., III, 39; M. M. G., V, 42). — « J'ai été un homme excellent par mes actions Sa
» Sainteté a vu, etc. » Pefnifanéït (Louvre A 93).
6 Cf. supra, ch. m, p. 105-112.
et les plus élevés parmi eux n'hésitent pas à se dire ses serviteurs, ses esclaves, ses sujets, ses suivants'. Si donc il est bien d'aimer le maître ou de louer le maître, avant tout il faut servir le maître. En conséquence, tout bon serviteur prouve la sincérité et la profondeur de ses sentiments en faisant ce que loue et aime son maître ^ Qualités de l'esprit et du cœur doivent paraître dans les actes. Ce n'est donc pas mal analyser ses titres à la faveur royale et les causes de sa grandeur que de les ramener à cellesci : services, intelligence, dévouement ; ainsi fait Montounsisou :
« J'ai été élevé parmi les grands en présence (du pharaon), parce que j'ai fait ce qui » m'a été confié ; j'ai été élevé aux honneurs, à cause de la sagesse des desseins qui » sont en mon cœur ; j'ai annoncé les lois à ce pays, parce que j'ai uni mon cœur à mon » maître 3. »
De semblables déclarations d'activité et de zèle dans le service du roi reviennent souvent, et à. toute époque. Sous les dynasties memphites, Sabou-Abéba justifie Famour et les faveurs du roi « parce que, dit-il, je faisais ce qu'il louait chaque jour » '\ et Déda, fonctionnaire de Khâfrâ « accomplissait ce qu'aimait son » maître » ^ Pépi II féli-cite Hirkhouf d'avoir « fait ce qu'aime, » apprécie et ordonne son maître » ^ Ouni, le ministre de Pépi I" « agit exactement selon l'agrément de Sa Majesté à ce sujet » '.
1 Bok-md: Hornakht, vi" d. (Turin 12 : OacunTi, 30; II. Tr . , III, 114); Iritisen, xi" d. (Louvre C 14, 1. 1; Maspeuo, B. Ecj., VIII, 428); Montounsisou, gouverneur de Thèbes, xni^ d. (Louvre C 1, 1. 4 : Lepsius, Auswnhl, x; Maspero, B. Eg., VII, 154; Pieruet, Rec, IL 27; Gayet, Stèles de la XI I" d., pi. i; Piehl, /. ^., pi. 1, p. 1; — Louvre G 68 : Sharpe, I, 84; Pierret, II, 57; Piehl, pi. n, p. 3); Merri (Louvre C 3, 1. 3; Pierret, II, 104; Gayet, pi. 4; Piehl, pi. 4, p. 3; Maspeuo, Met., p. 221; Et. Eg., I. 121); le majordome Amonemhâït (AIarietïe, Abydos, III, p. 145, n" 618); le baron amiral SaniLel'nakht (Maiuette, M. Z).,pl. 34 g, p. 10). — Bok khou n iieh-f : Nébouaïou, grand prêtre d'Abydos {l\. Tr., XIX, 97); Thotnofir (Turin n» 153 : R. Tr., IV, 127). — Hon khou n neb-f, kher meti md : Pétamon (Louvre A 92 : Pierret, Rec, I, 27). — Chemsou neb-f : voir infra, p. 427 sqq. — Ci'. J. Baillet, Esclai^es, p. 15 et 25-26. — On dit de même sahou khou n neb-f : Amonemhâït, xviii" d. (Bouriant, R. Tr., XIV, 72).
2 ylr hosstou-f.
•' Slêlu de Montounsisou, Louvre C 1, 1. 7-8 (supra, n. 1).
'^ Ar-i hosst l hroii iieb : Sabou (de Rougé, Six dyn.. p. 113; /. H., 95; Mariette, Mastabas, 412; Sethe, Urk., I, 83).
s Ar merrt neb-f hru ncb : Déda (Lepsius, v4MSM'rt/i/, vin a; ^imwi, Patère, p. 9-10=Z?. Eg., IX, 2:}7).
« R art merrt hosst, outoitt neb-f : Ilirkliouf (^. Z., 1894, p. 67-08).
7 Ar-k ma qodiiou r hosluu hon-f her-s : Stèle d'Ouni, 1. 37. — Cl". 1. 42 : « Oun
» kheperou ma qodnou outout neb hon-f am Tout ordre de Sa Majesté se remplira
» de point on point. »,