‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 177 sur 182 · TITRES A LA FAVEUR · texte numérisé non relu

TITRES A LA FAVEUR

Le capitaine Montou-nsisou fidèle serviteur des deux premiers rois de la xn*^ dynastie « fait tout ce qui leur plaît au cours de » chaque jour » ', Anlef, le baron gouverneur d'Abydos, « satisfait » le souverain par toutes ses actions » -. Aux beaux temps du second empire Thébain, Amounizéh « fait de belles choses pour » le maître des deux terres » ^ ; Amonemhabi est un ami « faisant » le plaisir du dieu bon pendant le cours de chaque journée y>'\ De même le prince Ràmès « a fait ce qu'approuve le roi en son » temps ))°. Nakht-Khem « a exécuté fidèlement tout ce qui lui » plaisait » ^ Le résultat répond aux intentions : « le souverain » se réjouit de nos actions » dit le prince Râ^.

En passant en revue tout ce qui plaît au roi, ce qu'il loue et ce qu'il récompense, on a les devoirs des sujets dans leurs rapports avec le roi.

Certains qualificatifs étalés comme titres à la faveur du roi indiquent vaguement des qualités très générales. Qu'est-ce au juste qu'un « serviteur qui fait honneur à son maître » ^ ? Nous n'apprenons pas grand chose sur Khàï, quand il se dit « l'unique, » le sage, le parfait de son maître » ^ , quelque avantageuses que soient ces épithètes. Nous ne serions pas beaucoup plus avancés avec Amonemhâït, fonctionnaire sous Thotmès III, « Tunique, le » sage, aimé des hommes, favori des dieux pour son mérite »'*'. Si nous ne savions rien de plus sur son compte. Le prince Râ

1 Arr hosst sn nb gart nt hru neb (Louvre C 1). — Cf. Stèle de Merri (Louvre C 3, L 3 : PiERRET, Rec, II, 104); — Stèle d'Iritisen (Louvre G 14, L 1); — Inscr. de Ouah, her ar hosst neb-f, etc. (Mono, Ann. Serv., 1905, 15).

2 stèle, Louvre C 26 (de Rougé, p. 89).

3 Ar khou n neb tooui (M. M. C, V, 355 et 358), stèle 1. 1. — Cf. : ar khet khouou : Tenna (loc. cit.), khou hàti n souten : Amonemhabi, Stèle, 1. 1 (M. M. C, V, 238-281); — ar khout n Hor-f : Amonhotpou-Houi (Mariette, Karnak, pi. 36, 1. 16).

^ Ar hosstu (M. M. C, V, 281). — Cf. Ahiuès ar hoss nt sulen m gart ni hru neb : Cheikh-abd-el-Gournah (Piehl {/E. Z., 1883, 131). s Ar-ni hosstu stn n rek-i : Gournah [/E. Z., 1883, 127).

6 Louvre C 55 (de Rougé, Cat., p. 102; Pierret, Rec, II, 10 ; Piehl, /. //., pL ix).

7 Rà, M. du Caire (yE. Z., 1888, 48).

* Bok ou hon khou n neb-f {supra, p. 420, n. 1). — Cf. Khou hàti n souten ou bat {supra, ch. vm, p. 324, n. 7; 325, n. 2 et 3).

9 Oud aqer monkh n neb-f, hosi n ntr nfr : Khàï, xviii« d.. Mus. Vienne (Rheinisch, Die stèle, p. 11). — Cf. Ilarmhabi « hosi àd n nuter nofir, oud aqer, meri neb-f (Louvre c 68-70: M. M. C. V, 487); —oud monkh n neb-f. — Nakht-Khem (M. M. C, V, 317); Amounizéh [M. M. C, V, 352).

10 Stèle d'Amonemhâït, xviii» d. {R. Tr., XIV, 72).

nous instruirait insuffisamment par ces mots : « Vers lui le roi » tourne son affection à cause de la grande perfection de son » cœur'. » En se donnant pour « favori du dieu bon » et en ajoutant : « c'est le mérite et la sagesse qui l'ont introduit à chaque » place » -, le scribe royal Amonhotpou suggère une appréciation favorable sur l'avancement en son temps, bien plutôt qu'il ne se fait connaître. De même Péhsoukher que a le roi mit à la pre- » mière place à cause de son excellence, dont les qualités firent » le rang », et qui fut « agréable au seigneur de la double terre » par son mérite » ^ ou Amounizéh « que ses perfections mirent » à la première place » % ou Sénemaah, « loué du dieu pour » son mérite » ^ A peine sortiraient de cette imprécision, si rien ne précédait, ces indications de Nakht-Khem : <.< Mon maître m'a » loué à cause de ma perfection, lorsqu'il a vu la vigueur de » mes mains ; c'est mon cœur qui m'a introduit à la première » place, ma sagesse qui m"a mis dans sa salle du conseil®. »

Mais qu'est-ce encore que ce mérite, cette perfection, cette sagesse, qui font bien venir du roi ? Pas plus que l'épithète d'unique, ces termes ne désignent une qualité: on les emploie adverbialement pour exprimer les superlatifs ; ils marquent donc seulement le degré éminent des qualités possédées.

Il en va déjà autrement avec le terme înd. Quoique encore de sens vague et flottant, qu'on le traduise par « droiture, équité, » justice, devoir », ou même « vérité », il se rapporte à une qualité du caractère. Que par là on entende la conformité dans la conduite aux lois de l'Etat et à la loi morale, le tact et la science dans l'interprétation du droit judiciaire, l'esprit de soumission aux

1 stèle de Râ, Musée du Caire (.E. Z., 1888, 48).

2 Stèle d'Ainonhotpou, Louvre G 64 (Pierret, Bec, II, 24; Maspero, yE. Z ., 1879, 51). — Sur le mérite baal, titre aux faveurs, et. ch. viii, p. 322).

3 S-khent suten her rnonkh-f, ar n aqeru-f, lier ii neb tooui fier bat-f : Tombe

de Péhsoukher (M. M. C, V, 299, 1. 12-14).

* Skhenl n monkhu-f asl-f : Amounizéh (M. M. C, V, 342, 1. 9, et 361, 1. M, R. Tr., VII, 36).

8 Hos n nouter her baat-f : Stèle de Sénemaah, trésorier d'Hâtchopsou (Bouriant, R Tr., XIII, 174; Sethe, llrkunden, IV, 49b).

8 Stèle de Nakht-Khem, Louvre C 55, 1. 15 (Pierret, Rec, II, 90; Maspero, ^. Z., 1879, 51 ; PiEHL, /. H., pi. 10, p. 13).

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