‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 178 sur 182 · LOYALISME · texte numérisé non relu

LOYALISME

règles établies, la suite dans les actions et la fidélité du cœur, de la sincérité dans rame et dans le langage, Thorreur du mal, du désordre, de l'illégalité, de l'injustice ou du mensonge, en tout cas, il s'agit d'une vertu sociale, d'une vertu principe de toutes celles qui permettent aux hommes de vivre en commun, sans se garder sans cesse l'un de l'autre et se dévorer comme des loups. Avec la bonté, et peut-être môme avant elle, c'est la vertu sociale par excellence. On ne s'étonne donc point de l'entendre vanter dans le service du roi, et invoquer comme titre à toutes les charges les plus hautes et les plus humbles de l'État.

Autour du roi se pressent des « serviteurs fidèles » ou « loyaux », « authentiques » ou « vrais » ' ; ce sont d'humbles sujets aussi bien que de grands personnages-. Ils se nomment aussi tout simplement ses « fidèles » (inàtou) ^ Tout dans leur vie répond à ce principe, et c'est pourquoi le roi choisit parmi eux ses fonctionnaires. Ainsi le prince de Siout Khîti relate que le roi « le fit prince » à cause de son loyalisme » ^ ; Méri-Amounizéh aussi fut « élu » par le roi... quand il a cherché parmi les hommes l'équité et la » justice... ^ le premier parmi ses hommes de devoir, rassemblant » les pièces écrites pour le diwan ». Anna renchérit en se qualifiant « enceint de justice et d'équité » *^. Cette qualité se remarque dans les paroles, les actions et toute la vie. Un bon serviteur « fait » monter la justice vers son maître pendant la durée de chaque » jour y>\ Nous avons vu^ que vis-à-vis des dieux les rois s'ac-

1 Bok-mà. — On dit de même ; loyal connu du roi, souten rekh md (Stèle de Hor, xii' d. Louvre C 2; Stat. naoph. du Vatican) ; — loyal noble, chops nid : Amonhotpou-Houi (Mariette, Karnak, \>l. 36,1. 15); — loyal courtisan, hosi md : louiou (Louvre A 116; PiERRET, Rec, I, 33, traduit « homme qui s'est plu dans la vertu )>); Khouou, xi« d. [R. Tr., XI, 83), etc.

2 Cf. supra, p. 420, n. 1.

3 Tep màtou-f, le premier de ses fidèles : Tomb. de Méri-Amounizéh, xviuo d., L 11 (M. M. C, V, 361; fi. Tr., VII. 40-41). — Cf. Amonemhabi « md du roi du Nord dans » l'exécution de ce que loue le dieu bon » (M. M. C, V, 281) et « md ourt n ati, » grand fidèle du souverain » (Stèle : M. M. C., V, 238).

^ ÎVIariette, m, d., pi. 68 d, c. 13.

5 Meti md (loc. cit.) — Cf. Kher meti mdt : Pétamon (supra, p. 420, n. 1) et meti n bat, Amonemhâït Souroro et Amonemhabi [supra, ch. vin, p, 324, n. 7, 323, n. 2); cf. infra, p. 424, n. 4.

6 Oumt meti mat : Anna [R. Tr., XIV, 73).

7 S-dri mdt n neb-f m gart nti hrou neb : Stèle de Péhsoukher, 1. 13 {M. M. C, V, 299-302.

8 Cf. supra, ch. n, p. 96-97; ch. vn, p. 272.

quittaient de ce même office de faire remonter à eux la justice ou la loi, et que certains dieux en agissaient de même à l'égard du souverain céleste. Un bon serviteur, « un serviteur qui aime son )) maître, dit ce qu'il faut et ne dissimule rien » ^ ; il « atteste la » vérité en présence de son maître - ; il « remplit de vérités les » oreilles de THorus » ^ Un bon serviteur s'inspire de la justice* dans sa conduite et par là plaît au roi :

« Je me suis appliqué », dit Harmhabi, « à exercer la justice envers le Seigneur univer- « sel... J'ai suivi la route excellente avec un cœur droit » s.

Amounizéh « a l'ait remarquer son nom en faisant son devoir » 6.

« Je n'ai pas commis le mal », dit Thotinoi'ri, «... mais j'ai toujours rempli mon « devoir ^ envers le Maître de la double terre : aussi moi suis-je uni au dieu ; je suis » venu sur les bonnes voies de l'équité, de l'amour et de toutes les vertus. »

Ce sentiment de loyauté envers le roi est comme une sorte de religion qui guide le bon sujet dans ses rapports avec le reste des hommes :

« J'ai été en faveur, dit le prince Râmès,... je n'ai rien lait de mal envers les hommes; » j'ai pratiqué la vertu sur la terre. Je sais que tu honores le droit de cœur, celui qui ne » fait aucune mauvaise action ^. »

L'amour de la règle, de la légalité, du devoir, prédispose et conduit les sujets à la docilité et à l'obéissance. Tout souverain prise beaucoup ces qualités. Plus que partout ailleurs, elles profitenten Egypte, en ce pays de tradition et de théo-monarchie. En effet, le roi y est doublement le maître; c'est non seulement le potentat qui peut briser un rebelle ou un serviteur négligent, mais le déposi-

* M.-à-m. « ne passe pas sur sa face : 2od ma, an s-oua her hi f » : St. d'Antef fils de Setmena, xn^d., Louvre G 167 (Pierret, Rec, II, 01).

2 Péhsoukher, 1. 14 [M. M. C, V, 299-302).

3 Râ, Le Caire (^. Z., 1888, 48); — Amonemhabi [M. M. C, V, 229); — Amounizéh [M. M. C, V, 344) ; — Pétosiris, Caire, Stat. 28.766 (R. 7V., XV, 159). — II est plus difficile de saisir comment Paour « remplit de vérités (ou : de justice) les narines de » l'Horus » (M. Z., 1883, 135),

* Des expressions ou entre màït et des épithètes ma et mdtou, on peut rapprocher celles-ci : dqi n souten, meii n bat, « Texact du roi du sud, le juste du roi du nord » (Sharpe, Eg. In., xxii, 25; Chabas, XfX^ d., p. 13).

5 Ap-i her art mât n neb ser a'i-n-i her maten nofer n dkai hdti (Tomb. d'IIarm-

habi {M. M. C, V, 433 et pi. v).

6 Pir ran her art mdou : Tomb. d'Amounizéb (fi. Tr., VII, 36).

7 Ar-n-i mdtou : Thotinoi'ri, St. Turin n- 158, xviii» d. (fi. Tr., IV, 128).

^ An ar asef'lu ar-n-i mât tem artu sopu 7i zet : Tomb. de Râmès, xvm« d.

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