LE ROI APPELE DIEU
sa divinité'. Enfin la mort n'était, au vrai, quune transformation, un accident qui, répété tous les jours, n'enlevait rien à la divinité du Soleil ; le roi mort se survivait dans son essence divine et se continuait sur terre en son successeur. La raison devait donc s'incliner, sans élever d'objections, et aider la théologie à définir la divinité royale. En conséquence, les sages déployaient leurs raisonnements et leurs subtilités. Les monuments officiels enregistraient le résultat de leurs élucubrations et les transcrivaient en beaux titres étincelants et sonores.
Les formules ne manquent pas pour affirmer et expliquer la divinité royale.
Pour désigner le roi, on dit couramment « le dieu grand » noutir âà-, et surtout « le dieu bon » noutir iiofir. Ces dénominations ne lui appartiennent pas exclusivement. Osiris est tout spécialement « le dieu bon » ; mais tout dieu le devient à l'occasion pour ses dévots. 11 nen est guère aussi que Ton n'appelle « le dieu grand », surtout si Ton a quelque faveur à solliciter. A l'occasion toutefois, il sera un dieu terrible, « un dieu qui se venge » ''\
Par suite tout ce qui approche du roi ou lui appartient sera divin. Son palais se nommera le « palais divin. » Sa mère est la « mère divine » ; sa femme, « l'épouse divine » ou la c divine épouse du maître de la double terre ».
* « 11 (Nakhtsit) repose dans son double horizon semblable aux ordres divins ; il lui fut » fait les cérémonies d'Osiris, une navigation dans sa royale bari sur le fleuve et le » dépôt dans son temple des siècles à l'Occident de Thèbes. » (Pap. Harris, p. 76 : Chabas,
- Il est inexact que la qualification « noutir âd » soit réservée aux vrais dieux, comme l'avance Erman (jE(jypten, p. 91). Au Wady-Maghara, par exemple, Snofrou, Khoufou, Sahourà, Ousirniri tt Pépi 1 sont ainsi désignés (L., D., 2 a et c, 39 f, 116 a, 152 a). Au tombeau de Ptah-Ouas, noutir àd hotep di remplace la formule ordinaire souten hotep di (Mariette, Mastabas, p. 116). Sous le moyen empire, Nekht se dit « féal au dieu grand Sehotep-ab-Rà », c'est-à-dire Amonemhàit I (Stèle du Louvre, C 169). Sous le nouvel empire, Ramsés IV appelle « dieu grand » son aïeul Ramsés II (Stèle d'Abydos, 1. 21 et 23 : Pierret, Rev. Arch., 1869, p. 282).
■i Stèle de Ramsés IV, an II, à Ilammamat (L. D., III, 223).
Tout ce que l'on fera au roi, on le fera à un dieu^ quelque vulgaire, quelque humain que soit l'acte . La nourrice de Thotmès m, Béki, femme du ministre Amonemhabi, se glorifie d'avoir « élevé le dieu », d'avoir « serré dans ses bras le dieu bon » et cet attouchement l'a transfigurée ^.
En se soumettant à lui, c'est à un dieu que se soumet l'ennemi vaincue Ses sujets, en lui obéissant, ont conscience d'obéir à im dieu.
La puissance du roi Ta fait de bonne heure comparer aux dieux. Il était le dieu visible, le dieu en chair et en os, le dieu de la terre, comme le dieu, Osiris, Ptah, Râ ou tout autre, était le roi du ciel, le roi invisible, le roi supérieur à toute atteinte. L'un évoque donc forcément l'idée de l'autre dont il est l'image. On peut prendre le roi pour le dieu et réciproquement ; on peut raisonner par analogie de l'un à l'autre; qui voit l'un voit l'autre; qui connaît l'un connaît l'autre.
On dit couramment que le roi est l'image des dieux ou de tel dieu, sa forme {qodnoii, kaa), sa ressemblance (snen), son portrait (hd), sa statue vivante (khenti, tout'', shop, sokhem), et autres expressions analogues, ou encore qu'il est son second {sni), ou qu'il est comme lui {ma).
Toutes les qualités du roi servent de prétextes pour le rapprocher des dieux. Par son autorité de législateur et de juge souve-
1 Le litre bien connu souton rekh se présente sous la variante rekh noutir-f, sur une statue de la xvni" dyn. à Gournah (Stat. de Khemnakht, R. Tr., XVI, 43).
2 Shedit ntr (Viuey, M. M. C, V, p. 222, 236, 257, 2S9, 275) anqt ddui s hr ntr nfr (Jbid., p. 245-247). La femme d'un autre ministre Pehsoukher, parle de même (Ibid., p. 222. 295, 304, 306, 308.) — « L'a faite bonne 1 allaitement joignant à Horus le corps » d'elle. » VinEY, Pap. Prisse, p. 7, n. 1 ; M. M. <7.,V,236, 265, 279 et 296). — « Sa grande » nourrice (de Khouniaton) qui a nourri le dieu et paré le roi i). (L. D., III, 105 f.)
•■* « C'est ta crainte excellente, ô ,\mon, » dit le roi Horsiatef, « qui obligea le prince » des Madidi à m'envoyer dire : « Tu es mon dieu et je suis ton esclave ». (Stèle du Gebel-Barkal, Caire, n" 99, 1. 88-90 : Mariette-Maspero, M. D., p. 3 et pi. 12 ; Sch.ekbr, Urkunden, III, 128).
•* Le roi Tout-ânkh-Amon, « image vivante d'Amon », changeant de nom comme de dieu, s'était nommé d'abord « imago vivante d'Aton » (Stèle de Berlin, n° 14.197 : Eiim.\n, jE. Z., 1900, XXXVIII, H3).