‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 26 sur 182 · LE ROI COMPARÉ A HORUS · texte numérisé non relu

LE ROI COMPARÉ A HORUS

d'imagination pour chanter poétiquement la gloire royale ; à peine voient-ils des métaphores dans i'épître la plus dithyrambique ^ De la poésie ces expressions imagées retournaient dans la prose, émaillaient des récits à prétentions historiques, et ornaient jusqu'à de simples légendes explicatives.

Le dieu auquel on assimile le roi le plus anciennement et le plus fréquemment, plus peut-être même encore que Râ, c'est Horus. Selon la théorie totémiste-, Horus est le Faucon, le totem, ancêtre et protecteur divin du clan qui a conquis l'Egypte sur les aborigènes, dominé les clans alliés et réahsé Tunité de la monarchie. Dans la doctrine solaire, Horus est le soleil rayonnant, vainqueur de tous ses ennemis, souverain du monde, ou, selon la locution égyptienne « de la double terre », du Midi et du Nord qu'il divise dans sa course. Dans la doctrine osirienne, Horus est le fds qui rend les honneurs suprêmes à son père, le venge et le réincarne en lui-même pour renouveler sa vie et son règne indéfiniment ; selon l'état de la légende, il triomphe de Sit ou partage le pouvoir avec lui. Le roi est en tout semblable à Horus : il est un Horus ; il est Horus, Horus incarné, vivant et visible, agissant, régnant et triomphant sur terre ^

L'assimilation à Horus est un fait tellement ordinaire que, dans l'écriture, l'hiéroglyphe symbole d'Horus, l'épervier ou faucon

1 « Vie, santé, force ! — Ceci est envoyé afin qu'on sache —

» Au palais de Meri-Mâ, v. s. f., — le double horizon où réside le soleil : — » (Tourne) ta l'ace vers moi, dieu Shou au lever, — toi qui illumines les deux régions de tes » Disque des humains, ( — ) qui écarte les ténèbres de l'Egypte t [periections, — » Tu es comme la forme de ton père Râ, — qui se lève au ciel : — » Tes rayons entrent dans toute ville; — il n'y a point de lieu vide de tes perfections. » (Pap. Anastasi II, pi. V, 1. C19 ; Anastasi IV, pi. V, 1. 6-19 : Maspero, G. Ep., p. 79-80).

2 Sur le totémisme égyptien, voir : Frazer, Totémisme (tr. Vidal, 189S), Osiris (190()) ; LoHET, Horus le Faucon, 1903 (Bull. Inst. Caii^e, III, l-24j ; L'Egypte au temps du totémisme, 1905) Ann. Mus. Guimet, XIX); ^Kwihh^, Religion, 1906, [Ibid, XXIII, p. 37-41); S. ReinacHj Totémisme animal [Rev. Scient., 13 oct. 1900 =: Cultes, mythes, religions, 1905, ch. II et passim); Gayet, Civilisation, 1907, p. 5, 10, 20; A.-J. Reinach, Egypte préhistorique (Rev. des Idées, 1908) ; — et infra, ch. IV, | 3.

3 II est « roi dans l'œuf comme la Majesté d'Horus » « ; mais il a devant lui la promesse des « années d'Horus » * ; il est « Horus vivant » «^ ; ou encore « l'Horus dans son » palais ^•)à. Son avènement est une fête ; son aspect remplit d'admiration et de joie; il est « beau dès l'enfance comme le fils d'Isis » <^. Sa mère « se réjouit très fort de voir » les splendeurs de Sa Majesté, comme Isis voit son fils Hor quand il s'est levé sur le » trône de son père » f, il est « unique comme le fils d'Osiris...., bon fils à l'égal » d'Horus, il reproduit en double la royauté de ce dieu yiO, il « siège sur son trône » comme Horus sur le sien»'', il est 1' « Horus, taureau fort, à. la grande souverai-

perché ou non sur son support divin, peut servir comme l'image royale à déterminer la mention d'un roi et remplacer pour lui le pronom de la première personne. Mieux que cela : le symbole d'Horus ^ constitue une partie intégrante du protocole officiel des rois-. Celui-ci, à partir de la v® dynastie' au moins, com-

» neté » '. Il renverse ses ennemis « sous les pietls de l'Horus)).?'; il inassacre les révoltés, (( semblable à Horus qui brandit la pique»)*; il est « l"Horus maître du » glaive » ' ; « l'IIorus puissant par le glaive et destructeur des Barbares »"'. « Sa Ma- » jesté est un Horus, et la puissance de ses bras s'étend sur tous les pays »".

" Pap. Anastasi 2, pi. II (Maspero, G. Ep., p. 81).

* Cf. supra p. 14, n. 8.

c « Ankli Hor », souvent en tête du protocole.

d « Hor m pîr f ». Tomb. d'Amnizeh {R. Tr. VIII, 35).

e Médinet-Habou, l" pyl. face 0., 1. 16 (Daressy, 81).

r Inscr. de Taharqa (de Rougé, Ins. Hist., pi. 74; Maspero, R. Crit., 1877, p. 363).

9 Abydos I, 51, Maspero, G. Ep., p. 96.

'' « Ntuk md ma si Osiri ». G^e inscr. de Ramsès II à Abydos, 1. 55 et 60 (Maspero, p. 34 et 38).

i Médinet-Habou, Pavillon, paroles de Thot (Daressy, p. 53).

j Karnak, mur N. dr. 2^ reg., tabl. 2; campagne de Séti I (Ghampollion, Mon. 297,2 ; R. Tr. XI, 68).

'f Annales de Thotmès III (supra p. 11, n. 6).

' Médinet-Habou, Pavillon, façade : Paroles des prisonniers (Dauessy, 46).

"'Stèle de Bintrachit (Maspero, Contes,^. 216).

" Sinouhit [Contes, p. 119).

1 Tout en tête^ au-dessus du nom enfermé dans l'image de la porte sépulcrale, serekh, ligure toujours, et depuis les temps les plus reculés, un faucon ou épervier, soit coiffé d'une couronne royale ou du dis.que de Râ avec l'urœus, soit armé du fouet, soit sans accessoire : c'est le signe de sa divinité souveraine et immortelle. Sous les 1"* dyn., ce titre et ce nom constituent l'essentiel et souvent le tout du protocole royal (R. Weill, Evolution primitive du protocole, R. Tr., XXIX, 37-43). Un second épervier introduit le deuxième nom : en cette place il est toujours juché sur le signe de l'or, symbole de l'éclat du soleil et de ses triomphes ; il indique dans le roi 1' « Horus vainqueur de » tous ses ennemis, protégeant l'Egypte et châtiant les Barbares, maître de la terre »' entière. » Sur le signe même de l'or, l'épervier peut être associé à un autre signe unique et constituer ainsi tout le nom divin : « L'Horus d'or prime, Khafrâ », « L'Hor » d'or est dieu, Anou », « L'Hor d'or ressuscite, Amonemhâït I », « L'Hor d'or existe, » Sénousrit III ». (Maspero, loc. cit., p. 234). Plus souvent le nom, moins bref, suit l'épervier. Au début on hésita entre l'épervier sur l'or et le disque solaire sur l'or (Protocole de Zosiri, III" dyn.. Pyramide à degrés de Saqqarah : L. D., II, 2f; stèle du Sérapeum : Mariette, S., pi. 3, p. 181), voire même l'uroius sur l'or (Inscr. de Den, I''^ dyn.. Pétrie, Royal Tombs, II, pi. 7. n» 12). L'épervier l'emporta: cependant le disque reparaît associé à l'épervier dans les deux noms d'Horus sous l'empire Thébain, et quelquefois seul à l'époque gréco-romaine. (Stèle de Pithom : /E. Z ., XXXII, 79; Sethe, Urkunden, II, 81). — Cf. Moret, Royauté, p. 21-23 ; Le titre Horus d'or, R. Tr., XXIII, 23-32; R. Weill, Farines anciennes, R. Tr., XXIX, 35-37.

2 Cf. Grébaut, Hymne à Ammon, p. 185-215; Erman, /Egypten, p. 88; Maspero, Sur les quatre noms officiels (Et. Eg. II, 273-288) ; Moret, Royauté, p. 17-32 ; Amélineau, Journ. Asiat. l'JOU, p. 244-256 ; Setiie, Beilrœge sur œltesten Gesch (JJntersuchungen III, i); R. Weill, R. Tr., XXIX, 26-53; //« et IIP dynasties eg., 1909. Gf. infra, ch. ix, | 3.

** Le pi'emier protocole complet est celui de Pépi I" « Méritooui-Merirâ-Mérikhet-Pépi » de la vi« dyn., (de Rougé, Six dyn., p. 117; /. H., I, 75). Antérieurement à Khàfrâ les deux noms d'Horus et de roi existent seuls associés à un nombre variable de titres (R. Weill, Evolution). Khàfrâ, de la vf^ dynastie, inaugure un nom de nebti dérivé du nom d'Horus (Sch.eker, /E. Z ., 1904, 88) et un nom distinct d'Horus d'or. Le cartouche ovale apparaît à la lin de la ni" dynastie avec Snofrou (au Sinaï : L. D., II, 2). Le pre-

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