‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 34 sur 182 · L ÉLECTION EN ETHIOPIE · texte numérisé non relu

L ÉLECTION EN ETHIOPIE

cissait les rangs, et amenait des avènements inattendus. Mais la mort n'était que la servante de la divinité qui frayait les voies à son élu.

De là ces protestations qui font partie des prénoms de tant de rois, à partir de la xix® dynastie, se disant élus de tel ou tel dieu. Harmhabi et Ramsès il se nommaient « Élude Râ, Sotpenri », ainsi qu'un certain nombre de leurs successeurs '. D'autres se réclamaient du choix de Ptah-, de celui d'Amon^, de Khnoum^' ou d'Anhour'. Quant aux Ptolémées, dans leurs longues légendes figure toujours le nom d' « Elu de Ptah », « de Rà » ou « d'Amon ».

Ramsès III, second roi d'une dynastie nouvelle (la xx®), insiste dans ses inscriptions officielles sur la grâce de cette élection divine : « C'est Amon-Rà qui l'a élu roi^ Le fils de Rà..., choisi parmi les » héritiers, les monarques, désigné dès l'enfance pour être roi..., » dit : « ... Apprenez la vaillance de mon père auguste Amon... » moi qu'il a choisi, qu'il a trouvé parmi des centaines de mille, » il m'a installé sur le trône en paix^ »

Ce choix du dieu suprême était notifié aux dieux par un décret sorti de la bouche de Râ et transcrit par Thot^ Les hommes le connaissaient par certaines allusions dans les textes gravés sur les murs des temples, voire même un libellé complet comme le développement poétique connu sous le nom de Décret de Ptah à Ibsamboul et Médinet-Habou. Mais d'autres signes le leur révélaient d'abord.

Quand, après la première conquête perse, l'orthodoxie pohtique

1 Amonmossou et Ménéphtah II, de la même dynastie, Raoïsès lY, Ramsès VII, Ramsès X, Ramsès XI, de la suivante, Ghachonqou I et Osorkon I"'', de la xxri".

' Ramsès XII de la xn." et Khabicha de la xxii".

•° Ramsès IV de la xx", puis Siamon, Psiouklianou, Amoncmopi, les Tanites de la xxi" en concurrence avec les Thébains premiers prophètes d'Amon, et Pinozmou II l'un des ces derniers ; à la xxii«, Takelot I et ses cinq successeurs immédiats ; Osorkon III de la xxnr»; enfin Alexandre-le-Grand.

* Hakori de la xxix«.

» Nectanébo I, de la xxx".

B Médinet-Habou, Inscr. de Mésori, an XI (Dumichen, H.,I, xviir, 1. 27 ; Daressy, 82).

7 Médinet-Habou, 2" pyl. N., face E., 1. 14-15 (Gueene, Fouilles 1855; de Rougé, Alhenmum Franc, 1855, p. 6; Chabas, £'^., p. 248-24'J ; Daressy, p. 94).

» Tliot dit à Séti I" : « Râ a décrété de sa bouche et ma Majesté a mis par écrit l'éta- » blissement du fils sur le trône paternel de roi des nations du Midi et du Nord, sans égal » de lui. » (Mariette, Abydos, I, 22 ; Ghéuaut, //. à Amon-Iîd ; p. 21!)). Voir in/'ra sur testament de Râ, p. 44, n. 3.

et religieuse de l'Egypte se fut réfugiée en Ethiopie, il s'y établit une théocratie plus absolue peut-être encore que celle de la xxi^ dynastie à Thèbes. Le roi ne fut qu'un instrument dans la main des prêtres. Son élection divine fut signifiée aux yeux par les cérémonies et le rituel de son avènement. Le roi était désigné à l'obéissance et à l'adoration de ses sujets par un geste de la statue d'Amon. « 11 est aussitôt proclamé roi par le peuple qui » l'adore et le vénère comme un dieu, comme s'il tenait sa souve- » raineté d'une providence divine'. » Ce témoignage de Diodore, avec lequel concorde dans ses grandes lignes celui du pamphlet de Synésios Sur l' Egyptien-, a été confirmé par la découverte des stèles de Gebel-Barkal, dont Tune raconte, avec des détails plus circonstanciés, mais au fond analogues, l'intronisation d'Aspalout. C'est d'abord l'anxiété du peuple, de l'armée et des grands qui attendent le bon vouloir d'Amon. L'armée dit : « Notre maître est avec nous sans que nous le connaissions en- » core... Mais il y a ce dieu Amon-lià de la Montagne-Sainte qui » est le dieu de l'Ethiopie ! Allons, marchons vers lui, ne parlons » pas en ignorance de lui, car elle n'est pas bonne la parole qu'on » prononce en ignorance de lui. Posons le cas à ce dieu, qui est » le dieu du royaume d'Ethiopie, depuis le temps de Râ. Il nous » guidera, car les rois d'Ethiopie sont de ses mains, et il donne le » pays à son fils qui l'aime. » Puis c'est le défilé des prétendants devant la statue et la manifestation du dieu qui embrasse Aspalout et s'écrie : « C'est lui votre roi ! c'est lui votre maître qui vous » fait vivre ! » Enfin se succèdent les acclamations des chefs, le couronnement du nouveau roi et les fêtes populaires ^

1 Diodore, III, 5 ; cf. Mariette, 4 pages de l'hist. d'Ethiopie, p. 13.

2 Synésios, Œuvres, trad. Druon, 1878, p. 224-245. L'évoque de Ptolémaïs en Cyrénaïque transporte en Egypte même les cérémonies de l'élection et à Thèbes la Montagne-Sainte de Napata. Il attribue au peuple, présidé par le roi, l'élection du nouveau souverain. Mais « on croit que la divinité est présente et concourt à l'élection »; le vote plural des prêtres égale leur inlluence à colle des guerriers; en cas de ballottage les dieux interviennent directement. « C'est aux dieux qu'on s'adresse; on les invoque sans relâche dans un » religieux recueillement, jusqu'à ce qu'ils se manifestent sans voiles, et viennent, non » plus par signes, exprimer leur volonté : le peuple entend ainsi de ses propres oreilles » les dieux décider qui sera roi. » (Maspero, Statues prophétiques, B. Eg., I, 86-89).

3 Stèle de l'intronisation, époq. pors. (Mariette, M. D., p. 2, pi. 9 ; Maspero, Rev. Arch., 1873, XXV, p. 300, sq. ; Guide, p. 68, 69; Sch^fer, Urkunden, III, 81-100).

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