‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 36 sur 182 · LK HOI HÉRITIER DES DIEUX · texte numérisé non relu

LK HOI HÉRITIER DES DIEUX

dans une ridicule promiscuité : elle accomplit un mystère tout divin de part et d'autre, sous des apparences humaines ^

Au fond, filiation divine du roi ou incarnation des dieux en sa personne, c'est tout un. Selon les idées des Égyptiens, le fils du premier venu parmi les simples mortels ne diffère pas essentiellement de son père : il le continue : il fait vivre le nom de son père, non seulement dans les inscriptions de sa tombe, mais en lui-même ; la chair de Tun est la chair de Tautre ; et, selon le dicton qu'invoque Ramsès 11, « la personne du iils est la personne même de » qui Ta engendré » ". De même dans la sphère divine : les dieux sont « les membres de Râ », ou « son âme et son corps » ^ ; Amon s'enfante lui-même ; le soleil du jour est fds du soleil de la veille et identique à lui. De même pour le roi : en le choisissant pour fds, en le mettant au monde, les dieux lui communiquent leur vie et leur essence divine ; ils prolongent en lui leur personnalité, ils vivent, agissent et régnent en lui.

Quelles que soient, du reste, les doctrines ou les légendes successivement inventées pour expliquer la divinité du roi et combiner sa généalogie naturelle avec sa filiation surhumaine, — descendance ou procréation directe, émanation de doubles ou substitution de personnes, opération mystique ou matérielle, — l'essence surnaturelle du roi demeura un dogme immuable.

La question de la divinité royale n'était pas d'ailleurs pur objet de spéculation théorique ou de vanité personnelle. Fils des dieux, leur image et leur incarnation, le pharaon est leur héritier '.

1 Et par conséquent il n'y a pas lieu de distinguer entre la naissance des pharaons tout-à-l"ait légitimes et celle des pharaons plus ou moins bâtards. La théogamie, s'accomplissant en partie double, est universelle selon la théorie de M. Moret Royauté, p. 63).

2 Abydos, Inscr. dédie. 1. oi (supra, p. 34, n. 7).

3 Livre des Morts. XVII 4; CXL. 7.

^ dd-sen (ou awdd, ou as). — Héritier de Rà : Ptolèmée XI à Edlou (Dûmichex, ^. Z., 1870, p. 2. pi. I, 1. i-2 : Mouet, Royauté, p. 10; — de Ptah : Ramsès à Ibsamboul (Naville, Tr. S. B. A. VII, p. 126 sq. ; Moret, p. 5); — de Shou : Ptolèmée XI à Edfou (RocHEMOMEix, I, 68) — d'Osiris : Ramsès II à Abydos (Mariette, I, pi. 7., 1. 60, Moret ; p. 13), Ptolèmée II à Pilhom (Brugsch, .ë. Z., XXXII, 7b). Cf. supra, p. 32, n. 2.

La ro^^auté lui échoit comme un héritage divin. Dans l'autre monde, il la revendique à ce titre :

« Donne que ce Pépi siège en vérité (nui), que ce Pépi se lève en féauté [amkhi], que » ce Pépi se lève et prenne la féauté par devant toi comme Hor a pris la maison de son » père au frère de son père Sit par devant Gab (Sib) » '.

Sur la terre, il exerce aussi la royauté de droit divin, comme héritier légitime des dieux -. L'Egypte appartient d'abord au dieu maître du monde qui la transmet, comme un patrimoine, non seulement par tradition de fait mais par un décret formel ^ transcrit par Thot*, au pharaon son fils.

Celui-ci donc tient des dieux, de toute éternité et pour toujours, sa couronne "% ses dignités '^ et sa puissance'. Il

» Pépi I, I. 435 ; R. Tr., VII, 166; Cf. 1. 338-341, R. Tr., VII, p. 156.

2 Téti « maître du trône de Gab, s'y repose, car il lui a donné son héritage, di-nef-nef unt-fiPyr. Téti, 1. 2 ; R. Tr., V, 3-4). Ce peut être à titre d'Osiris qu'il est dit fils de Nouït et l'héritier de Gab. Mais Pépi I et Pépi II se qualifièrent « héritier de Gab » dans leur protocole terrestre même (Pyr. Pépi 1, 1. 6.5; Pépi II, 1. 136 : R. Tr., Y, 167; XII, 12). — Thotmès I»"" siège « sur le trône de Gab,... (juand il a pris son héritage » (Stèle de Tombos : L. D., III, 5 a; Piehl, Pet. et., p. 1; Sethe, Urkunden, IV, 82; Mohet,

Royauté, p. 11-12). — A Hatchepsou : « Amon lui a légué en héritage le trône du

» double pays, la royauté du midi et du nord ; il lui a donné le circuit du Soleil, le do- » niaine de Gab et de Nouït ». |In«cr. de Pount, Deïr-el-Bahari : Dûmichen, Die flotte; H. /., XX, 1. 1-6; M.\RiETTE, D.-el-B-, pi- x; Sethe, Urkunden, IV; Ghabas, Et, p. 156; Maspero, Qq. navig., B. Eg., VIII, p. 83).

3 Les Égyptiens croyaient même à l'existence d'un écrit de Rà, inventaire et testament dans les formes légales, léguant son royaume à Horus puis au pharaon. Voir Hymne à Ramsès II (Erm.\n, M. Z. XXXVIII, 40 ;" Daressy, Catalogue Ostraca, n» 25204, p. 40, 1.9. ) textes d'Edfou (de Rouge, Edfou, pi. 116, cf. 152 et 153; Brugsch, Thésaurus, p. 604-607). Cf. MoRET, Royauté,^. 14-17).

■i « Il t'a rais comme seigneur unique sur les deux terres pour gouverner l'univers » solaire : la couronne atef est posée sur ton front ; tu as pris la crosse et le fouet ; tes » inscriptions seront aussi durables que le ciel..., ô Horus..., grâce à ce que j'ai fait de » mes doigts, moi le Scribe suprême, par l'ordre de ton père, le Maître universel. » (Médinet-Habou, Pavillon, passage, mur sud : Daressy, p. 53). Cf. ci-dessus, p. 14, n. 9 et p. 15, n. 1.

s Le Sphinx à Thotmès IV : «Moi, ton père, Harmakhis-Khopri-Toumou, je t'accorde la » royauté dans les 2 pays,... tu en porteras la couronne blanche et la couronne rouge » sur le trône de Gabou,... possédant la terre en sa longueur et en sa largeur. » (Stèle du Sphinx : L. D., III, 63 ; Brugsch, jE. Z., 1876, p. 89 ; Maspero, H. 0., II. 204). — En Ethiopie : « Depuis l'existence du ciel, depuis l'existence de la couronne royale, il (Amon) » la donne à son fils qui l'aime » ; et le roi Aspalout s'écrie à son tour : « Donne moi » la couronne en me montrant par là l'amour de ton cœur. » (Stèle de l'intronisation : Mariette, M. /)., pi. IX; 4 pages, p. 11-12). — « De même qu'Horus fils disis a pris la » couronne, le roi du Midi et du Nord, Ramsès a pris la couronne. » Formule du lâcher des oiseaux au couronnement (Médinel-Ilabou : Darkssy, M.-H., p. 126).

6 « Je te donne toutes dignités (aaui), fils bien-aimé. » (Amon à Rarnsés II, Ibsamboul : Champollio.v, Not., p. 75.) « Tu l'établis dans ta dignité {auul) de roi du S et du N. en tant » que chef du circuit du disque solaire » {k Râ sur Thotmès I:L. /)., III,107a; Morkt, p. 28).

7 « Ptah dit à son fils chéri de son flanc : ... T'ayant placé comme roi pour l'éternité, » te confiant le gouvernement pour toujours,... je t'ai donné la dignité divine et tu gou- » vernes l'Egypte comme roi du Sud et du Nord. » (Décret de Ptah : Ibsamboul, 1. 10; et

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siège par leur grâce , sur le trône d'IIorus ^ ; et comme Ilorus était déjcà l'héritier de ses pères divins, son substitut siège donc également sur le trône de Râ- ou Amon-Râ^ d'Amon^, de Toum^ de Shou ", et de Gabou^ non comme un

Médinel-IIabou, 1. 13-14). — « Donne la royauté à ton fils qui t'aime Ils lui rendent

» hommage (à Amon) pour la puissance qu'il a donnée à son fils qu'il aime. » (Stèle de l'intronisation, loc. cit.).

w Ramsès III Celui que ce dieu souverain des dieux a fait grand de l'Egypte pour

toujours ». (Médlnet-Habou, 2» cour, sud, Inscr. de l'an V, 1. 29: Dumichen, H. /., pi. 46 a ; Ch.vbas, Et., p. :»29.)

' Le trône d'Horus : Une formule des rites du couronnement, répétée à chaque office en tout temple dans la salle d'adoration, atteste que le roi s'est « levé sur le trône d'Horus à la » tête des doubles vivants, comme Râ à jamais ». (Ediou : Dumichen, I.-H. pi. 83; Moreï, flo//aw<e,p.219et231; — Louxor, pi. 15, 16, 34, 37,53,68,71; — AbydosI, pi. 17 b, 40b, etc.).

« Le roi Thotmès I est monté sur le trône d'Horus pour élargir les frontières. » (Stèle de Tooibos, L, D., III, 5 a ; Piehl, Pet. Et., p. 1 ; Lieblein, fi. Eg., p. 338.)

« Ramsès II... couronné sur le trône d'Horus » (Ibsamboul, h.D., III, 195; Guieysse, R. Tr., X, 61.

Thot à Ramsès III : « Viens voir (Amon) qui t'a élevé comme souverain, roi du M. et » du N. sur le trône d'Horus » (Médinet-Habou, Pavillon : Daressy, p. 53.)

« Ramsès IV , aimé d'Osiris, d'Isis, d'Horus, des dieux d'Abydos, qui lui donnent

» des millions de panégyries, l'éternité sur le trône d'Horus. » (Stèle d'Abydos, an IV : PiERRET, fi. Arch., 1869, p. 279.)

Le trône d'Harmakhi.'i : — « Ce que tu es, telle est l'éternité ; ce qui est l'éternité, tel » tu es ; tu es établi à la place de ton père Horemakhou. » (Epître à Ménèptah, Pap. Anastasi III, pi. 7, 1. 10 ; Ghabas, Et , p. 220 ; Maspero, G. Ep., p. 78).

Hor et SU : — Ptolémée II (Stèle de Pithom, voir supra, p. 20, n. 6 j.)

^ Rd: — Safekhit à Séti I" « établi en roi sur le trône de Rà » (Mariette, Abydos I, 50, 1. 25; Maspero, G. Ep., p. 93.)

3 Amon-Rd : — « Amon-Râ dit à son fils Ramsès III : « Je t'ai donné la souvex'ai-

» neté de Toum, l'accession au trône de Rà. » (Médinet-Habou, 2" cour, mur S.-E. : Daressy, M.-H., p. 108.)

« Il est l'Horus puissant en années, le rejeton de Râ, de sa propre chair, qui l'a ins- » tallé comme maitre du glaive, établi sur son trône. » (Médinet-Habou, Inscr. de Mésori, an XI, 1" pyl. N.-O. : Dumichen, H. I., pi. 26 ; Daressy, M.-H., p. 86.)

^ Amon : — Hatchepsou « élevée par Amon lui-même sur son trône dans On du midi. » (L. D., III, 24, s, 3-4; Gréb.'Vut, H. à Amon-Rd, p. 44.)

« Dit Thotmès III : Je suis son fils (à Amon) à qui il a commandé d'être sur son

» trône, tandis que j'étais encore comme l'oisillon en son nid. » (Mariette, Karnak, pi. 14; de Rougé, I.-H., pi. 165 ; Brugsch, Thésaurus, VI, 1241 ; Maspero, 7. rfes Sav., 1902, p. 530).

Ramsès IIl dit à son père Amon-Rà : « Tu m'as établi à ta place sur ton trône. »

(Médinet-Habou, 2" cour, fête d'Amon, 2° tabl. : Daressy, p. 120.)

« Amon a installé son fils (Ramsès III) sur son siège : tout le circuit du Soleil est » réuni dans son poing (Médinet-Habou, Inscr. de l'an V, 1. 19-20 : Dumichen, I.-H., pi. 26; Daressy, M. H., p. 110).

=> Toum : — Osiris dit à Ramsès II : « Tu t'es levé en roi sur le trône de Toum ». (Inscr., dédie. d'Abydos, 1. 6 : Mariette, pi. 5 ; Maspero, p. 8.)

Ramsès III : « Je suis l'instrument des desseins du Seigneur universel, mon auguste

» père je suis roi des deux terres sur le siège de Toum ; les dieux m'ont placé comme

» souverain sur l'Egypte. » (Médinet-Habou, 2» pyl. N.-E., Insci'ip. de l'an IX, 1. 26 : Greene, Fouilles, pi. III; Ghabas, Et., p. 252 ; D.'VRessy, M.-H., p. 96.)

Ptolémée II « établi sur le trône de son père Toum. » (Stèle de Pithom, Brugsch : M.,Z., XXXII, 31). Il est également « établi sur le trône de Râ et le trône d'Horus chef des vivants. » Ibid., Moret, Royauté, p. 10-11.)

6 Shou : — Merniptah « qui est sur le trône de Shou. » (Stèle d'Israël, 1. 13, jE. Z., XXXIV, p. 4.)

' Sibou-Gabou : — Pôpi et Téti [supra, p. 44, n. 2). — Amon à Séti I" ; « Tu passes

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intrus mais comme un successeur direct. « Je suis ton père », dit Ptah, engendreur des dieux à Ramsès II, « je t'ai en- » gendre comme dieu, pour être roi du Sud et du Nord à ma » place ; je t'ai transmis tous les pays que j'ai créés » K C'est le thème que varient les inscriptions des temples et que développent poétiquement les Décrets de Ptah, Hymnes à Amon, et autres chants royaux. Tous les dieux, sous quelque nom qu'on invoque le Soleil ou la divinité, en quelqu'une ou en plusieurs de ses persones multiples, tous en disent à peu près autant.

Jusqu'aux derniers âges de la monarchie -, la doctrine ne varie point : fds du Soleil et de tous les dieux, le roi d'Egypte est leur héritier à tous.

Sur cette doctrine reposait tout l'ordre social.

Insister sur la divinité du roi était donc utile, car de cette notion découlent des conséquences capitales.

De la nature divine du roi dérivent tous ses droits et ses devoirs, si tant est qu'il ait des devoirs et non pas seulement des fonctions.

Les uns et les autres dérivent de son assimilation à Rà et à Horus. Aussi bien, à proprement parler, n'est-ce point là une double source, si du moins Horus et Rà personnifient tous deux le soleil, l'un dans sa souveraineté immortelle, l'autre dans ses renaissances perpétuelles, ses luttes et ses triomphes.

» l'éternité en roi sur le trône de Sib. » [Hymne des quatre points cardinaux : Mur N. de Karnak, 1. 14. (B. Tr., XI, 06; R. Arch., 1869, p. 279).

Ramsès II dit : « Je suis monté en qualité de fils aîné et héritier (ropnt), sur le trône

» de Sib Je m'assieds sur le grand trône de Toum, comme Horus, fils d'Isis, défen-

» seur de son père. » — Et Séti-Osiris lui répond qu'il lui « donne l'éternité sur le

M trône d'Horus (roi) des vivants ». (.\bydos, Inscr., dédie, 1. 44, 78, 100 ; Maspkro, p. 29, ol, 02).

' Légende du tableau en tête du Décret de Ptah à Ibsamboul (L., D., III, 194).

Le roi répond : « Moi je suis ton fils ; tu m'as placé sur ton trône, tu m'as transmis » ta souveraineté ; tu m'as enfanté à l'image de ton corps, me donnant de commandera » ce que tu as créé, tu n'as mis comme Seigneur unique tel que tu l'as été. » (Ibsamboul, 1. 30 : L. Z>., III, 194 ; N-WiLLE, Tr. S. B. A., VII, 117? - Médinet-IIabou, 1. 41-42; DûMiCHEN, ff. /., pi. 10 ; DE RouGK,/. ff., pi. 138; Daressy, 3f.-//., p. 68).

- Isis donne à Ptolémée XI Alexandre : « La domination sur la terre, l'héritage de » Shou, le trône d'Atoum, la souveraineté d'Ounnofir, le rang d'Atoum avec la couronne » du Midi et du Nord, l'avènement en roi du double pays sur le siège d'Horus, au-dessus » des humains, à jamais. » (Dendérah : Dùmichkn, /ë. Z., 1807, p. 75.)

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