‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 37 sur 182 · DÉCLIN DE LA DIVINITÉ ROYALE · texte numérisé non relu

DÉCLIN DE LA DIVINITÉ ROYALE

Toutefois on peut observer que, dans les rapports du roi avec les hommes, c'est surtout la divinité que Ton envisage, tandis que, d'autre part, dans ses rapports avec les dieux, c'est surtout sa filiation.

Encore, à ce dernier point de vue, faudrait-il peut-être établir une distinction entre l'époque de Tancien empire et les époques suivantes.

Les rois Thébains comme ceux de l'ancien empire s'intitulent Ilorus et fils de Rà. Mais les Memphites s'estiment par là même les égaux des autres dieux, leurs frères, et même parfois ils revendiquent la supériorité sur tout le monde divin ^ De telles prétentions semblent tombées en désuétude au temps de l'empire Thébain.

Ce changement pique la curiosité. Eh quoi? c'est quand l'empire pharaonique s'étend et déborde en Asie quand l'autorité du souverain semble le plus absolue et ses triomphes, sa richesse, sa puissance, le plus propres à frapper Timagination, c'est alors que ridée de la suprématie royale subit une sorte de dégradation. Le roi était le premier de tous les êtres dans l'univers ; il domine sans doute encore Thumanité de toute la distance du ciel à la terre, mais il a maintenant des supérieurs dans les régions surnaturelles ; il n'est plus le principe delà toute-puissance, il nenest plus qu'un dépositaire. Il n'a plus de flatteur pour lui redire les louanges d'autrefois ; lui-même n'ose plus se les faire décerner, ou, qui pis est, n'y pense même pas.

Pourquoi ? Est-ce le résultat des empiétements de la caste sacerdotale? Mais il n'y a pas de caste en Egypte, pas de caste sacerdotale en particuUer. Le sacerdoce se recrute parmi les lettrés, et rien n'interdit l'instruction à personne. Le roi y a la haute main, soit par lui-même, soit par les membres de la famille royale qui y occupent les plus hauts grades. Les prêtres de l'Egypte ne forment même pas un corps unique : les grands sanctuaires jouissent avec jalousie de leur indépendance. Cependant ils exercent une grande influence par leurs richesses et surtout par leurs doctrines.

La théologie, cette forme première du rationalisme, a porté les

1 Cf. supra, p. o.

premiers coups à l'omnipotence royale. Sans y prendre garde et sans le vouloir sans doute, elle l'a dégradée peu à peu. Si imparfaits que fussent ses méthodes de raisonnement et ses procédés d'analyse, elle a opéré une utile sélection des idées.

Au temps de l'empire memphite, l'idée de la divinité est fort grossière, encore tout engagée dans l'anthropomorphisme et le naturahsme matérialiste. Alors peut s'épanouir l'idée que le roi marche de pair avec les plus grands dieux.

Mais la réflexion, aidée par l'imagination, quoique souvent déviée par elle, scrute la nature de la divinité. Elle dégage les caractères d'immatérialité, d'éternité, d'essence incréée, d'unité môme. Elle s'élève ainsi dans les hauteurs métaphysiques. L'idée de royauté n'a pu suivre que de loin cette ascension : elle est restée à mi-côte. Toujours à égale distance de l'humanité, elle a paru diminuée, par un effet de perspective. En vain on a essayé de l'analyser et de l'expliquer pour l'élever : les explications échouaient on faisaient ressortir la différence du dieu terrestre aux potentats célestes. Le pharaon ne se résignera jamais à n'être qu'un homme ; mais il dût se contenter d'une situation intermédiaire entre ciel et terre, dieu pour les hommes seulement, et, vis-à-vis des dieux, leur fils et leur image.

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