‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 63 sur 182 · SOUVERAINETÉ UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

SOUVERAINETÉ UNIVERSELLE

cole. Il est assis sur le trône des dieux, de Râ et d'HorusS et il porte les mêmes insignes, sceptre et fouet", les mêmes diadèmes, couronne blanche du Midi et couronne rouge du Nord, dont la réunion forme le pskheni, casques, panaches, plumes, cornes, composant les coiffures diverses des dieux solaires^, avec l'urœus sur son front ^ La tradition protohistorique de royaumes multiples ou. dualistes dans la vallée du NiP s'est de bonne heure fondue avec la conception cosmothéologique du royaume solaire,

La souveraineté pharaonique ne connaît pas de limites. Le soleil illumine toutes les contrées et son empire s'étend à l'univers. De même, théoriquement au moins, pour le roi d'Egypte « maître de tout » ^. Le cartouche elliptique, dont s'entourent les noms royaux, représente symboliquement le domaine du roi aussi

1 Cf. chap. I, p. 43-46.

2 « Assis sur ton trône éternel, tu as saisi le sceptre et le fouet, et tu apparais sur la » terre comme Râ. « (Mariette, Abydos, I, pi. 31 c).

3 « L'urïBus est affermie sur ta tête (à Rà-Harmakhis), le diadème du Midi et la cou- » ronne du Nord sont affermis sur ton front. » [L. d. M., XV, 4).

« La couronne atef est posée sur ton front, tu as pris la crosse et le fouet. » (Médinet- Habou, Pavillon, passage, mur S. : Daressy, p. 53). « Je me couronnai du diadème atef » avec lesurajus; je m'ajustai la couronne à double plume comme le dieu Totounen. » Je m'assis sur le pavois d'Harmakhis et me revêtis de parures comme Toum. » [Discours de Ramsès III, Pap. Harris^ p. 76, 1. 3-4, cf. 1. 6 : XIX« dyn., p. 28 et 73).

— Cf. « Fils aimé de Toum, il élève la couronne blanche et la couronne rouge,

» avec la double plume comme Tanea, il repose sur le trône comme Osiris, ayant

» pris ses ornements, maître des 2 royaumes, maître des 2 régions; les urteus du Nord » et du Sud demeurent sur son front; il a saisi de ses mains la crosse et le fouet. » (Médinet-Habou, an X, 1. 8-9 : Daressy, p. 93). — « Les couronnes blanches, Yatef, sont « sur sa tête,' les déesses (les 2 uraeus) y sont en leur place et l'entourent. » (Médinet- Habou, an XI, 1. 17; Daressy, p. 81).

* « L'uraeus est posée sur son front comme sur celui de Râ. » (Médinet-Habou, an XI, 1. 25 : Daressy, p. 96).

s D'après la légende relatée sur une stèle de Chabakha, Gabou (= Sibou), ayant voulu mettre un terme aux luttes de Sit et d'Horus (sur la légende de ces luttes et ses fondements, voir infra, ch. iv, | 3) et par un pacte partager entre eux le monde, avait institué Sit souten du Midi m to ris, avec Sasasou pour capitale, et Horus bat du Nord m to viehit au lieu de l'immersion de son père, An était leur frontière; mais dans la suite Horus réunit le Midi à son domaine et porta les deux couronnes du Nord et du Sud (St. de Chabaka, col. 16, 17, 21 : Sharpe, Eg. insc, pi. 36; Goqdwin, ap. Chabas, Mél. m, 281-284; Breastead, Âil. Z., 1901, XXXIX, p. 39-54). Dans les Pyramides il n'est pas question de ce partage. Quelle que soit d'ailleurs la date de cette explication, le pharaon porte anciennement ces deux titres.

6 Contes, Sinouhit, p. 126. — Cf. ces titres ; « Le maître des diadèmes, qui s'empare » de tous les pays di toou nebou, — l'Horus d'or qui prend en main le commandement » sur tout pays di kliorp m dot m toou nebou » (ap. Grébaut, Hymne, p. 202), — ou simplement « le maître de tout pays neb khast nebt (Protocole d'Harmhabi, stèle de Karnak, Legrain, 2" rapport, Ann., 1902, p. 111).

bien que la course du soleil et Thorizon solaire ; il rappelle aux yeux que le roi gouverne « le circuit éclairé par le soleil » ^ ou que tout « le monde solaire est réuni en son poing » -. Les rayons du soleil ne pénètrent pas plus loin que l'autorité du roi qui « recule ses limites aux extrémités de la terre » ^ « jusqu'aux » piliers du ciel x ^, « jusqu'à la corne du monde et aux limites » du Naharina » ^, ou « jusqu'aux bras du ciel dans toute direc- » tion » ®, bref, qui « fixe ses frontières à son gré comme Râ » ^ Le monde entier appartient à Pharaon, « le Midi et le Nord » ^ le « circuit d'Amon-Râ et ce qu'enserrent Gab et Nouït » ^, la « terre » en son long et en son large » ^'^ ; en un mot, il possède la « Terre Entière ». On s'est bien aperçu que ce nom de la vallée du Nil ne correspond pas à la réalité ; on n'en proclame pas moins l'autorité de Pharaon sur tous les autres pays. La prétention s'accroît avec les connaissances géographiques ; mais les nouveaux pays rentrent naturellement dans le cadre de sa « puis- » sance sur le Sud » et de sa « domination sur le Nord »^^ Ce thème se renouvelle sans cesse dans les légendes de tableaux, les discours des dieux ou les chants cadencés. L'ode de Kahoun le

1 Cf. Thotmès II a maître du cercle du Disque solaire, de la Terre Noire et de » la Rouge » (Karnak, L. D., III, 14). — « Ils t'accordent pour frontière la largeur » du ciel jusqu'aux limites de la nuit. » (Voyage d'Hatchopsou, Deir-el - Bahari, 1. 14 : Naville, i2. Tr., XVIII, pi. ii, p. 96, et XIX, 210; D.-el-B., 57; Sethe, Uvkunden, IV, 268).

2 Ramsès III à Médinet-Habou, an IX, 1. 11 (Daressy, p. 94); an V, 1. 10 (Ibid., p. 110). Cf. Maspero, £■;. Eg., II. 282-286.

3 Ramsès II à Ibsamboul, façade, 1. 3 (L. D., III, 195; R. Tr., XI, 61-63).

* « Dit Amon-Râ (à Ramsès II) Je te donne la puissance sur le Sud, la domination

» sur le Nord et l'écrasement des chefs vils de tout pays ; étends les frontières do » l'Egypte jusqu'aux supports du ciel au-dessus d'elle. » (Ibsamboul, g'^^ salle, paroi E : Champollion, Mon., pi. 8; Guievsse, R. Tr., VIII, 123).

5 Séti I à Karnak, mur N. g., tab. Y (Gh.\mpollion, Mon., 294; R. Tr., XI, 64).

« Rosellini, m. r., pi. 111 et 129; Birch, B. Eg., IX, 244.

' Ibsamboul, façade, 1. 6 (lac. cit.). Cf. Médinet-Habou, an XI, 1. 20 (Dûmichen, H. L, pi. 19; Daressy, 81).

8 Inscr. de Séti I à Radésiéh (L. D., III, 139 a) : « Amon dit Je te donne le Nord

» comme le Sud unis sous tes sandales ». — Inscr. de Ptolémce Alexandre P"" : « A toi » est donné le Sud jusqu'aux bras du vent, et le Nord jusqu'à la grande mer, l'Es » jusqu'au lever du soleil et l'Ouest jusqu'à son coucher; toutes les nations sont sou- » mises à tes esprits, ta victoire est dans les cœurs (Rosellini, M. R., pi. 166; Birch, Patère; — B. Eg., IX, 252).

9 Inscr. d'Hatchopsou à Dcir-el-Bahari {loc. cit., p. 110). " Stèle de Thotmès III à Karnak (Cf. ch. ii, p. 85, n. 2). " Cf. supra, n. 4.

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