‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 64 sur 182 · CHANTS TRIOMPHAUX · texte numérisé non relu

CHANTS TRIOMPHAUX

traite ' ; le chant triomphal de Thotmès III et le décret de Ptah en dérivent-, mais plus particulièrement le chant où Amon se tourne vers les quatre points cardinaux, et montre à AménôthèsIII son empire :

« Je fais des merveilles pour ta Majesté ;

» tu renouvelles ta jeunesse, — car je t'établis roi de la double terre. » Je tourne mon visage vers le Sud — et je fais pour toi des merveilles :

» je fais ranger autour de toi les princes de la vile Ethiopie, — avec tous leurs

» tributs sur leurs dos.

» Je tourne mon visage vers le Nord — et je fais pour toi des merveilles :

» je fais venir à toi les pays extrêmes de l'Asie, — avec tous leurs tributs sur le dos. » ils se livrent eux-mêmes à toi avec leurs enfants ; — ils accourent pour que tu

» leur donnes le souille de la vie.

» Je tourne mon visage vers l'Occident, — (;t je fais pour toi des merveilles : » je te fais saisir les Libyens (Tahennou) ; — ils n'échappent point.

» Ils construisent ce monument en l'honneur de Ma Majesté, — entouré de grands murs, » qui s'élancent vers le ciel, — colonisés par les enfants des chefs des Anou de Nubie.

» Je tourne mon visage vers l'Aurore, — et je fais pour toi des merveilles :

» je fais venir à toi les pays de Pounit, — avec toutes les épices agréables de

» leurs régions.

» pour implorer les dons de ta main, — et respirer l'air que tu donnes ^

1 « Il est venu à nous, il a saisi le Saïd, et il a coiffé le pskhent sur sa tête 1 » Il est venu, il a assemblé les deux pays, et il a marié le jonc à l'abeille !

» Il est venu, il a régné sur la noire Egypte^ et il a mis le désert rouge avec lui !

» Il est venu, il a protégé les deux terres du Midi et du Nord, il a pacifié les deux

» bandes de l'Ouest et de l'Est I

» Il est venu, il a foulé les barbares du Midi, il a assommé ceux du Nord qui ne le

» redoutaient point ! »

{Pap. Pétrie, I. pi. III, p. 3; Maspero, B. Eg. VIII, 408-409). — Cf. dans le discours « de Safekhit à Séti I" : « Tous deux (Thot et Safekhit) nous avons rassemblé pour toi les » deux régions sous tes sandales ; tous deux nous avons réuni pour toi la plante du » Midi à la plante du Nord, et tu es devenu roi des deux Egyptes. Tu t'avances en roi du » bas pays ; tu as saisi les deux mondes en même temps que la double couronne. » (M.\RiETTE, Abydos, I, 31, 1. 39-40 ; Maspero, G. Ep., 96).

2 Cf. supra, p. 85-86 et 93.

3 Stèle FI. Pétrie, 1. 27-31 (Karnak, temple de Ménéptah I" : W. Spiegelberg, R. Tr., XX, 34-33). — Séti I" imita ce chant à Karnak (Salle hypost., Mur ext. N.) avec de très notables changements (Ch.ampoluon", Not. II, p. 93-97, Mon., pi. 294 ; Rosellixi, Mon. Stor., pi. 60-61; Brugsch, Rec, pi. 60 c, d ; M.\spero, G. Ep. p. 90 ; Guievsse, R. Tr. XI, 63-67). A son tour Ramsès III le reproduisit avec de nouvelles variantes à Médinet-Habou, (i»'' pyl. N., face E.; Dûmichen, H. I., pi. 17; Chabas, Et., p. 113; Daressy, M. H., p. 72-73). Voici la version de Séti :

« 0 mon fils de mon flanc, que j'aime, seigneur des deux régions, — Menmarà, maître

» du glaive sur tout pays !

» je suis ton père et j'établis les terreurs sur le Rotennou supérieur et inférieur ;

» — les Anou de Nubie sont sous tes sandales.

» Je fais que viennent à toi les chefs du pays du Sud ; — ils te font recevoir leurs tributs

» en fait de toutes bonnes offrandes de leurs pays, — amenés (pour satisfaire le

» cœur de Ta Majesté).

» Je tourne ma face vers le Nord ! — je t'accorde de châtier les nations.

» et de réprimer les révoltés dans leurs retraites — par la puissance de ton glaive. » Je fais que viennent à toi les pays, — qui ignoraient l'Egypte, avec leurs produits,

» chargés en argent, or, khesbet — et toutes pierres précieuses du To-Noutir.

Pharaon « commande à toutes les nations » ; il règne en effet sur ses sujets égyptiens par son gouvernement direct, sur ses alliés par son protectorat, sur les autres nations par sa terreur. Tous disent d'une commune \oix : « Tu es le maître » K Tous obéissent humblement et joyeusement à Sa Majesté.

« On ne se révolte plus contre elle (Hâtchopsou) aux contrées du Midi, on ne se ligue » plus contre elle aux contrées du Nord ; mais le ciel, toutes les régions étrangères que » Dieu a créées, la servent le cœur soumis, la tête inclinée, leurs cadeaux sur leur » échine et lui présentent leurs enfants pour que leur soient donnés les souffles de » vie 2 ».

Il faudrait d'ailleurs de la déraison ou une ignorance bien profonde pour le braver; ceux-là seuls l'attaquent qui ne connaissent pas son nom, ou l'Egypte, ou les dieux ; mais ceux qui s'y risquent, acquièrent une expérience salutaire ^ On affecte de regarder les étrangers autonomes comme des sujets révoltés, et nous savons comme on les traite *. S'ils sollicitent une alliance ou

» Je tourne ma face vers l'Est, — et je t'accorde que tu les lies en leur pleine totalité

» dans ta main :

» je réunis les nations de Pounit — et tous leurs produits en huiles, parfums,

» bois et toutes herbes » agréables, odoiùférantes du To-Noutir, — renfermés pour toi dans le diadème à

» uraeus (qui est sur ta tête).

» Je tourne ma face vers l'Ouest I — je t'accorde de châtier les nations de Tahennou ; » leurs chefs poussent des cris, — en se retournant dans leur fuite à tes clameurs, » les chefs (de tous pays et de toutes régions) sont à t'adorer.

» Je tourne ma face vers le Ciel ! — je l'accorde les acclamations des dieux de l'horizon

» du ciel, » à ta naissance, comme Râ à l'aurore, — et à ton renouvellement, comme Râ

» quand il passe au milieu du jour.

» Je tourne ma face vers la Terre ! — je t'accorde ma préparation pour toi des victoires

» sur tous pays.

>) les Dieux se réjouissent pour toi dans leurs temples. — te donnant l'éternité

» comme roi sur le trône de Gab ».

1 « Les souffles sont en ta main, 0 roi ! tu es la vie, la condition de la terre est selon » ce que tu as ordonné, Roi vainqueur, tu as mis fin à l'opposition de nos pays; nous » sommes venus et ta crainte nous a écrasés, la terreur pénètre nos membres, tu fais » que les plus braves des combattants s'enfuient à ton aspect sur le champ de bataille : » ton grand nom vainc les Barbares. L'Egypte et nous disons d'une seule voix : « Tu es » le maître » (Médinet-Habou, Pavillon : Daressy, 52).

2 Deïr-el-Bahari, insc. delà croisière en Pounit (Dûmichen, Die flotte, pi. xviii, a; ff./., XX, 1. 1-6; Mariette, D.-el-B.^ pi. x; Sethe, Urkunden, IV, 341; Ghabas, Etudes, p. 156; Maspero, Qq. navigations, B. E(j., VIII, 83). — Gf. Stèle de Thotmès III à Karnak.

3 « Il a réuni les peuples sous sa domination Ce qu'est son nom les Asiatiques s'en

» souviennent; ils apprécient ce qu'il a fait sur terre : c'est un dieu qui se venge », et « ils fléchissent sous leurs tributs. » Ramsès IV, stèle d'Hammamat, an II, 1. 6 sqq. (L. D., 223; PiERRET, Rev. Arch., 1869, p. 277). Gf. Ramsès III, an VIII, 1. 4-5 (Chabas, p. 247).

* Gf. chap. IV, I 1.

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