‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 98 sur 182 · COMMERCE PAR LA. VOIE DE SYRIE · texte numérisé non relu

COMMERCE PAR LA. VOIE DE SYRIE

figurent ou nomment des objets et des matières originaires de contrées lointaines. Par la route des oasis, les Libyens du Sahara, en commerce avec l'Afrique occidentale, apportaient à Abydos des cauries du Sénégal. Par l'isthme de Suez, des caravanes exportaient les produits naturels ou industriels de l'Egypte et rapportaient ceux de la Syrie, de l'Asie Mineure, de l'Arabie, de laKhaldée ou même de plus loin, comme l'ambre de la Baltique ' ou l'étain des Cassitérides- ou de la Chinée Les rois memphites se contentent d'expéditions pour protéger ou venger les mineurs du Sinaï^; les premières dynasties thébaines ne poussèrent pas plus loin. Mais les particuliers, trafiquants, aventuriers, esclaves marrons, condamnés politiques ou de droit commun, s'élançaient hardiment vers l'inconnu. La Satire des mélier s montre le « fabricant » d'armes partant pour les pays étrangers » avec ses ânes, et le courrier, qui, avant de se mettre en route, lègue ses biens à ses enfants par crainte des bètes sauvages et des Asiatiques \ Le légendaire Sinouhit, type des aventuriers d'alors, a peur lui aussi, mais c'est d'être arrêté avant de franchir le mur du Prince : une fois dehors, il sera bien accueilli par les Bédouins du Sinaï qui voudraient le garder et lui offrent un territoire ; mais il ne se sentira en sûreté que plus loin chez les Edomites ; il s'y distinguera par sa vaillance, il épousera la fille d'un chef du Tonou, deviendra riche seigneur et héritera de la principauté ^

Cette voie de terre suffisait pour les marchandises de peu de volume, armes, bijoux, étofTes, etc., et même pour les sacs à grains. Mais il serait peu vraisemblable qu'elle servît pour les objets encombrants comme les bois de construction : cèdres, sapins, cyprès, ifs du Liban, de l'Amanos ou du Tauros arrivaient de Syrie ou de Cilicie directement par mer. La relation de Fodysséed'Onou- Amon, à la recherche de poutres pour le temple d'Amon thébain,

1 Perles de la vi« et des \i«-xix« dynasties à Abydos (Maspero, H. Or., 1,393, n. 1).

2 Bronzes de Méïdoum (J.-H. Gladstone, Pr. S.B.A., 1802, XIV, 2i'3-226; Maspero, H. Or., I, 393, n. 2).

^ Selon DE MoKGAN, Recherches, 1896, I, p. 238.

* Cf. supra, p. 119, 175 et 194, n. 3. De Morgan, op. cit., p. 229-238.

5 Satire rie.ç métiers, % xiv et xv.

^ Conte de Sinouhit (Maspero, Contes, p. 08-99, 104-106).

date seulement de la xxi® dynastie ^ Mais il avait eu des devanciers dès la plus haute antiquité-.

La légende a conté des navigations fantastiques, telles que celle du naufrage à l'Ile de Doublet Pourtant l'origine des courses en mer n'évoquait dans les esprits égyptiens aucun souvenir terrifiant. D'anciens chants du cycle dlïorus présentent la mer, la Grande Verte sous un jour poétique et gracieux :

« Ilorus i est descendu sur la Grande Verte, ' et tu as baissé la tiHc, * tu as courbe tes

» bras, ô mer !

■» Et les enfants de Nouit qui descendent sur toi * niellent leurs guirlandes sur

» leur tète, * mettent leurs guirlandes sur leur cou : » Ils présentent les lotus lleuris, ' qui sont les couronnes des étangs de Sokbit (le pays

» des Offrandes) » A Isis la grande ' qui porte la pique dans Akhit, » Elle les apporte, les donne, les parsème, * devant son fils Hor, l'enfant (encore) à la

» mamelle, » Pour qu'il parcoure la terre avec ses deux sandales blanches * et qu'il aille à

» son père Osiris. »

L'histoire n"est pas muette, comme on pourrait le craindre. Des biographies particulières nous montrent an temps des Pyramides la marine égyptienne sillonnant la Méditerranée, non seulement pour transporter en Palestine, les troupes royales^', mais aussi pour servir les intérêts privés''. Les peuples de la Méditerranée commerçaient par mer avec les Egyptiens. Ceux-ci les désignaient en bloc par le nom à' Haïou-nibou, « gens ou seigneurs de derrière ou d'au-delà des mers ». Ce nom qui s'appliquera plus tard aux Grecs et transcrira peut être celui dos Ioniens", se lit à plu-

1 Pap. Golénischeff à Saint-Pétersbourg (cf. supra, p. 194, n. 4).

'- Cèdre nommé aux Pyramides (Ounas, 569-585; Pépi 1, 669; Mirinri, 779); tableaux de Ti, etc. (BiuKiscii, Gnfberwell, III, n" 124; Loket, Flore, n° 52, p. 41-42); cercueils de Saqqarah et Méir (M.\si'Kno, //. Or., 1, 392, n» 4 cl 392-394; Beauvisage, R. Tr., XVIll, 78-90).

•^ Pap. Golénischeff (lor. rit.).

■' Dans le Livre des Pyramides (Pépi I, 426-429 : //. 7'r., VII, 165) c'est Pépi qui est nommé, mais le roi défunt ne fait que jouer le rôle d'Horus.

•'- Inscr. d'Ouni, I. 29-31 (cf. Maspeuo, //. Or., I, 421).

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