ESCLAVES ET COLONS
ira moins d'honneur que d’avoir ramené du Soudan un nain danseur, le danga, et cette prouesse lui valut un rescrit authentique du roi Pépi Il[!. La reine Hâtchopsou ressentit autant de fierté pour le succès de sa flotte dans son expédition au pays de Pouanit® que Thotmès pour ses conquêtes en Asie; les tributs prélevés pacifiquement chez les peuples mystérieux de l'Orient, valaient tous les trophées de son père.
Agriculture, commerce, administration, l’Égyptien préférait les arts de la paix au métier des armes. Son caractère propre, la douceur du climat, la fertilité du sol, tout l'y prédisposait,
$ 2. — Rapports pacifiques : Hospitalité aux étrangers.
L'Égyptien, dans ses rapports avec les étrangers, préférait donc d’instinct la conquête pacifique à la conquête sanglante, les échanges amicaux à la guerre d’extermination. Le mur bâti en travers de l’isthme asiatique, aussi bien que la mer, les déserts, les cataractes du sud, devait arrêter les envahisseurs, mais non s’opposer à toute pénétration de races. Tour à tour ou simultanément l'Égypte essaime et elle accueille des immigrants. N’est-elle pas « le domaine de Pharaon, le bon soleil pour tout le monde » *?
Des envahisseurs même l'Égypte tirait parti. Après une guerre ou une razzia, on dispersait les prisonniers dans les ergastules des temples “ ou dans les métairies royales, sauf ceux qui élaient donnés aux compagnons de victoire du roi.” Parfois, pour rendre inoffensifs les ennemis vaincus, on les dépaysait en les transplan-
i Tomb. d'Hirkhouf à Contra-Syène (Scnraparezcr, Una tomba, Mém. Accad. Lincei, 4% 6.,.X, 13-24: DE Morcan, Cat. Mon., I. 163 sqq.; Serue, Urk., I, 120-131; Erman, Zeits. d. Morg. Ges., XLNI, 574-579, Æ. Z., XXX, 19-83 ; XXXI, 65-73 ; Maspeno, Pere XIV, 186-195, B. Eg., LU, 429-443; A. Or., 1, 397, 430-434).
2 Tableaux et inscriptions de Déir-el-Bahari (Dümicuen, Die Flotte einer Kænigin, 1868; : AH. L., IL, 8-20; Marre, D.-el-B., pl. 5-10; Navicze, D.-el-B., UK, pl. 69-86, p. 21-25; Serge, Urk., IV, 315-355; Cnanas, Z4., 151-172; Brucscu, Gesch., 281-285 ; MAsPERo, Qgq.navigations, p. 9-25; Æ. Or., II, 215-252).
3 Cf. infra, p. 198, n. 4.
4 Voir supra, ch. 1, p. 72-73.
5 Voir supra, ch. 1v, p. 166 et ch. vis, $ 2.
tant en masse loin de leur pays, « les Nègres vers les pays du » nord, les Asiatiques (Amou) vers Les pays d’Ethiopie, les Bédouins » du Sinaï (Chasou) dans le pays de [la vallée], et les Libyens (7 a- » Aonnou) dans les lieux élevés » ‘. Comme l’Empire Romain, l'Empire Égyptien utilisait les barbares et les transformait en auxiliaires ou en colons, quand il n’avait pas pu les réduire en esclavage. Les caplifs d’origine africaine Nègres, Éthiopiens, Nubiens, Libyens, ou de race asiatique, Arabes, Syriens, Kkétas, etc., peinaient aux travaux publics, construisaient des monuments, creusaient des canaux, culüivaient les terres des temples”. La Bible a dépeint les travaux des fils d'Israël? ; et l’on a cru retrouver des colonies d'Hébreux jusqu'en Nubie même après l'Exode *.
Ces colons non bénévoles, si rien ne leur rappelait leur origine nationale, se fondaient plus ou moins vite dans la population indigene et faisaient souche d'Egyptiens authentiques. Il semble que cette politique de fusion remonte à l’origine même de la monarchie pharaonique, s’il est vrai que le peuple égyptien se soit formé par l’amalgame de clans Horiens conquérants et de clans indigènes vaincus mais non exterminés, et que les rekhis*, ennenemis primitifs d'Horus, ont tenu cependant par la suite une place honorable parmi les habitants de la vallée du Nil.
D'autres barbares, vaincus mais non subjugués, servent dans les armées égyptiennes. Ouni, le ministre de Pépi, équipe des Nègres pour les faire combattre en Syrie. La xu° dynastie bat les Madjaïou, puis les incorpore à ses troupes etles mène en guerre contre les Satiou°. Plus tard, ces mêmes Madjaïou formeront une
1 Ramsès IL à Ibsamboul, grande salle, paroï sud (CHampozuioN, Mon., pl. 17; Guimysse, R. Tr., NII, 123).
2 Cf. infra, p. 199, n. 1-3, et ch. xiv, & 2.
3 Exode, 1 et V (Cnapas, Ramsès et Pithom, Mél., I, 108-165).
4 Sous le nom d’Aperiou : Pap. Leyde, I, 348 et I, 349: Stèle de Ramsès IV à Hammâmat (L. D., III, 129E; Capas, Mél., I, 53-54, II, 442-150; XZXe dyn., 101-104; MASPERo, Bibl. Eg., NU, 131-134; A. Or., IL, 443, n° 3).
5 Les rekhis, symbolisés par l'alouette, et quelle que soit la traduction à donner au mot, mentionnés avec honneur dans maint texte classique, ne l'ont pas toujours été. Amoni et Khnoumhotpou à Bénihassan se disent « féaux d’Horus qui frappe (Ai) les » rekhis » (L. D., 11, 121, 1. 3: et 123 6). Sur un monument préhistorique, on voit leurs oiseaux symboliques pendus aux enseignes des clans vainqueurs (QuiBeLz, Aieracônpolis, I, 26 c; Loner, Tofémisme, p. 39).
$ Instructions d'Amonemhait, $ 12. — Les Comptes de la cour du Pap. 18 de Boulaq notent les subsides qu’ils touchent (Borcuanor, Æ. Z., 4890, p. 194).