‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 99 sur 433 · SATIRES DU MILITAIRE · texte numérisé non relu

SATIRES DU MILITAIRE

derniers une préférence bien marquée. Son rôle de protecteur de l’agriculture lui parait plus beau que celui de conquérant ; l'invention de trois espèces de grains, ? plus noble qu’une victoire ; entre ses deux ancêtres divins, Osiris et Horus, le civilisateur et le guerrier, c’est le premier qu'il adopte pour principal patron.

Mêmes sentiments chez les sujets. Les scribes méprisent les militaires : leurs satires plastronnent officiers de cavalerie? ou d'infanterie ‘ et dépeignent leur sort comme peu enviable ; leurs

1 « J'ai fait que l'endeuillé ne fut plus en deuil, et (sa plainte) n'a plus été entendue: » les batailles perpétuelles, on ne les a plus vues, » tandis qu'avant moi l’on s'était battu comme un taureau oublieux du passé: » et que le bien-être de personne, ignorant ou savant, n'était assuré. » ({bid., pl. 1, 1. 7-9 Masrero, A. Or., I, 465).

2 Jbid., pl. xx, 1. 8-10 (cf. infra, ch. vi, p. 258).

3 Satire du charrier : Pap. Anastasi IT, pl. 1v, L. 2-10 (Biron, Select Pap., pl. T1; ErMaN, Æg., 121-722 ; Masrero, Genre épist., p. 42-43; Æ. Or., I, 457-458).

« Arrive ! que je te dise les devoirs fatigants — de l'officier de chars! » Lorsqu'il est placé à l’école par son père et sa mère — possédant cinq esclaves, » il en donne deux.

» Après qu'on l'a dressé, il part pour choisir un attelage, dans les écuries en présence » de S. M., v.s. F.:

» à peine a-t-il pris les bonnes cavales, — il se réjouit à grand bruit. » Pour arriver avec elles dans son bourg, — il se met à galoper; » (mais) il n’est bon qu'à galoper sur un bâton; — et ne sait pas ce qui l'attend. » Il donne ses biens à son père et à sa mère, — (puis) il emmène son char: » le timon en pèse {lui coûte?) trois debenou, — tandis que le char pèse cinq » Il part au galop là-dessus... » debenou.

» Il rencontre un reptile, — se rejette dans un buisson d’épines; » ses jambes sont attaquées par le reptile, — son talon est percé par la piqûre. » Lorsqu'on vient passer la revue de ses effets, — sa misère est à son comble : » on l’allonge sur le sol, — on le frappe de cent coups. »

4 S'atire de l'officier d'infanterie : Pap. Anastasi II, pl. v, 5, à vi, 2, et Pap. Anastasi IV, 1x, 4 à x, 1 (ne Roue, Discours d'ouverture, p. 34-35; Enrman, Æg., 722; Masrero, G. Ep., 41-42; Æ. Or., II, 457).

« Arrive! que je te peigne le sort de l'officier d'infanterie, — l'étendue de ses misères ! » On l’amène tout enfant, la tresse sur l'oreille, — pour l’enfermer dans la caserne. » (On le bat) et ses flancs sont crevassés de plaies; — sur son œil est une plaie contuse ; » ses deux sourcils sont couturés de plaies ; — une plaie a fendu sa tête : » bref, on tape sur lui comme sur un papyrus ; — et il est brisé par la bastonnade. » Arrive! que je te dise sa marche vers la Syrie, — ses expéditions en pays lointains! » Ses pains et son eau sont sur son épaule comme le faix d’un âne; — et traitent » son cou etsa nuque comme ceux d’un âne; » les jointures de son échine sont rompues, — et il ne boit qu'une eau corrompue. » Il monte une garde perpétuelle : — (mais) atteint-il l'ennemi, » il est comme une oie qui tremble, — il n’a plus de valeur en tous ses membres. » (Enfin) revient-il en Egypte, — il est comme un vieux bois rongé par le ver; » il est malade, il doit s’aliter, — et on l'emmène sur un âne, » tandis que des filous lui volent son linge, — et ses esclaves détalent. »

Autre satire sur le service de garde en temps de paix : Ostracon hiérat. de Florence

n° 2,619 (Erman, Æ. Z., 1880, 96):

caricatures les parodient*. Il est vrai que la réplique nous manque ; nous n’entendons qu’une voix et qu’un son. Les purs soldats n’écrivaient pas de mémoire où se déversàt leur dédain pour les emplois civils. Pourtant de hauts fonctionnaires ont exercé des charges des deux sortes. Ils racontent avec plaisir leurs campagnes ; mais ils ne se montrent pas moins fiers d’une province bien gouvernée, d’un obélisque ou d’un colosse taillé, remisé, transporté et mis en place avec adresse et célérité *. L'ingénieur, l'artiste, le savant, le prètre, le magistrat tiennent plus de place dans l’état el montent plus haut dans l'estime et la faveur du souverain. Mème le commerce recueille chez eux des éloges égaux à ceux qu'ils adressent à la guerre. L'esprit d'aventures s’y donne autant et mieux carrière. Les voyages en pays inconnus et lointains ne sont pas sans périls”, mais non plus sans jouissances * qui séduisent l'imagination. Un produit rare importé, une denrée nouvelle découverte au cours de longs voyages, sont des titres à la mémoire de la postérité. Le voyageur capitaine Hirkhouf d’Eléphantine, glorieux d’avoir remporté dix victoires sur les Nubiens, en

» peine est-il réveillé, et il l'est tout seul, — on (le) charge comme un âne; — il travaille » jusqu'au coucher du soleil. —- Quand arrive pour lui la tombée de la nuit, — il a faim, » son ventre est rompu — il est mort quoique en vie. »

1 Bataille entre les rats et les chats (Pap. du British Museum : Lepsrus, Auswahl, pl. 23 8; DevériaA, apud CaamprLeury, La caricature antique, 2 édit., p. 20-28; Orzrvrer- BuaureGarp, La caricature égyptienne, 1894; Maspero, Æ. Or., II, 453 et 504.

2 Voir infra, ch. xr, $$ 3 et 4.

3 Pépinakhiti d'Eléphantine périt dans une expédition au Sinaï (Inser. de son tombeau et de celui de Sabni, fils de Mékhou : ne Morçan, Cat. Mon., 1, 175-176, 146 sqq.; SETHE, Urkunden, 1, 132-135 et 135-140 ; MasPero, 1. Or., I, 345).

4 Cf. infra, p. 202-210. La littérature de voyages, légendaires ou réels, était fort goûtée ; il nous en est resté : le Conte du Naufragé (Pap. 1 115 de St-Pétersbourg : GoLÉNISCHErr, Ancien conte, 1881; 5ten Orientalisten Congress, 1882, II, 100-122; A. Tr., 1906, XX VIII, 73-112; Maspero, Contes, 2e édit., 4889, p. 131-146: 3e, 4906, p. 84-92), — le Conte de Sinouhit (Pap. de Berlin n° 1: L. D., IV, 104-107; Pap. Ambherst: GRirriTu, Pr. S.B.A., 1891-1892, XIV, 452-454; Newgerry, Amherst pap., 1904, I, pl. 1 m-0, p. 9-10: Pap. Golénischeff : Maspero, Bi. d'Et., 1, 1906, p. 32-34; Ostracon du Brit. Mus. n° 5.629 : Bron, Rev. Arch., 1858, p. 264; Znscr. hiérat., 1868, pl. 23, p. 8; Ostracon du Caire: Maspero, Mém. Inst. Eg., 1866, II, 1-23; Daressy, Cat. gén. Ostraca, n° 25,216, pl. 41, p. #7; — Cnapas, Les pap. de Berlin, 1870, p. 37-51; GoopwiN, Fragers Magazine, 1865; Maspero, Mél. d'arch., LIT, 68-82, 140; Contes, 2% 6d., p. 87-130, 3e, p. 55-83; Bibl. d’études, 1, 1906; Perne, Egyptian tales, 1895, I, 97-449: Grirrrru, Library of best Literature, 1898, p. 5238-5249; Enman, Pap. der K. Museen, 1899, p. 14-29); — le Voyage en Syrie (Pap. Anastasi I : Bmmcu, Select Pap., pl. 35-62; Cnapas, Voyage d'un Egyptien, 1866; Brucson, Gesch., 554-561; Masrero, Z. Or, I, 407); — le Voyage d'Onou- Amon (pap. Golénischeff : Goréniscuerr, Æ. Tr., 1899, XXI, 74-104; Erman, Æ. Z., 1900, XXX VII, 1-14; Maspero, Contes, 3° éd., p. 186-201)

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