COMMERCE PAR LA VOIE DE SYRIE
figurent ou nomment des objets et des matières originaires de contrées lointaines. Par la route des oasis, les Libyens du Sahara, en commerce avec l'Afrique occidentale, apportaient à Abydos des cauries du Sénégal. Par l’isthme de Suez, des caravanes EXpOr-taient les produits naturels ou industriels de l'Égypte et rapportaient ceux de la Syrie, de l'Asie Mineure, de l'Arabie, de la Khaldée ou même de plus loin, comme l’ambre de la Baltique‘ ou l’élain des Cassitérides ? ou de la Chine*. Les rois memphites se contentent d’expéditions pour protéger ou venger les mineurs du Sinaï‘; les premières dynasties thébaïnes ne poussèrent pas plus loin. Mais les particuliers, trafiquants, aventuriers, esclaves marrons, condamnés politiques ou de droit commun, s’élançaient hardiment vers l'inconnu. La S'atire des méliers montre le « fabricant » d'armes partant pour les pays étrangers » avec ses ânes, et le courrier, qui, avant de se mettre en route, lègue ses biens à ses enfants par crainte des bêtes sauvages et des Asiatiques”. Le légendaire Sinouhit, type des aventuriers d'alors, a peur lui aussi, mais c’est d’être arrêté avant de franchir le mur du Prince : une fois dehors, il sera bien accueilli par les Bédouins du Sinaï qui voudraient le garder et lui offrent un territoire; mais il ne se sentira en sûreté que plus loin chez les Edomites ; il s’y distinguera par sa vaillance, il épousera la fille d’un chef du Tonou, deviendra riche seigneur et héritera de la principauté °.
Cette voie de terre suffisait pour les marchandises de peu de volume, armes, bijoux, étoffes, etce., et même pour les sacs à grains. Mais il serait peu vraisemblable qu'elle servit pour les objets encombrants comme les bois de construction : cèdres, sapins, cyprès, ifs du Liban, de l’Amanos ou du Tauros arrivaient de Syrie ou de Cilicie directement par mer. La relation de l’odyssée d’Onou- Amon, à la recherche de poutres pour le temple d’Amon thébain,
4 Perles de la vre et des xre-xrre dynasties à Abydos (Masrero, A. Or., 1,393, n. 1).
2 Bronzes de Méïdoum (J.-H. Gzapsrone, Pr. S.B.A., 1892, XIV, 223-226: Maspero, H. Or, 1, 395, n- 2).
3 Selon pe Morcan, Recherches, 1896, I, p. 238.
4 Cf. supra, p. 119, 175 et 194, n. 3. De Monçaw, op. cit., p. 229-238.
5 Satire des métiers, $ xIV et xv.
6 Conte de Sinouhit (Masrero, Contes, p. 98-99, 104-106).
date seulement de la xxr° dynastie !. Mais il avait eu des devanciers dès la plus haute antiquité *.
La légende a conté des navigations fantastiques, telles que celle du naufrage à l'Ile de Double. Pourtant l’origine des courses en mer n'évoquait dans les esprits égyptiens aucun souvenir lerrifiant. D’anciens chants du cycle d'Horus présentent la mer, la Grande Verte sous un jour poétique et gracieux :
« Horus # est descendu sur la Grande Verte, * et tu as baissé la tête, * tu as courbé tes » bras, à mer!
» Et les enfants de Nouït qui descendent sur toi * mettent leurs guirlandes sur » leur tête, “ mettent leurs guirlandes sur leur cou : » Ils présentent les lotus fleuris, * qui sont les couronnes des étangs de Sokhit (le pays » des Offrandes) » À Isis la grande * qui porte la pique dans Akhit, » Elle les apporte, les donne, les parsème, * devant son fils Hor, l'enfant (encore) à la » mamelle, » Pour qu'il parcoure la terre avec ses deux sandales blanches * et qu'il aille à » son père Osiris. »
L'histoire n'est pas muette, comme on pourrait le craindre. Des biographies particulières nous montrent au temps des Pyramides la marine égyptienne sillonnant la Méditerranée, non seulement pour transporter en Palestine, les troupes royales”, mais aussi pour servir les intérêts privés®. Les peuples de la Méditerranée commerçaient par mer avec les Égyptiens. Ceux-ci les désignaient en bloc par le nom d’AJaiou-nibou, « gens ou seigneurs de derrière ou d’au-delà des mers ». Ce nom qui s’appliquera plus tard aux Grecs et transcrira peut-être celui des [oniens”, se lit à plu-
! Pap. Golénischeff à Saint-Pétersbourg (cf. supra, p. 194, n. 4).
2? Cèdre nommé aux Pyramides (Ounas, 569-585; Pépi I, 669; Mirinri, 779); tableaux de Ti, etc. (Brucscu, Grœberwelt, III, n° 124; Lorer, Ælore, n° 52, p. 1-42); cercucils de Saqqarah et Méir (Masrero, H. Or., I, 392, no 4 et 392-394; Beauvisace, À. Tr., XNIII, 78-50).
3 Pap. Golénischeff (loc. cit.).
4 Dans le Livre des Pyramides (Pépi I, 426-429 : 2. Tri VIT, 165) c'est Pépi qui est nommé, mais le roi défunt ne fait que jouer le rôle d'Horus.
5 Inscr. d’Ouni, 1. 29-51 (cf. Masreno, H. Or., I, 421).
CAR AD ATTE
7 D’après CHampoLLioN, Rosezzinr (Mon. Stor.. III, 4 et 421-426), E. Currius (Die Joner, p. 10-11, 48), Lepsius (Namen der Joner, Monatsb. d. Akad. Berlin, 1855, p. 497 sqq.), Lier, Mazzer (Grecs en Egypte, p. 6) (R. Tr., XVI, 133-134). Contra : Brren (Gallery of Antiquities, p. 89), E. pe RouGé ({nscr. d'Ahmès, p. 45-44), Baucsen (Géog. Inscr., IT, 47), Max Müzcen, (4sien und Europa, p. 30-31). — Cf. Maspgro, H. Or., L p.391, n.3).