‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 105 sur 433 · NAVIGATIONS EN MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

NAVIGATIONS EN MÉDITERRANÉE

sieurs reprises dans les Pyramides !. Sänkh-ka-Rà-Montouhotpou de la 1° dynastie thébaine se vante d’avoir rompu le jarret aux Haïou-nibou?; à lui peut-être remonte cette colonie d'étrangers élablis au Fayoum, comme captifs, maçons, ouvriers, commer- Gants, qui, sous les xu° et x dynasties, y fabriquaient ou employaient ces poteries égéennes recueillies à Kahoun par M. Petrie, et qui peut-être de 1à transmirent à leurs compatriotes les rudiments des syllabaires ou alphabets asianiques, chypriotes et phéniciens *, qui enfin sous la xviu° dynastie reçurent de nouveaux renforts et obéissaient à des chefs de nom étrusque“. Thotmès [®, eut affaire à eux”. La reine Hâtchopsou s'intitule « seigneur des Haïou-nibou »°; Thotmès IV? et Séti [* les nomment ; Haremhabi les fait figurer au premier registre des peuples vaincus par lui « aux extrémités de la terre » * ; et Ramsès IT insère leur cartouche parmi ceux des peuples qu'il a subjugués *. D’autres textes parlent des « îles de la Grande Verte » comme tributaires ou sujettes des Pharaons : Thotmès IIT se vante d’avoir « épouvanté la Phénicie et Chypre », « écrasé les habitants des iles » les « peuples du milieu de la Grande Verte », de posséder « les îles » des Outanâtiou (Tanaou, Aëyao?) »!°, avant que ces peuples se joignent aux coalitions contre Ramsès IT et Ramsès IIL. En son nom,

1 « Tu es le Circulant en rond dans le circuit des Haïounibou. » (Téti, 1. 275: Pépi, Or SetA2 2 eMiinne 28 MU ER Tr NAT ACL AT TX 182 187: EX

2 Inscr. du Ouady-Hammamät : L. D., II, 150 À, L. 8; Goréniscuerr, Résultats, pl. xvr, 1. 8; Cnaras, Etudes, p. 174-175; B. Eq., X, 363; Maspero. H. Or, I, 476, n. 3.

3 Perrie, Xahun, p. 44, Zlahun, p. 9-1 et pl. 1. Cf. Masrero, Aev. Cril., 1891, I, 323; 1892, I, 270 (= Bibl. Eg., NII, 393, 400-401), Æ. Or., I, 476-477.

4 À Gourob, Perrie relève le nom d’'Anou-ni-Tourcha (Kahun, pl. 19) à côté du nom sémite S'adi-amii (Kahun, pl. 24, 2). Cf. Masrero, À. Crit., 189, I, 322 (— Bibl. La., VIII, 392).

5 Thotmèés Ier, stèle de Tombos : « Divine abomination sont les Haïounibou » (L. D., TT DAS PrEHr, Per ET, p'2):

6 Deir-el-Bahari, tableau de l’an IX, socle du pavillon du trône (2. 7r., XVIII, pl. mr, p. 105; ct. MarrerTe, D.-el-B., pl. iv; L. D., IT, 62; Navizce, Festival hall, pl. vr.

7 Parmi des cartouches de peuples vaincus par Thotmès IV : Tombeau de Zaïnni, paroi c (M. M. C., V, 698).

8 Mur d'Haremhabi à Karnak (Bourranr, 2. Tr., XVII, 42; WrepEemanN, Pr. S.B.A., 1886-89, XI, 423-434; Masrero, À. Or., II, 350-351).

9 Karnak, temple de Ramsès I (L. D., IT, 207 »); Médinet-Habou, mur N. (DümicHEN, H. I., 1, 47 »).

10 Chant triomphal de Thotmès III, $$ 1v, vi, vu (Marerre, Karnak, pl. 11; Serxe, Urkunden, IV, 615-647 ; ve Roucé, Mon. de Thotmés III, p. 29; Cuapas, Z., 181-182; Bauesca, Gesch., 355; Maspero, G. £p., p. 87. A. Or., II, 267-268.

le général Thotii inspecte les iles! ; le préfet de Thèbes Rekhmarà, reçoit les tributs de leurs colons phéniciens*. Ramsès Il a © capturé les guerriers de la mer *», car Amon-Rà lui avait donné tous les pays «et les îles au milieu de la Grande » Verte »‘. Ramsès II foule aux pieds « le grand cercle des îles » de la mer »°.

L'histoire officielle ne s'occupe guère des relations commerciales avec les riverains de la Méditerranée, faciles et anciennes. Au contraire elle prône très haut les expéditions sur la mer Rouge et l'Océan Indien, au pays mystérieux de Pouänit®, côte du Somal ou Arabie, peut-être la Khaldée et l'Inde. Les Égyptiens ne se lancèrent pas de suite et à l’aventure vers ces contrées où ils plaçaient le séjour des Mânes et celui des dieux. Progressivement, commerçants, explorateurs, soldats lancés à la poursuite des Bédouins ou des Nègres pillards, poussèrent des pointes dans les ouadys à l’est et à l’ouest de la vallée, remontèrent le Nil, découvrirent les mines d’or et les oasis, atteignirent la mer, préparèrent la conquête de la Nubie, puis de l'Ethiopie, et les grandes croisières maritimes. Sous les dynasties memphites, les princes d'Eléphantine se distinguèrent dans ces courses hardies et parfois périlleuses. Hirkhouf parcourut les déserts de Nubie, prit le premier contact avec des tribus libyennes des Timihou et ramena de ses voyages des convois de marchandises précieuses, or en poudre ou en barre, plumes d’autruches, pelleteries, ivoire, ébène, encens, gomme; même il renouvela la prouesse de Biourdidi sous le règne d’Assi, et, pour avoir offert à Pépi II un nain danga de la terre des Mânes, reçut des féticitations officielles’. Tous ne

1 Patère de Thotii au Louvre (Bron, Patère, B. Eg., IX, 227-236: Devéria, Mém. Soc. Antiquaires, t. 24; Masrero, À. Or., II, 297).

2 Tombeau de Rekhmarâ (Binon, /. c., 240; Viney, M. M. C., V, pl. v et p. 32).

3 Inser. de l’an II, entre Assoum et Philæ (L. D., III, 175 6, 1. 8; E. ne Roucé, Athenœum, 1855, p. 957).

4 Ibsamboul (Rosezzini, M. R., pl. 114, 1. 17; Cuapas, B. Eg., IX, 244).

5 Médinet-Habou (Dümicnen, A. J., Il, 47 »).

6 C£. B. Graser, Seervesen der alien Æg. (ap. Dümicuen, Resultate, 1, 1-27); Masrero, De qq. navigations, 1878, Æ. Or., I, 396-398, 433-434, 494-408: II, 246-253: LIEBLEIN, Æ. Z., 1885, p. 127 sq.; Handel und Schiffahrt, 1886; Das Land Punt 1890: Scmrapa- RELLI, La Catena orientale, 1890; GLaser, Punt, 1898.

7 Insc. d'Ilirkhouf à Assouan et Rescrit de Pépi II (Scuraparezzr, Una tomba della

EXPÉDITIONS EN POUANIT 207

réussirent pas si bien : Papinakhiti, après d’heureuses razzias en Nubie et une expédition au Sinaï, se laissa au moment de s’embarquer, surprendre et {uer par des Arabes!. Les rois Thébains firent reprendre et pousser plus loin ces tentatives : ils annexèrent définitivement la Nubie, et l'an VIII de Sankh-ka-Rà, dernier roi de Ja x1° dynastie, l’ami unique Honnou dirigea la première expédition * connue au pays de l’encens. Dès lors, soit par cette voie, soit par celle de l’isthme, l'Égypte tire d'Asie les parfums et les gommes, les bois de luxe, les métaux précieux, les pierreries, les étoffes peintes ou brodées*. Une croisière en Pouanit, plus fameuse encore, fut celle qu'organisa la reine Hâtchopsou et dont elle fit représenter, dans son temple funéraire de Déir-el- Bahari*, le retour triomphal et le grand défilé: marins chargés de marchandises exotiques, arbres inconnus avec leurs racines, singes vivants, jusqu’à un chef étranger avec sa famille et ses serviteurs. Thotmès III, Haremhabif, Séti 17, Ram-

VIe d., 1892; ErmAN, Zeit d. D. Morg. Ges., XLVNI, 574-579; Æ. Z., XXX, 19-83, XXXI, 65-73 ; Masrero, 2. Crit., 1892, II, 357-366; À. Tr., XIV, 186-195 (— B. Eg., IT, 429-443) ; XV, 103-104; Æ. Or., I, 430-434).

1 Inscr. de Papinakhiti à Assouan (De Morçax, Cat. Mon., 1, 175-176; SeTue, Urkunden, 1, 131-135; Maspero, A. Or., I, 434-435).

2 Inscr. de l’'Ouady-Hammamät (L. D., II, 450 À; GoLéniscuerr, Résultats, pl. xv-xnr, et p. 9-11; CHaBas, Voyage, p. 56-63; Etudes, p. 150; Brucscu, H. d’Eg., 2% éd., p. 80, Gesch., p. 110-113; Lrescew, Handel, p. 20-22; Scaraparezzr, Catena, p. 98-100: MasPero, OQq. navigations (B. Eg., VAL p. 79 à 82); H. Or., I, 494-495),

3 Cf. Esers, Ægypten, 1, 228 sqq.

4 Tableaux et textes de Deïr-el-Bahari (Dümicaen, Die flotte einer œ@g. Kænigin, 1862, et A. Ins., II, pl. 8-22; Mariette, Deir-el-Bahari, pl. 5-10 et texte, 1877; — NAvILLe, BR. Tr., XNII, 103-196; Deir-el-Bahari, pl. 69-86, p. 21-25; Æg. expl. Fund, Report 1894-95, p. 34; Serue, Urkunden, IV, 315-355 ; — Cf. De Roucé, Mon. de Karnak, Mél. arch., 1, 49 sqq.; Caagas, £4., p. 151-172; MasPero, Qg. navigations, 9-25 (B. Eg., VII, 82-103); Æ. Or., 244-253; Brucscx, Gesch., p. 281-288; LresreiN, Handel, p. 23-37; ScawWaINFURTH, Æeise nach glücklicher Arabia, p.5 sqq.; Grimm, Pharaonen in Ostafrika, p. 14-46, 131-460).

5 Tributs (Marrerre, Karnak, pl. 23-31) et listes de l'an XXIII (Marærre, Listes Géog., p. 6ù sqq.). — En une fois on apporta 1,085 boisseaux d’aromates. Annales, an XXXIHI, 1. 27 (Lepsius, Auswahl, 12; L. D., III, 30 x; Serxe, Urk., IV, 701) et an XXXVIIF, 1. 8-9 (L. D., III, 31 4, Serne, Urk. IV, 721). — Cf. pe Roucé, Notice de l’inscr. de Karnak, p. 19; Masrero, Qq. navigations, B. Eg., VIII, 104; A. Or., Il, 260 et 267.

6 Mur d'Haremhabi à Karnak (Marrerre, M. D., pl. 88 et p. 27; Brucseu, Aec., II, pl. 57, 3; Maspero, Qq. navigations, p. 104; Cf. BourrantT, 2. Tr., XVII, 43). Les gens du Pouanit, représentés en amis, vêius comme les Egyptiens, sans chaines ni corde au cou, apportent leurs tributs d’or, gomme, plumes et rendent hommage, mais n’encourent point l'épithète de khesou.

7 Séti I dit à Osiris : « J'ai placé pour toi un vaisseau chargé de ballots sur la Grande » Mer. A toi sont présentés les trésors du To-Noutir et des marchands faisant le commerce » avec leurs apports et leurs marchandises parmi lesquelles il y a de l'or, de l'argent » et du bronze. » (Marrerre, Abydos, I, pl. 8 et 84; Cnaras, Poids, mesures, etc., p. 27).

sès I', Ramsès IL? et Ramsès IV? renouvelèrent ces exploits, et, par des expéditions moitié militaires moitié commerciales, 1mposèrent un tribut aux peuples lointains de Pouanit. Avec les équipages naviguaient des ouvriers et comptables pour les échanges commerciaux :

«J'équipai des vaisseaux et des galères, pourvus de nombreux matelots et de nom- » breux ouvriers. Les capitaines des auxiliaires maritimes y étaient avec des chefs de » corvée et des comptables, pour les approvisionner des produits innombrables de » l'Égypte : il y en avait de toute sorte par dizaines de mille. Allant sur la grande mer » de l'eau de Qodi, ils arrivèrent au pays de Pouanit, sans que le mal les abattit, et pré- » parèrent le chargement des galères et des vaisseaux en produits du Tonoutir, avec » toutes les merveilles mystérieuses de leur pays, eten des quantités considérables des » parfums de Pouanit, chargés par dizaines de mille, innombrables. Leurs fils, aux chefs » du Tonoutir, vinrent eux-mêmes en Égypte avec leurs tributs ; ils arrivèrent sains et » sauls au pays de Coptos, et abordèrent en paix avec leurs richesses. Ils les apportèrent » en caravane d'ânes et d'hommes et les chargèrent sur le fleuve, au port de Goptos #. »

Le périple de l’Afrique par des Phéniciens au service de Nikao Il était tout à fait conforme aux traditions pharaoniques °.

Après leurs campagnes en Asie, les Thotmès et les Ramsès y semèrent des garnisons et des fonctionnaires, chargés de maintenir la tranquillité et de prélever les tributs. Le papyrus Hood cite comme grands dignitaires de la hiérarchie les « Administrateurs » des contrées de Syrie et d'Ethiopie » 7, chargés des finances dans les provinces tributaires, sous la haute direction des «Supérieurs » des experts du Palais royal » ou « diœcètes »*. Les correspon-

1 Listes (Maspero, Og. navigations, B. Eg., NII, p. 105).

? Grand Pap. Harris, pl. 77, 1. 8-18 4, pl. 78, 1. 4 (Cf. Cmapas, Recherches, p. 59-60 : Brrcn et EixsexLonr, Ru Past., L. VILLE, p. 49-50; Masrero, Qq. navigations, B. Eq., VW, 105-109; Æ. Or., II, 474-475).

$ Stèle d'Hammarnât (L. D., IT, 219; 1. 8-9: Maspero, Qg. navigations, p. 109-410.

4 Gr. Pap. Harris (supra, n. 2). :

5 Héropore, IV, 42, contesté par Ernore (MuzLer-Dinor, Fragm. Hist. Gr. 1, p.261; p. 96 4) et par Pozyse (III 58). Cf. Héropore, IV, 42, Rogrou, Périples d'Afrique, p. 7-14: Wizc-Muiier, Umseglung, 1889; — H. Beraer, Gesch. der Erdkunde der Griechen, I 37-40; Maspero, H. Or,, III, 532-533).

6 Une statue de Sembellaouin fait connaître une expédition militaire vers la même époque, celle « d’un messager royal, combattant pour son maître au pays du Sud » en « Pouanit à l'Orient des Terres-Divines » c’est-à-dire peut-être en Arabie (Foucann, BR. Tr., XVII, 100). — Tenons pour non avenus, et pour cause, les scarabées de Bubastis (C.-R., Acad. des I.-B.-L., 26 juin et 17 juillet 1908).

7 Mirou Khastiou nou Khariou Koushiou : Pap. Hood, 1. 21 (Masrero, Et. Eg. I], 9 et 49).

$ Air sechsaou nti pa souten haiza ni to seroutouf : Pap. Hood, 1. 21 (MasPero, Et. Eg., I, 49). |

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