‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 112 sur 433 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

$ 1. LE DESPOTE SAGE ET BIENFAISANT. — $ 2. L'AUTEUR DE LA vie. — $ 3. LE GARDIEN DE LA VIE. — $ 4. L'AUTEUR DE TOUT BIEN ET LE NOURRICIER DU PEUPLE.

Par rapport à ses sujets, le roi est un autocrate : mais son despotisme s'exerce pour leur bien. Sa toute-puissance s’est fondée d’abord en fait sur la force ; elle a été, dans la suite, légitimée par les diverses théories sur la divinité du roi, dogme fermement établi dans la croyance des peuples ; elle s’est justifiée surtout par les bienfaits qu'ils en retiraient ou croyaient en retirer.

$ 1. — Le despote sage et bienfaisant.

Le roi étant tel par nature que nous l'avons vu, son gouvernement ne peut être qu'absolu. Les hommes ne peuvent rien sur les dieux ; Le roi est dieu : les hommes n’ont aucun droit sur lui. Les hommes ne peuvent ni aider, ni arrêter, ni accélérer m ralentir le cours du soleil ; le roi est fils du Soleil, il est Rà incarné : les hommes ne participent pas à son gouvernement. La marche du soleil est le type éternel de la règle, de la loi dominatrice et inflexible ; Râ est éminemment le seigneur de la règle neb mail”: comme lui, le roi porte ce même titre ; il est le « seigneur de la

1 « Salut à toi, qui te lèves à ton horizon sous la forme de Râ, appuyé sur la vérité (mât). » (Hymne à Rà: Stèle d’Anaoua, Sagqarah. XIX° d. : ManreTTE, A. D, pl. 57, p. 18) Cf. Grépaur, (2. Tr., 1, 129, n. 1 et 131) rattachant md au monothéisme solaire.

» loi », et aussi le « Taureau vivant de Mâït », c'est-à-dire l'époux terrestre qui féconde la loi personnifiée'. Donc à lui aussi sa volonté fait loi, sa parole doit être obéie sans discussion”, ses désirs doivent se réaliser toujours, ses ordres s’exécuter immédiatement. Le roi est libre et maître de tout faire.

Toutefois. si les hommes n’ont aucune action sur le soleil, ils sont habitués à en recevoir des bienfaits constants. Ils ne vont pas s'imaginer pour cela que le soleil a été fait pour eux, pas plus qu'il n’a été créé par eux ; mais ils jouissent gratuitement de sa lumière, de sa chaleur, de la vie qu'il répand dans le monde. Sur le roi, non plus, les hommes ne s’arrogent aucune autorité ; ils ne lui réclament rien, mais de lui ils attendent tout. Despotique par essence, le gouvernement des pharaons ne pouvait être, en théorie tout au moins, que le régime souhaité par Voltaire, le régime du bon tyran :

« Je règne sur le monde, dit Ramsès III, comme prince (hag) des deux régions. Vous » êtes des esclaves sous mes pieds 3; je ne bouge pas et votre place est bonne. Mon désir » est conforme à votre bonheur. Acquittez-vous de mes volontés et de mes ordres #4. » — » Votre salut est sous ses esprits. 5 »

La beauté et la sagesse s'unissent dans l’administration royale pour lui procurer ce caractère bienfaisant.

Le roi est essentiellement le dieu bon, noulir nofrif, comme Osiris est l'être bon par excellence, Oun nofri, "Ovvogpre. I] est

4 Ka änkh Mait (Ramsès IV, Abydos, an IV, 1. 1, etc.). — Cf. infra, p. 229, n. 6 et ch. vir, p. 272, n. 12:

2 Sur l’offrande de Mäït aux dieux par le roi, voir supra, 96-97. — Sur le roi m@ khrôou, supra, p. 81-82 et 119. Ce pouvoir souverain de la voix s'exerce non seulement contre ses ennemis, mais sur tous ses sujets en leur faveur, tant en son royaume que dans le monde qui tout éntier doit lui être soumis. Ainsi Aménôthès II « saisit la terre » en qualité de normal de voix » di {o m m& khrôou (Karnak, 3° pylone : L. D., III, 61).

3 A Médinet-Habou, une sorte de litanies montre «toutes terres, tous pays des » Montiou et Satiou réunis en un lieu sous les pieds de ce dieu bon, prince de joie, » maître de la double terre, Ramsès III » : chaque reprise introduit, au lieu des mots en italique, le nom d’autres peuples et l'Égypte même, £o ris, to mehit (Dümione, A. Z., H, 47 »). — Cf. Les ennemis « pareils à des oies couchées dans une barque sous les » pieds de S. M.» (Médinet-Habou, mékhir an XI : Cnapas, Æ4., p. 239) et les ennemis sous les sandales du roi (supra, p. 131, 156, 159.

# Pap. Harris, p. 79, L. 3-4.

5 Jbid., p. 80, 1. 1.

$ Souvent cette dénomination remplace les autres titres du protocole, soit pour annoncer les cartouches, soit pour introduire une longue série de louanges formant un deuxième protocole, soit enfin pour désigner le roi en abrégé par une seule expression.

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