‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 113 sur 433 · BIENFAISANCE ROYALE AS · texte numérisé non relu

BIENFAISANCE ROYALE AS

» le bienfaisant » monkh'. le « double bienfaisant des dieux? ». le « bienfaiteur du sud et du nord* ». Son autorité est appelée € bienfaisante » “. « Remplir cette fonction bienfaisante en la terre » entière », signifie par euphémisme « régner sur l'Égypte » °.

€ Sa bonté, dit un scribe, est comparable à l’eau des deux » mondes » ; c’est-à-dire à la fois qu'elle ne s’épuise jamais, et qu'elle vivifie le monde, qu'elle y répand la fertilité, l’abondance et le bonheur‘.

La bienfaisance des rois d'Égypte et la reconnaissance de leurs sujets ont frappé les étrangers et en particulier Diodore. Avec son esprit évhémériste et rhétoriqueur, il croit découvrir là l’origine et l’explication du culte des rois et ne manque pas d'insérer doctoralement une leçon morale :

« C'est par ces motifs que les Égyptiens respectent et adorent leur rois à l’égal des » dieux. L'autorité souveraine, dont, selon eux, la providence a revêtu les rois, avec la » volonté et le pouvoir de répandre des bienfaits, leur paraît être un caractère de la divi- » nité 7.»

Le culte des rois est plus réel, moins métaphorique, que ne le pense Diodore. Sur l’origine historique de la croyance à la divinité des rois, peut-être confond-il la cause et l'effet. L'idée de la divinité des rois n a-t-elle pas au contraire engendré l'opinion répandue sur leur rôle protecteur et salutaire ? En tout cas, Diodore constate ici avec exactitude des faits authentiques.

L'intérêt personnel a-t-il contribué à rendre bienfaisante l’administration pharaonique ? C’est très vraisemblable. L'intérêt bien entendu du souverain ne s’identifiait-il pas avec celui des sujets ? Tous les hommes semblaient vivre pour lui, mais aucun ne regim-

4 Ramsès III, an V, 1. 29 (Caapas, Z1., p. 229).

2 Ramsès III, an VIII, 1. 2 (Caapas, £#., p. 246).

3 Nectanébo II, nom de nebti, stèle de Naucratis (Erman, Æ. Z., 1900, 127).

4 Aat-f-monkkh : Décret de Memphis, art. 8. — « Tu établis la terre en équilibre, tu la » gouvernes par ta vertu bienfaisante » m sep-k monkh (Abydos, X, 50, 1. 25-26). Cette bienfaisance s'étend, ainsi que l’autorité du roi, même au-delà de lhumanité vivante : « Ancêtres (patu) et esprits (rekhitu) sont adorés, tous les hommes sans exception sont » protégés par tes lois (md-u-k). » (Abydos, I, 51, 1. 30-31; cf, Masrero, G. £p., p. 94).

5 Maspero, Contes, p. 74, n. 2 et p. 77.

6 Pap. Anastasi I, 28, 6-7 (CHapas, Voyage).

7 DroporE, I, 90.

bait, parce que tous croyaient fermement vivre par lui. La tyrannie se dissolvait dans la nécessité d’une source unique et féconde de la vie universelle : c’était la forme donnée alors à la solidarité. On ne concevait pas non plus que le Nil ne descendit point directement du ciel en une seule masse ; les ténèbres de l’avenir recélaient encore la découverte et la multiplicité de ses sources.

Les souverains voulaient-ils seulement réjouir les dieux et mériter la reconnaissance des peuples ? Ou bien leurs calculs ne visaient-ils pas des résultats plus matériels ? Seigneurs et maîtres de l'Égypte, du sol etde se habitants, n’avaient-ils pas tout avantage à voir leur domaine prospère, riche, florissant ? Les vertus morales, le culte même de la justice ont toujours eu des répercussions en dehors de l’ordre moral. La bienfaisance se nourrit d’arrière-pensées. Quant Ramsès [V se vante auprès d’Osiris et lui dit : « J'ai protégé les familles agricoles de ton district », 1l songe moins au bonheur de ces gens qu’à une manière d'augmenter le revenu du dieu’. En protégeant les petits, le roi ne s’oublie pas non plus lui-même. Dans le Conte du paysan, le roi Nibkaniri (2° de la 11° dynastie) commence par prendre pour vassal le paysan qui implore justice : « Que sa femme et ses enfants soient » au roi, car C’est un de ces paysans sans domicile qui nous est » venu ». Puis il fait veiller sur lui, lui fait donner un pain et deux pots de bière, et trois pains à sa femme en l’Oasis du sel°. Le roi Haremhabi défend à tout collecteur d'impôt de confisquer une barque *. Mais il faut remarquer que, dans l'espèce qui donne lieu à cette décision, le batelier « voulait suivre Sa Majesté * » et gagner de quoi payer l'impôt en faisant un commerce : ce qui est puni, c’est donc moins l'injustice que le tort fait au roi, au trésor et aux approvisionnements. C’est une mesure d'intérêt bien entendu, plus économique que morale.

Directement ou médiatement, le sol et ses habitants étaient la propriété du roi d'Égypte. Or un propriétaire ne se nuirait-il pas

1 Inscr. de Ramsès IV, Abydos, L. 14 (Prec, Æ. Z., 1884, 37-41). 2 Maspero, Contes, p. #7 sq.

3 Stèle de Karnak (2. Tr., VI, p. 41-54, 1. 46-47). 4 Jbid., 1. 14 et 18.

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