SAGESSE DU ROI
à lui-même en écorchant le troupeau aulieu de le tondre, en épuisant la terre au lieu de l’exploiter sans cesser de la féconder ? Le despotisme libéral des pharaons n’était done à ce point de vue que l'exploitation intelligente d’un très grand propriétaire. Bien entendu, ils affichaient officiellement d’autres principes.
Plein de bonté, le roi, dans son gouvernement ne manifeste pas moins de sagesse, d'intelligence et de sagacité. L'Égypte vit sous un régime arbitraire, mais non capricieux. Le roi ne fait que ce qu’il veut, mais il ne veut que le bien, parce qu'il le voit mieux que personne.
Sans doute de bons conseillers l'entourent! et lui insinuent parfois de profitables avis ; mais à lui revient tout l'honneur et le mérite de les avoir suivis. Souvent, il est vrai, de simples mortels se louent dans leurs épitaphes d’avoir participé aux conseils du roi; mais c’est bien moins pour avoir inspiré les résolutions du maître, que pour les avoir bien comprises et bien exécutées. Le roi a des sages autourde lui : il les écoute et les honore *; maisil est « Le maître de la sagesse ».
Tel le vieux Sophocle, accusé de sénilité, prouvait à ses juges la vigueur persistante de son esprit, en lisant son chef-d'œuvre d'OEdipe à Colone. Tel le vieux roi Amonenhäït. Appesanti par l’âge, et déchargé sur son fils Sénouserit du fardeau gouvernemental, il ne s’occupe plus du détail des affaires, 1l passe doucement ses derniers ans dans la retraite ouatée de son palais; mais, s’il faut en croire la tradition, il y médite encore sur les choses de la terre, le train du monde, les labeurs de la royauté : et il dicte pour son fils et ses successeurs, des sortes de mémoires émaillés de sages préceptes. Son fils, Sénouserit [° aussi est, selon Sinouhit, un modèle de cette sagesse :
« C’est, dit-il, un maître de sagesse, prudent dans ses desseins, bienfaisant par ses » habiletés, au bon plaisir de qui on va et on vient ; car, par ses habiletés, il dompte les » régions étrangères ; et même du temps que son père était encore dans l’intérieur de son palais, c'était lui qui rendait compte de ce que son père avait destiné de faire accom-
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plir 3 ».
4 Voir infra, chap. XI, $ 1.
2 Voir le Conte de Khoufou.
3 Contes, p. 102.
IL avait de qui tenir et avait bien profité des leçons du sage Amonembhâit, instruit par l'expérience non moins qu'éclairé par les lumières de la raison.
Le roi est un sage, « l’image de Rà en sagesse » !. Il s’en flatte jusque dans son protocole, et ses sujets le répètent dans leurs discours ou leurs inscriptions. Il a l’âme grande ; son cœur généreux conçoit de grands desseins ; son esprit judicieux et prudent distingue et combine les moyensles meilleurs pour les mener à bonne fin?. En effet, il est « celui qui connaît le conseil »*, « dieu gra- » cieux pour disposer les plans »", « le roi excellent par ses pro- » jets à Karnak » °.
L'esprit du roi a été formé par les meilleurs maîtres et les meilleures leçons. Il a eu des gouverneurs choisis. Il à fréquenté les universités célèbres et les temples où se conservent les livres et les enseignements d'autrefois. [l a été, comme Ramsès IV, « instruit en Abydos près d'Osiris, parmi tous les grands de » cette ville » et a eu pour précepteur le dieu Hou°. Il est « fami- » lier avec Thot par ses écrits »7. Son père lui a transmis toutes les traditions et les secrets de gouvernement. Encore prince et ne dûüt-il pas régner, il a tout vu, tout étudié; il est savant comme Dadoufhor, Nénoferkaphtah ou Satni. Il s’est formé à l'exercice du pouvoir en le partageant comme prince de Kouch. Enfin, tout dieu, incarné en lui, infuse en son intelligence des lumières surnaturelles.
Sa science est profonde et universelle : elle s’étend à tout sujet, de omni re scibili : il « totalise le savoir comme Rä, la » [science] comme Ptäh, la sagesse comme Thot »*. Les dieux lui communiquent leur connaissance complète des lois de la nature.
1 Conte de Sinouhit (Op. cit., p. 119).
2 « Mon père (Amon) a fait que mon cœur fut grand dans toutes mes actions. Il con- » naît mon intelligence. Je dis de grandes choses. » Inscr. de l'an IX d'Hâtchopsou, Déirel-Bahari, 1. 2, 6: À. Tr., XVIII, 103.
3 Ramsès III, an V, 1. 29 (CHapas, p. 230).
4 Ramsès IV, an VI (L. D., IT, 219, e ; Prerrer, À. Arch., 1869, p. 276).
5 Ramsès IV, sur l’obtlisque de Thotmès Ier (L. D., III, 6).
6 Stèle d’Abydos, an IV, L. 8-9 (PrerRer, 40., p. 280).
7 Ramsès IV, stèle d'Abydos, L. 18 (Preuz, 4. Z., 1884, 39; 1885, 46).
$ Stèle de Toutänkhamon, Karnak, 1. 29 (Lecrain, À. Tr., 1907, 166).