JOIES DE LA PAIX
Nikhao intriguaient pour élever une barrière de petits royaumes qui amortiraient le choc des conquérants et épuiseraient leur ardeur : la politique et la diplomatie remplaçaient la maçonnerie.
D'une manière ou d’une autre le roi, capable de mener rigoureusement la guerre, assure à ses sujets les bénéfices de la paix, gage de bonheur et de bien-être :
© J'ai fait, dit Amonemhâit, que l’endeuillé ne füt plus en deuil, et sa plainte n’a plus » été entendue; — les batailles perpétuelles, on n’en a plus vu, — tandis qu'avant moi
» on S’était battu comme un taureau oublieux du passé, — et que le bien-être de per- » sonne, ignorant ou savant, n’était stable 1. »
Il fait vivre même ses ennemis de ces bénéfices de la paix et les force à vivre heureux :
« J'ai fait se reposer de mon temps infanterie et cavalerie. Les Chardanas etles Kahaks sont dans leurs villes, couchant la hauteur de leur dos: ils ne se préparent plus (à combattre); Kouch n’attaque plus. Les misérables Kharou, leurs arcs et leurs armes reposent dans leurs magasins; ils se gorgent et s’enivrent dans la jubilation; leurs femmes sont avec eux, leurs enfants près d'eux. Ils ne regardent pas en arrière; leur cœur à cédé. Je suis pour eux comme un vainqueur disposant de leurs membres ?. »
CICR
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La reconnaissance des sujets, pour la sécurité que le roi leur assure par sa force et ses victoires, est d'autant plus chaude que les angoisses avaient été plus grandes, la paix plus troublée, les maux de la guerre sentis de plus près et plus longtemps. Après l'envahissement des Libyens et des peuples confédérés, lorsqu’enfin Ménéptah triomphe, l'Égypte respire et sa joie de vivre dans la liberté reconquise s’épanche en fêtes et en acclamations. Les poèles officiels trouvent des accents nouveaux, des métaphores inédites et des traits d’un réalisme caractéristique pour chanter le roi victorieux et libérateur :
« Il dissipe les orages amoncelés sur l'Égypte; il fait voir à la terre d'Égypte les rayons
» du disque; — il renverse une montagne d’airain de la nuque du peuple; il donne les » souffles aux gens qui étaient en captivité.
1 Instructions d'Amonemhait, $ N : Pap. Sallier I, pl. 4, 1. 7-9 (Æ. O., I. 465).
2 Pap. Harris, p. 78, 1. 9-12 (Cnapas, XZXe d., p. 71). Ne faisons pas état de cet autre passage de l'Âloge de Ménéptah (Pap. Anastasi II, p. 4, 1. 12-13) où semble respirer l'amour de la paix due au roi : « Qu'il est agréable de se reposer sur le dos, à cause de » Mériamon. Les braves guerriers viennent s'incliner devant lui en victoire et force. » (Cuapas, XZXe d., p. 93). Masrero (4. AÀ., p. 257) traduit tout différemment : « Très amis .» de qui a courbé son échine devant Miamon, v. s. f., ses soldats vaillants épargnent » celui qui s’est humilié devant son courage et sa force. »
k4 PHARAON BIENFAITEUR ET VIVIFICATEUR
» Il libère le cœur de Memphis (de la terreur) de ses ennemis; il donne à Ptah la joie » du triomphe sur ses rebelles ; — il ouvre les portes de la citadelle qui étaient closes ; » — il fait recevoir à ses temples leurs offrandes.
DeTOL.e Ménéptah Ier, — qui à lui seul affermit les cœurs des cent mille et des » millions, qui par son regard fait pénétrer les souffles dans les narines.
Dre Oui, l'Égypte, depuis (le règne) des dieux, est la fille seule et unique de Räâ; » c'est son fils celui qui est sur le trône de Shou; — il ne montre pas un cœur indulgent » pour qui en attaque les habitants...
» (Amon dit :...) Qu'il soit le défenseur de Memphis, qu'il soit le champion d'Hélio- » polis; — qu'il ouvre des cités qui étaient fermées; qu'il délivre les foules prisonnières » en tout nome ; — ; — qu'il permette aux grands de reprendre leurs biens ; qu'il » permette aux petits de retourner dans leurs villes.
» Il fut le champion de qui était opprimé par tout pays étranger : — que lui soit » léguée l'Égypte comme héritage; car il la gouverne bien pour l'éternité.
» Que ses victoires en protègent les habitants, les femmes, les enfants toujours; que » sa vaillance devienne le souffle de vie pour ses vaillants guerriers; — qu'affluent les » biens à ceux qui sont sans malice; que ses angoisses s’abattent sur ceux qui tra- » vaillent au mal.
es Une grande allégresse règne en Égypte; des cris de joie s'élèvent du Pays » égyptien...
» Il est agréable de s'arrêter à seule fin de bavarder, à qui va se promenant sur la » route, sans qu'il y ait plus aucune crainte dans le cœur des hommes. — On quitte les » forteresses; les sources sont rouvertes ; les messagers circulent.
» Les bastions des forts se reposent au soleil, jusqu’à ce que s’éveillent leurs gardiens, » — les gendarmes qui sont couchés et dorment, les Naou et les Tektina qui vont dans » les champs comme ils veulent.
» Les bestiaux sont aux champs, lächés dans les pâturages, sans bergers pour passer » les marécages du Nil; — ne se crie plus d'appel dans la nuit « Halte ! alerte, alerte » » de la bouche des gens.
» Qui marche va en chantant; il n’y a point de plaintes d'hommes qui gémissent; — » les villages sont prêts à revenir à leur premier état; celui qui laboure ses moissons, » c’est lui qui les mangera 1. »
À l’intérieur, la tutelle du roi s’exerçait par une bonne police :
Le roi sait tout ce qui se passe dans le pays. Comme dieu, il connaît tout et peut tout ; mais comme homme, il à besoin de renseignements et d’auxiliaires. Une administration bien stylée, une police vigilante, aident sa clairvoyance naturelle et sa pénétration surnaturelle. Chaque jour afflue au palais une masse de rapports qu'envoient de toutes les parties de l'Égypte, sur tous sujets, tous les fonctionnaires attentifs à leurs devoirs. La voie hiérar-
chique les apporte. ll s’y joint les correspondances directes de
1 Chant triomphal de Ménéptah, Stèle d'Israël (SPIEGELBERG, Æ. Z., 1896, 1-25; Pere, Six temples, pl. 13-14, p. 26-28).