‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 132 sur 433 · IRRIGATIONS : NIL ET CANAUX · texte numérisé non relu

IRRIGATIONS : NIL ET CANAUX

» ses prises d’eau »', ou encore qu'on l’identifiait au dieu Nil et à la déesse Fécondité, en le nommant « Häpi de l'Égypte, » Rannouït de tout homme » ?.

Tout gouvernement égyptien a toujours apporté les soins les plus attentifs à cette question du Nil et de l'irrigation du pays: aujourd'hui même elle préoccupe encore les héritiers des pharaons ‘. On faisait remonter à Ménès lui-même, au dire d'Hérodote, toute une série de grands travaux, de dérivations du fleuve et de constructions de digues pour assainir les plaines marécageuses du Delta et enclore un terrain solide où il fonda Memphis. Que Ménès ait existé ou non, on ne se trompait point : les plus anciens rois se sont occupés de l'irrigation. Un texte de la pyramide de Pépi [* dit que, dans les Champs Aalou, Pépi guide « l’arrosement de la terre »5 qui rend florissant le domaine d’Osiris. Depuis longtemps on avait l'habitude de voir le roi s’y adonner dans le domaine des vivants. Tous les grands souverains s'occupaient d'élever des digues, de construire des canaux, de réfréner les intérèts privés par l’exécution de bons règlements, d'étendre avec la surface inondée la culture et la prospérité. Amonembhäit [°* prend grand soin de la répartition des eaux’. Sénouserit [* renouvela l'exemple de Ménès : il construisit des digues *, et lui-même présidait à la « répartition des eaux selon ce » qui était dans les livres » *, Les canalisations qu'il entreprit laissèrent leur trace dans la légende de Sésostris""; tous ses succes-

1 Sénouserit III, dans l'Ode de Kahoun (Pap. Pétrie I : Masrero, B. £q., VIII, 407).

2 Ptolémée I à Philæ (L. D., IV, 7 8, 1. 10; Serue, Urkunden, U, 109; DümICHEN, H. Jn., I, 51; CHapas, £tudes, p. 146).

3 Voir la circulaire d'Évergète II : Pap. 63 du Louvre. — Cf. Lumsroso, Economie politique au temps des Lagides.

4 Essai de barrage de Méhémet-Aly près du Caire en 1847, projets de barrage à Silsiléh, barrages d’Assouan et d'Esnéh.

5 Objet des soins des Perses, au temps d'Hérodote, cette digue existe toujours sous le nom de digue de Kochéich (Héronore IL, 4 et 99; Masrero, 7. Or., p. 225).

6 «Ce Pépi commande de son bâton d'honneur, ce Pépi guide les révolutions du » soleil, l'arrosement de la terre (kobh fa), la rosée de Gab ({Sib)..……. il pénètre le pait et » emplit le pait de cette eau qui fait fleurir le pays d’Ialou (Aalou) et qui arrose le pays » des Offrandes. » (Pépi Ier, 415-417 : R. Tr. NII, 164; cf. cbid., 76, 80, 81 : 2. Tr, V, 469; cf. infra, p.263). .

1 Inscr. de Khnoumhotpou à Béni-Hassan.

8 Cf. stèle de Merri : Louvre C 3 (Prerrer, Æec., I, 104).

9 Béni-Hassan (2. Tr., I, 162).

10 Héropote, H, 108; Diopore, 57.

seurs l’imitèrent. Parmi eux, Amonemhäïit III se distingua particuhièrement.

Est-ce à lui qu'il faut faire honneur de l'invention du nilomètre? Entre toutes les curiosités de l'Égypte, c'était une de celles que visitaient, admiraient et citaient le plus les anciens. Strabon atteste l'existence de deux nilomètres à Memphis et à Éléphantine ; Diodore ‘ affirme que les observations faites au niloscope de Memphis étaient consignées depuis fort longtemps ; Hérodote semble les faire remonter au roi Mœris?. Le premier n'existe plus”, le second ne porte point de cotes antérieures à notre ère. Ce qui demeure confié au granit des rochers de Semnéh, ce sont des tableaux où se lisent les hauteurs du Nil relevées et enregistrées par l’ordre d’Amonemhäâit et de Sobekhotpou‘. Ces indications, consultées et comparées d’une année à l’autre, permettaient de renforcer les digues en toute hâte en cas d'excès de crue, et en cas de déficit d'approfondir les canaux et d'économiser l’eau.

Mais c’étaient là, sans doute, des usages déjà anciens; car Amonemhäït conçut un projet bien autrement considérable, et l’exécuta. Au moyen de deux digues longues et larges, il constitua, à l’ouest du Nil, dans la vallée du Fayoum, un immense réservoir communiquant avec le Nil par des canaux et des écluses. Grâce à ce lac artificiel, on pouvait régulariser l’inondation pour la Moyenne et la Basse-Égypte et la prolonger pendant la saison sèche, de manière à faire succéder plusieurs moissons dans la même année et doubler ainsi les ressources du pays. Amonemhäâit fut donc un bienfaiteur de son peuple. Ge n’est pas sans raison que Napoléon [°', qui s’y connaissait en administration, admirait et louait le système pharaonique d'irrigation. Cependant le nom du chef-d'œuvre s’immortalisa aux dépens de celui du fondateur, s'il ne faut pas imputer à Hérodote seul l'invention du chimé-

1 Diopore, I, 36.

2 HéroDorTE, IT, 43.

* Celui de Raoudah fut bâti l'an 96 de l'Hégyre pour remplacer celui d'Hélouân (Description de l'Egypte, XX, p. 211). ;

4 L. D., I, 151 8 et »; E. pe Roucé, Znscr. à Semnéh.

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