‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 166 sur 433 · L'HONNEUR DIVIN · texte numérisé non relu

L'HONNEUR DIVIN

qu’on juge l'expression, les Égyptiens en employaient une autre qui, surtout étant données leurs idées, parait la dépasser encore. Après avoir fait valoir leurs services, quelques-uns signalent comme récompense obtenue du roi, l « honneur divin » (noutri douaout), V « adoration » (douaout)'.

Les bénéficiaires de cet honneur en témoignent une joie débordante. Tel Amonemhabi, qui vient de présenter un trophée au roi :

« Je reçus un honneur divin pour cela, dit-il. Cela fit que la joie remplit mon sein et » que l’allégresse transfigura mes membres 2. »

Mais en quoi consistait la cérémonie ? Ni le susdit Amonemhabi, ni Amoni* qui reçut pareil honneur, ne le décrivent. D’autres se montrent un peu plus explicites. Amonisonbi avait restauré le temple d’Abydos ; le roi vit son ouvrage et fut satisfait :

« I1 me rendit un honneur divin plus grand que toute autre chose en disant : « Excel- » lentes les choses qu’il a faites pour son dieu ! »

Suit la mention de récompenses matérielles’. De même, au souvenir de cet honneur. Rekhmarä relie la cause qui le mérita, ses travaux, et « l'or de la faveur » qui en fut la conséquence”. Les subordonnés, les concitoyens et la famille de Kaï s'associent à l’honneur qui lui est rendu :

« Leurs paroles concernaient l’adoration et les récompenses qu'accorde le roi. Mes » enfants portaient les ornements derrière moi. Les gens de mon nom poussaient des » cris d’adoration... Les femmes applaudissaient de joie 6. »

Comme conclusion, Kaï fût promu en dignité. Est-ce tout? Aux acclamations de ia foule, aux récompenses royales quelque pratique cultuelle se joignait-elle, qui valût son nom à cet honneur ?

1 Rô-sen m douaoutou m hosoutou-i nti kher souton : Kaï, IL. 8, xure d., (CHaras, Mél., IV, pl. 5, p. 413) — nouter douaout n-fn-i : Amonisonbi, 1. 43, xtre d. (De Ionrack, ap. CuaBas, Mél, IV, pl. 44, p. 205), — douaoutou n nouter her-s : Amonemhabi, 1. 28, xvure d. (Cuapas, Mél., IV, pl 17, p. 287; W.M.C., V, 239) — douaoutou n-f nouter her-s : Rekhmarà (HM.M.C., NV, pl. 44, p. 165).

2 Stèle d'Amonemhabi 1. 28, xvime d., (M.M.C., N, 339; Cnapas, Mél., IV, 287).

3 C’est le fils du roi qui la lui décerne. Stèle d’Amoni, xue d. {L. D., IF, 122).

4 Stèle d’Amonisonbi, xrre d. (Louvre C 12, 1. 43-15 : De Horracx, 0p. c., p. 207).

5 « Le roi l'a honoré à cause de cela ». Inser. de Rekhmarû (/. c., supra, n. 1).

6 Tomb. de Kaï (L. D., II, 134, 1. 8-10; Cuasas, Mél. IV, 113).

Nous pouvons croire que le roi, en accueillant l'individu qu'il voulait honorer lui adressait un solennel salut emprunté aux rites du culte divin. Peut-être, à la suite du roi, la cour et le peuple adoraient-ils le récipiendaire en se courbant devant lui les mains levées, probablement à quatre reprises en se tournant vers les quatre angles du monde. Mais, si haut qu'il voulût élever le personnage au-dessus des autres sujets, tenons pour invraisemblable que, dieu lui-même, le roi s’abaissât au dessous de cet homme, ou seulement le traitât en égal. La valeur du geste, comme la force du mot'. s’élimait par un emploi métaphorique. Quoi qu'il en soit de la forme et du sens de « l'honneur divin », ce témoignage de l'estime du roi était, indépendamment des cadeaux qui l'accompagnaient, la plus haute récompense que rèvât un sujet.

La louange du roi était le gage de la popularité et de tous les honneurs. Personne ne contredisait à l'opinion du roi ; on répétait ses éloges comme on riait de ses plaisanteries’. Les courtisans, peuple singe du maitre bien avant le temps de La Fontaine, fètaient le favori du souverain, renouvelaient et amplifiaient ses compliments ; et cela mème faisait partie de la récompense voulue par le roi. Ainsi fit Sénouserit IT pour Khnoumhotpou :

« Je fus grandement célébré à la cour, plus que tout ami unique », dit ce grand seigneur féodal; « car le roi me distingua parmi ses nobles, et me voilà devant ceux qui étaient devant » moi. La fleur des familiers du Palais célébra mes louanges; tels les hommages qu’on me » rend, telles les louanges qui se produisent à la face du roi lui-même, et pareille chose » n'était jamais arrivée à des serviteurs de la part de leur maître. Je fus loué ainsi, » parce qu'il connaissait ma discrétion..., et que je fus un féal du roi, loué auprès de ses » courtisans, favori devant ses amis. » ?

Seul le roi pouvait récompenser matériellement le mérite, mais lopinion publique s'associait à ses louanges :

« Mon mérite », dit le vieil Amonhotpou fils d’Hapou et ministre d'Aménôthès III, « jus- » tifie les honneurs qu'on me rend au vu de tout le monde ; est-ce que je vois quelqu'un

‘ Quoiqu'on adressät aux dicux le douaou, cette marque de respect ne comportait pas forcément reconnaissance de la divinité de son objet, non pas même de la divinité relative dont jouissait les morts. Déjà Ptah-hotpou emploie le mot avec ce sens atténué, quand il dit : « Mieux vaut un compliment (ou une courbette, douaou). à ce qui déplait, » que la rudesse » (Prau-notrou, Préceptes, $ 20 : Pap. Prisse, x, 6-7).

2 Sinouhit (Contes, 125). ;

# Inscr. de Khnoumhotpou (Masrero, À. Tr. I, 164-165 ; Newnerny Beni-Hasan, 1, 24).

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