LE ROI COMPARÉ AU SOLEIL
souvent figuré par les sculpteurs sacrés !, -— remontent aux origines de la chancellerie pharaonique, car elles se retrouvent dans deux textes des pyramides ?.
Les peuples voient en lui l’image du soleil, ou le soleil luimême, voire même un second soleil { qui éclipse celui du ciel®.
1 A Karnak pour Thotmès Ier (L. D., III, 15) et pour Séti Ier (L. D., 124 d); à Abydos pour Ramsès II (L. D., IL, 169; Masrero, 7. O., I. p. 221, fig.); à Médinet-Habou pour Ramsès III (L. D., III, Daressy, p. 53,; à Edfou pour Ptolémée IV (L. D., IV, 17h; Morer, Royauté, p. 103 et pl. 2).
2« O0 ce Mihtimsaouf Mirinri, ils donnent que tu vives jusqu'à dépasser les années » d'Horkhouti, en ce qu'ils ont fait nom : Celui qui dépasse les dieux. » (Mirinri I, 1. 457-458 : R. Tr., XI, 2. — « O toi, les 2 dieux écrivains (Thot et Safkhou), compulse tes » registres, compte tes 2 branches de palmier, tes siècles sont (ceux de) Rä..…. mets » donc ce Pépi en sa place... , c’est Pépi en vie. » (Pépi [, 185-186 : À. Tr., V, 192).
3 Il est « le soleil de la royauté & », le « soleil des princes ? », le « soleil des 2 terres c » ou le « grand soleil de l'Egypte # », le « soleil de l'Egypte se levant pour ouvrir les » yeux des hommes e », le « soleil des Barbares / », le « disque des humains », le « soleil de l'Egypte, la lune de tous les pays, le Montou sur les régions # ».
a R&@ souteniou, titre donné par Hori à Ramsès X (Musée Caire, no 29.334. — RATS ERINE 28)?
b R& higou. Pap. Anastasi 2, pl. 1.
c Ra tooui.
d Rû à ni Qimit. Ramsès II : Louqsor (CHampozLioN, Mon. pl. 332). — Ramsès III : Médinet-Habou, 2e pyl. S., face E. (Daressy, p. 99).
e Ra ni Qimit khäd-f r oun miriti ni rekhiou. (Protocole de Ramsès sur l’obélisque de Thotmès I à Karnak : (L. D., III 6 o).
f R&@ Pettiou : « Je les donne à mon père Amon, en reconnaissance de ce qu’il m'a » fait reconnaître comme Soleil des Neuf-arcs ». — (Aménôthès III, Stèle KI. Petrie, 1. 16: 2. Tr., XX, 41). — Dans les tablettes de Tell-el-Amarna, les Asiatiques nomment précisément le même souverain, « le roi, mon soleil, le soleil du ciel. » (Tabl. de Pitia d’Ascalon : Æ. Z., 1889, 55 ; Maspero, £t. eg., II, 278, n. 2). — Harmhabi (Karnak : Brucscu, Rec. Il, pl. 57,3; Marrerre, M. D., pl. 38; Maspero, Og. navigations : Bibl. ég. VIII, 104; Tombeau de Houi à Qournet- Murraï : L. D., IIL, 117), et Séti I sont aussi qualifiés « Soleil des Neuf-arcs ». (Karnak, salle hyp., mur N. : CaampozrioN, Mon., 302; Bruasca, Rec., 47; À. Pr., XI, T5).
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h Séti I à Karnak, mur N., 4er reg. g., 2e t. (CæampozLron, Not. 91 ; Rosezzint, Mon., pl. 49,2; L. D., III, 127 a ; Brucscu, Rec., 48 c.; R. Tr., XI, 59).
4 À Abydos les grands convoqués en conseil nomment Ramsès IL « notre soleil » ou « soleil, vie de la terre autant que le soleil », et son père lui-même lui rappelle qu’il est «venu en qualité de soleil, vie des êtres intelligents ». (Inscr. dédicatoire d’Abydos, 1. 36, 39 et 116 : Maspero, Essai, p. 23, 25 et 67).
A Médinet-Habou, les nobles qui entourent Ramsès III, puis les chefs étrangers lui disent : « Tu es le soleil, tu brilles autant que lui quand tu te montres aux vivants. » (M.-H., der pyl. revers : Daressy, p. 77). « Tu es le soleil, le bon prince, tu est le portrait » de ton père, le maître des dieux ; ton aspect pénètre d'amour, comme celui du soleil, » Ô Lumière des Barbares. » (Médinet-Habou, Pavillon ; Daressy, p. 52).
5 Introduction de l’inscr. de l'an V : (Médinet-Habou, 2e pylone, Daressy, p. 110) :
« Enfant divin dès sa naissance comme Harmakhis,
» On voit son apparition comme celle de Toum.….
» Les étrangers viennent de leur pays pour l’adorer,
» Pour voir le grand soleil d'Egypte qui est sur eux:
» Ils le voient comme le disque, un second soleil,
» Apparaissant, brillant sur terre, le Shou de l'Egypte.
» À celui qui est leur ciel, ils disent : « Que se montre le soleil en nos pays! » Nous nous perdons sur terre, vivant dans les ténèbres. »
La langue commune tire de là toute une série de tropes el exprime les actions du roi par des termes empruntés à la description de la marche du soleil. L’avènement ne se rend pas par d'autre terme que celui de lever ou d’apparition'. Le roi ne monte pas sur le trône, mais se lève, comme le soleil à l'aurore *. S'il se montre à son peuple, soit dans sa salle d'audience, soit à la porte de son palais, soit à travers la capitale pour quelque solennité religieuse ou civile, on songe au soleil en ses divers aspects*®. S'il part en campagne, c’est le même acte du soleil qui s’élance dans l’espace‘. Sa vie suit la course du soleil; son règne est un resplendissement ; son gouvernement une illumination ; son palais ressemble aux retraites du ciel ; tour à tour, son influence réchauffe et vivifie, ou brûle et tue *. Enfin le roi ne meurt pas comme les vulgaires humains, mais on annonce son décès en disant qu'il « remonte au ciel »°. Les écrivains n’ont guère besoin
1 À la naissance de chacun des trois enfants de Rouditdidit, qui fondèrent la Ve dynastie, les déesses qui assistent l’accouchée, prédisent : « C’est un roi qui apparaîtra en ce » Pays Entier.» (Contes, p. 79, 80, 81.)
2 « Il apparaît à son lever... tel que Phrà qui brille à la tête des humains » 4.
» À son lever, on se réjouit en lui, comme {au lever de) l’astre solaire. » d » Il est beau lorsqu'il paraît sur le trône de Toum, qu’on le voit comme Râ au matin» c, a Médinet-Habou : Grande iner. de Ramsès III, an V, 1. 50 (Dümcsen, A. Z., pl. 46 ; CaaBas, £t., p. 233 ; Daressy. p. 113).
b Jbid, 2e pyl. N., face E : an IX, 1. 10 (Cuasas, £4., p. 248; Daressy, p. 94). c Zbid.. 1 pyl. N., face ouest (Daress, p. 81).
3 À Abydos, la déesse Safekh, l’accueillait en ces termes : « Tu sièges dans ta cha- » pelle ; tu pénètres dans ton palais, comme Toum dans la montagne solaire, tu t'assieds » sur son trône comme Horus sur son estrade. Tu apparais sur ton divan à la panégyrie » anniversaire de ton avènement, comme Rà au commencement de l’année. » (MARIETTE, Abydos, I, 51, 1. 41-47 ; Maspero, G. Ep., p. 96).
4 « Sa Majesté se leva comme le disque de Rà et saisit les parures de son père Mon- « tou... S. M. parvint à la ville de Shabtuna. » (Bull. de la bataille de Qodesh : Ibsamboul, 1. 5: À. Tr., VIII, 127-131.)
5 « Il naît comme le soleil au matin et se développe comme Râ qui atteint le zénith. » (Médinet-Habou, 1e pyl. nord : Daressy p. 73).
« Il éclaire les deux régions comme Hor-Khouti.. il vogue au haut du ciel comme la » Majesté de Räâ. » (Karnak, inscr. de Séti I ; mur N., 4er reg. dr., tabl. 4 ; (CHAMPOLLION, Mon., 200 ; Brucescn, Rec. 45; R. Tr, XI, T0).
Il « rayonne durablement et s’'épanche ainsi que l'horizon solaire. illuminant les deux » mondes de sa splendeur. » (Stèle de Hammamat, an [II de Ramsès IV (L. D., IL, 219; Prerrer, À. Arch., 1869, p. 277).
N « brille conme Rà à l'aurore des matins... Toum fécondant dans le rayonnement de » son coucher. » (Inscr. dédicat. d’Abydos, 1. 101-103 : Maspero, p. 60-63).
« On l’aperçoit semblable aux rayons du disque : son ardeur est redoutable comme » celle de Montou. » (Médinet-Habou, Inscr. de Mésori, an XI (Danressv, 35).
6 Les deux frères, in fine (Masrero, Contes, p. 31). Sinouhit(/bid., p. 96). Stèle d’'Amonemhabi, 1. 37 (Capas, Mél. IV, 289).