‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 170 sur 433 · PHIVILÈGES, COLLIERS DE PRIX · texte numérisé non relu

PHIVILÈGES, COLLIERS DE PRIX

marquent par là à quel point ils sont bien en cour, à quelles espérances ils peuvent se livrer: la femme d'Amonembabi pronostique l'affection et les faveurs royales à son mari « qui est » joint au roi » ‘; dans le banquet du retour à la vie, les harpistes voient là pour Rekhmarä la garantie d’un bonheur parfait : « Passe un temps rempli de bien sur la terre, associé à Vie-Santé- » Force ! »?,

Quelquefois la faveur de l'intimité royale prend des formes bizarres ou inattendues. On admettait les enfants de quelques grands seigneurs à partager l'éducation de l'héritier du trône, ses leçons, ses exercices et ses jeux. Le baron héréditaire Rä inscrit parmi ses titres celui d’avoir « appartenu au roi depuis son » enfance », c'est-à-dire d'avoir été élevé à la cour”. L'histoire ne dit pas si ce fût à Memphis ou à Thébes, comme à la cour de France pour le menin, un honneur de recevoir le fouet au lieu et, place du dauphin coupable. Mais Khiti, prince de Siout, se rappelle avec orgueil que Le roi « ui fit apprendre à nager avec les » enfants royaux » *,

L'honneur n'allait d’ailleurs pas sans profit, Des récompenses purement honorifiques se doublaient de présents, dont les compliments rehaussaient le prix, mais dont la valeur matérielle permettait d'apprécier davantage les compliments.

Les amakhou et les sahou ne portaient-ils point, comme insigne de leur titre, un collier, don du roi, que représentent les hiéroglvphes respectifs de leur nom ?° Quelle en était la valeur ? on ne sait. Le prophète Nibouaiou parle d'un « collier de » fleurs »*; mais « fleurir le cou d’un collier » n’est peut-être

4 Tomb, d'Amonermhabi (HM.C., V, 236).

2 C'est 2 dire au roi. Tombeau de Rekhrmaré (WMC, V, 236).

2 Smer oudt s4u nti souton tisou m chere : Statue de PR4, Athènes (Prens, Proc. S.B.A,, X, 521-592, Erman, Æ. Z., XXX, 80-81 ; Mougr, R, Tr., XVIII, 9), — Aronbésef « fut » enfant au lieu où est $. ML ». (Louvre C 65 : Devéess, LB, Eg. V, 65).

4 Tomb. de Khiti, Siout (Mamerre, M, D. pl 68 », p. 22; Geserrru, Siut, pl 15, L 22; Maspzeo, Rev. crit., 1889, 11, 14-4145; H. Or., 1, 290 et 456.

5 Monzr le croit pour les amakhou, tout en indiquant d’autres insignes, #NNESUX, écharpes, ounkhou, ou amulettes divers (2. Tr., XIX, 144141).

$ « Comme j'étais parvenu à la dignité de féal, je reçus les gratifications d'auprés du SITE j'ai été frotté d'huile, un collier de fleurs à mon cou, comme fait le roi à celui » qu'il glorifie. » (Mamerre, Abydos, W, 33 4; Moer, H. Tr., XIX, 445,

qu'une métaphore. Les pierres, les perles et les métaux devaient être plus employés. En tout cas, les colliers d'or tiennent une place de choix parmi les dons royaux.

Plusieurs monuments perpétuent pour les yeux le souvenir de tels dons royaux. Les heureux détenteurs de colliers d'or les faisaient représenter sur les murs de leurs tombeaux, parmi leur mobilier funéraire!. D’autres ont fait sculpter ou peindre la scène même de la remise des colliers d’or. Dans son tombeau, l'officier Ramès figure en pied les recevant de la main d’Aménothès IV Khounaton”. Semblablement, dans le tombeau de Mérirà, on voit le mème roi à une fenêtre-balcon de son palais, accompagné de la reine et des princesses, lançant à Mérirà, qui l'adore, des colliers que lui attachent des amis ou des dignitaires du palais *: |

« Qu'on lui mette l'or au cou, par derrière, aux pieds, puisqu'il a obéi aux instructions » du roi en toutes choses #. »

Des légendes accompagnent souvent la scène, remémorant les services rendus et les récompenses accordées. Parfois, comme dans la stèle du prêtre Nofirhotpou, le texte ne. fait pas d'allusion expresse aux colliers qui parent le personnage au milieu d'amis venus pour le complimenter. D’autres fois les discours le visent directement comme ci-dessus, au tombeau de Mérirà, ou dans la stèle que le préposé au gynécée, Horkhem, a consacré à ce souvenir. lei la scène est réduite au roi Séti L'6, dans une sorte de tribune, et Horkhem l'adorant, pendant que deux grands dela cour lui attachent les colliers. La stèle

1 Cf. Rekhmarô (M.M.C., N, pl. 22), etc.

2 Tomb. de Ramès, Cheikh-abd-el-Gournah (Bourianr, À. Tr., VI, 56).

# Tomb. de Mérirà (L. D., IN, 97 4; Maspero, Lect. hist., fig. 70-74).

4 Caasas, Mines d’or, p. 3 — Bibl. Egq., X, 185.

5 « Fut mandé le divin père d’Amon, Nofirhotpou, pour recevoir des récompenses de la » part du roi : millions de toutes choses, argent, or, étoffes, parfums, pains, bières » gâteaux. » (DümicHen, 7. Z., 40 E; BruGscu, Rec., 31; Prenrer, L’investiture du collier, Mél. Arch. 1, 196-197; Masrero, Comm. sur Hérod., B. Eg., NII, 404; Journ. d. Débats, 19 janvier 1894; Bénéorre, M.M.C., V, pl. 5, p. 497). « Nofirhotpou récompensé en or » se Re pr an Ho » (M. M. C., N, ibid.). Supra, p. 322.

e même Séti Ier décora le nomarque de Thèbes, premi Ë è ë ?

D NE q ; premier prophète d'Amon, Paour

L'OR DES RÉCOMPENSES Don

relate le texte du discours du roi'et de l’action de grâce du dignitaire. Ces exemples prouvent que le collier d’or n’était pas réservé aux seuls guerriers, et qu’on l’accordait aussi à des fonctionnaires civils ou religieux pour reconnaître leurs services exceptionnels.

À ses compagnons d'armes qui se distinguaient à la guerre, le roi distribuait une part du butin, mais il y joignait des armes de luxe, décorations d'honneur, etc.

La principale de ces distinctions était la remise de « l’or des » récompenses » qui prenait alors spécialement le nom de « lor » de la vaillance » *. Il consistait en divers objets de métal précieux, colliers, pendeloques à y attacher, anneaux, bracelets, vaisselle, auxquels on joignait même des objets de nature toute différente. Une certaine solennité accompagnait la distribution. On pouvait recevoir plusieurs fois la même distinction.

€ J'ai été graüfié du collier d’or sept fois, à la face du pays », dit Ahmès le marin, un des vainqueurs des derniers Hycsos. Il raconte en quelles circonstances; deux fois il note qu'il a été récompensé sur un rapport fait par le lieutenant du roi; ailleurs il a soin de faire savoir que Sa Majesté elle-même avait vu ses exploits *. Son parent Ahmès Pennékhabit, qui prit part aux campagnes d’Ahmès [” et de ses quatre successeurs, reçut « l'or de la vaillance », des colliers, des lions d’or, des haches d'armes et des poignards *. Amonemhabi suivit en Asie Thotmès IT ; 1l n'a garde d’omettre dans ses états de service la mention de ses récompenses ; à (Grargamich, le roi le « récompensa d’une récom- » pense grande, à savoir le lion d’or affiné » ; à Senzar, il lui « donna l'or des récompenses”, à savoir des anneaux d'or et

1 Cf. supra, p. 332. — De mème pour la décoration du grand prêtre Amonhotpou, fils de Nakhtou-Ramsès, une inscription de Karnak a conservé le procès-verbal et le discours officiel du roi Ramsès IX Khâmoïs (Dümicnen, 7. Z., II, 42).

2 Amonemhabi emploie les deux expressions de noub hostou (1 12 et 21) et de noub her kenn (1.15. Cnapas, Mél., IV, pl. xvi ; M. M. C., V, 239).

3 Trois fois il use de la variante « le collier d'or de la vaillance ». Hypogte d'Ahmès à EI-Kab (CaamrozzroN, Wof., 1, 665; L. D.. TIT, 42, » 8 c; Lepsius, Ausiwahl, XIV; SETHE, Urkunden, IV, 1-11; e Roucé, Mém. Acad. I. B. L., 1853; Cuapas, Les Pasteurs, p. 19-22).

# Louvre C 49, 1. 19-20 (L. D., III, 87).

5 Noub hostou.

338 FAVEURS DU PHABAON

» d'argent » ; à Kodech, « l'or pour la vaillance, en présence de » tous, à savoir : le lion d’or affiné, deux colliers”, deux casques » et quatre anneaux » ; à Takhis, « l'or des récompenses, à » savoir : deux colliers d’or, quatre bracelets, deux casques, le » lion et un esclave »?; après la chasse aux éléphants, « de lor » et trois assortiments de vêtements » ; enfin, après la prise de Kodech, « toute espèce de choses bonnes, le roi étant satisfait » *.

Des dons analogues se perpétuent jusqu’à l’époque ptolémaïque avec quelques innovalions de la mode : Zaho « à été récompensé » par des couronnes d’or... pour combler son désir, 1l est vêtu » de lin fin, a un collier à quatre rangs et un anneau d’or au » doigt »*.

Les anneaux, cadeaux du roi, à leur valeur intrinsèque et honorifique, que l’on constate par exemple dans le cas d’Amonemhabi ou de Zaho, ajoutaient encore souvent une valeur symbolique comme signe d'une condition ou d’une fonction. Le port de l'anneau était sans doute réservée à certaines catégories de nobles”, comme celui des chevaliers romains. Ainsi l’explique le prêtre Azaï, récompensé par Sénouserit 1: « Sa Majesté me » passa un grand anneau de hesmen pur. comme à tout digni- » taire royal, et ma canne était en ébène orné d’électrum »°. La remise ce l’anneau prenait nn sens encore plus précis quand il portait gravée sur son chaton l'indication d’une dignité avec le nom du titulaire et devait servir de cachet : c'était alors une véritable investiture comme au moyen âge. Le bénéficiaire pouvait se dire promu à la dignité, par exemple, de directeur du trésor, ou dire que le trésor royal était « pour son anneau »7. Ainsi une peinture du tombeau du prince d’Éthiopie Houi, se définit-elle

1 Chebi.

? Selon Virey ( M.M.C., V, 219, n. 3) « un lion domestiqué ». Je crois plutôt à en collectif : « un lion et de la valetaille ».

$ Stèle d’Amonemhabi, 1. 10, 12, 15, 21, 25, 31 (CHaBas, p. 284 sqq),

4 Stèle de Zaho (Takhos), ép. ptol., (2. Tr., XV, p. 153).

5 Aux féaux, selon Morer (2. 7r., XIX, 144), et à d’autres aussi sans doute.

6 Stèle 586 du Brit. Mus.: Coll. Belmore, pl. 21 (Devéria, B. Eg., IN, 313; Cru, Æ. Z., XXX, 30).

7 Pi haz-f her amut-i : Stèle de Nibouïaou à Louqsor (R. Tr. XIX, 98), Cf. Autre stèle du même (Marærre, Abydos, II, 33 A).

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