RENTES ET RÉQUISITIONS
À sa cour on fait bonne chère : et c’est plaisir à la fois pour la bouche et pour lamour-propre que de partager ses repas. Zod- Khonsou-aouf-ânkh garde un souvenir délicieux de «la douceur » de son beurre qu'il à goûté avec le dieu bon, des plats où il a » puisé en sa compagnie !». Sa desserte charme les courtisans à qui on la passe. Sinouhit se réjouit des gâteaux et des fruits qu’on lui apporte chaque jour du palais’. Anna détaille tout ce que « chaque jour, il recommença de trouver sur la table du roi à » savoir : pains d'offrandes pour le roi, bière de même qualité, » viande, fruits, miel, farine, vin, olives * ». Des femmes même Y participaient, comme la dame Tanïüi, bien vue du roi pour ses sages propos et recevant « des présents de sa table chaque jour ‘». Tout le personnel du palais, féaux et suivants de tout grade, vit ainsi « des richesses que donne le roi, des provisions qu'ont ceux qui sont parmi ses serviteurs », et que Dadoufhor promettait à Didi pour le séduire”.
Sans faire partie de l'entourage immédiat du roi, on jouit encore de ses libéralités. Il ne laisse jamais manquer du nécessaire ceux qui le servent bien. Des décrets leur ont assigné sur les terres du roi, Ou dans ses magasins, ou encore sur les réserves et les oblations quotidiennes des temples, leur ration de nourriture. qu’on leur délivre contre un reçu ou un bon du trésor. Ainsi Amden (Maten), au cours de sa carrière, se voit assigner sur une fondation royale une importante distribution quotidienne pour lui, sa famille et ses serviteurs, «une sportule de cent pains par jour, » du château de double de la mère royale Hapounimâit° ». Toutefois, certaines particularités dans cet usage passent pour des faveurs insignes. Par exemple, le baron Sabou signale parmi les faveurs dont « Sa Majesté l’a comblé », que « Elle lui accorda
1 Statue de Zodkhonsouaoufônkh à Lougqsor, xxx d. (2. Tr., XVI, 58-59).
2 Loc. cit. (p. 127).
3 Stèle d'Anna (2. Tr., XII, 1907, 1. 15-16 ; Moner, À. Tr., XIX, 131).
4 Stèle de Tanii (Marrerre, Cat., 171, n° 655; Monet, /. cit.). « On donna à sa bouche » ce qui lui semblait excellent, à savoir des rations qu'on lui servait à elle, la féale de » la reine. »
5 Pap. Westcar, vir, 20-22 (Contes, p. 71).
6 Inscr. d'Amden, me d. (L. D., IL, 6, 1. 5; Masreno, Et. Eg. II, 211, 224-226).
» des vivres dans tout lieu où il se trouverait en voyage. Jamais » n'avait été faite Le chose à un serviteur comme à moi par » aucun souverain !». En tout cas, pareille chose se renouvela. Hirkhouf rapporte se au long le décret de Pépi Il, relauf à son voyage quand il ramenait de Nubie le fameux nain danga, et il raconte les réquisitions dont il jouit sur tous greniers des entrepôts publics et des temples *. Ce devint le régime habituel en faveur de tout fonctionnaire en déplacement pour Île service du roi.
La distribution de vivres, et surtout de comestibles de
choix, en guise de récompenses, subsiste même lorsque
d’autres genres de dons furent entrés dans les mœurs *. Sous
la xx° dynastie, on rappelait à des surveillants de la nécropole que le pharaon leur avait « donné des provisions sa- » crées »'. Mème récompense, vers le même temps, à l’entrepreneur Panéba*.
Ce genre de libéralités fut une pratique tellement habituelle que l'imagination la transporta dans l’autre monde comme Île régime de vie régulier. Horus assigne à chacun de ses féaux les pains et les oies dont il a besoin °. M. Moret regarde les rations journalières de nourriture de la maison du rot, Fe à un sujet pendant sa vie comme une anticipation de celles qui seraient assurées après
1 Inscr. de Sabou-Abéba (ne RouGé, Six dynasties, p. 112-113).
2 « On apporta des ordres aux régents des domaines royaux et aux inspecteurs admi- » nistrateurs des prophètes, pour [qu’ils donnassent aux employés l’ordre de préparer » des boissons et pains] en vue du danga dans tout château de RL des » greniers et dans tout temple. » Inscr. d'Hirkhouf (Masrero, B. Eg. LE, 439 — R. Tr. XIV, 187; Serue, Urkunden, 1, 123; Cf. Morer, Royauté,, p. 124, n. 4).
3 Au début de la xviu® dyn., loufi raconte « “les faveurs qu'il à reçues de la royale » mère Ahhotpou » : elle l’a nommé 2e prophète d’'Edfou et intendant de ses biens, elle lui a constitué une rente « sur ses pains, 6 biscuits, 10 galettes, 2 cruches de bière et » une portion de viande de chaque bœuf » (Stèle d’Ioufi, Caire : Bourranr, A. Tra IX, 93; MasPero, M.M.C., I, 626).
4 Dans cette expression « provisions sacrées », mot à mot « provisions de l’adoration, szefaut terau » (Pap. Turin, pl. 47), CHapas ne voit qu'une métaphore et traduit : « Le » pharaon vous à comblé de louanges. » (Mél. IV, 36). Ce serait alors à rapprocher de l'honneur divin accordé aux vaillants.
5 Pap. Salt (Cnapas, Mél., III, 179).
6 « Que Pépi passe en barque vers le charap excellent du Dieu Grand, pour que » celui-ci (Osiris) lui fasse là ce qu'on Y fait à ceux qui sont des féaux, à qui : décrète » des pains, à qui il assigne des oies : Ô Pépi, c’est Horus qui décrète pour Pépi des » pains, qui assigne à Jo des oies. » Pyr. Pépi Ier, |. 403-404; Mirinri, 1 570-571 (Maspero, À. Tr. VII, 162; XI, M; B. Eg., IL, 434).