VIVRES, ÉTOFFES, PARURES, TERRES
sa mort’: j'estime, à l'inverse, que les rations posthumes sont seulement la continuation de faveurs antérieures.
À l'attribution de victuailles, joignons les dons d'objets divers de parure et d'entretien. Les vêtements d’abord. Les ateliers du roi confectionnent des tissus fins et élégants : on se pare avec un double plaisir de ceux que le roi vous donne. Khiti est fier que le roi l’ait « mis à la tête des courtisans revêtus des étoffes royales » ?. » Outre des « vêtements de la garde-robe royale », Sinouhit?, dans la maison que lui donne le roi, trouve de quoi réparer l’irréparable outrage des ans « qui avaient passé sur ses membres et » lui avaient fait perdre sa chevelure » : l’objet qu’il ne nomme pas, mais dont les musées possèdent plusieurs spécimens, « venait » des pays étrangers » ‘. Il trouve aussi des meubles, et de quoi se parfumer, « gommes et essences royales ». Il se montre très pressé de jouir de tous ces biens: « Je me parai de fin lin ; je » m'inondai d'essences ; jé couchaï sur un lit; on me donna du » gâteau à manger et de l’huile pour m'en frotter. » Au pays des Sittiou, 1l ne manquait nullement du nécessaire ; il était chef et riche propriétaire ; mais on ne goûte qu’auprès du roi d'Egypte les jouissances du luxe et les raffinements de fa civilisation. Avec quelle ardeur ne doit-on pas le servir!
Avec le vêtement viennent les accessoires de toilette. Le prophète Nébouaïou a reçu « de lhuile pour s’oindre la tête et sur » son cou le collier de fleurs que le roi donne à ses favoris »?.
Les provisions, même royales, ont le tort de se consommer. Une dotation en terres, au contraire, prolonge indéfiniment ses effets et fournit des ressources permanentes. Le roi, propriétaire en droit de tout le sol, accorde des concessions à qui il veut‘. Cette sorte de faveur se reproduit à travers les siècles depuis les origines de la monarchie jusqu’à sa chute. La plus ancienne biogra-
4 Moner, Royauté, p. 207, et Féaux, R. Tr., XIX, p. 126 sqq.
2 Tomb. de Siout (Marierre, M. D, pl. 68 et p. 22).
3 Sinouhit (Contes, 2 éd., p. 127-128).
4 Le passage à reçu depuis une tout autre interprétation (Srmeezsenc, Sphinx, IV, 140-141; Maspero, Contes, 3° éd., 80).
5 Stéle d’Abydos (Bmcu, Æ. Z., 1876, 5; Srrecesenc, À. Tr. XIX, 99).
6 Cf. Fiets donnés, confirmés ou retirés : supra, chap. vir, p. 276-278.
phie du monde, celle d’Amden (Maten), raconte comment le ro! Snofrou le récompensa de ses bons services en lui donnant des terres, dont lui-mème détacha certaines parcelles pour sa famille * A la suite des guerres de l'indépendance, le roi Ahmès accorda à son fidèle capitaine de vaisseau Ahmès, fils d'Abina, ainsi qu'à ses compagnons, des terres dans El-Kab, leur ville natale *. Après le nouvel empire, une stèle d’Osorkon [* attribue à un chantre d'Hâthor un champ et une maison, comme récompense royale *. Jusqu'à l'époque ptolémaïque on retrouve semblables donations : sur le piédestal de sa statue, Zaho, fils d'Ouahabrà, atteste qu'il à été « gratifié de terrains ainsi que ses enfants » *.
La littérature d'imagination corrobore le témoignage des monuments par des exemples des mêmes faits, présentés en termes analogues. Dans le Conte des deux frères, rédigé sous la xix° dynastie, quand Anoupou amena au palais royal son petit frère métamorphosé en taureau Apis, Sa Majesté entra en liesse et lui fit fète ; par son ordre,
« On chargea d’or et d’argent le grand frère qui s'établit dans son bourg ; on lui donna » des gens nombreux, des biens nombreux et Pharaon v. s. f. l’aima boaucoup, beau- » coup, plus que tout homme en la Terre-Entière. ÿ » Mèmes dons d'immeubles dans le conte de Sinouhit antérieur de plusieurs siècles : Sénouserit commanda de faire un apanage à l’aventurier rentré en grâces ; provisoirement,
« On le mit dans une maison de fils royal, où il y avait des richesses, un kiosque pour » prendre le frais, etc », enfin «on lui donna toute la maison convenable à quelqu'un » qui est parmi les Amis ; il eût beaucoup de manœuvres pour la bâtir, toutes les char- » pentes en furent refaites à neuf. 6 »
Un certain train de maison s'impose aux grands fonetionnaires et courtisans ; mais les libéralités du roi en font les frais.
La tradition et la légende, recueillies par les auteurs grecs, ont
4 Tomb. d'Amden (Maten), ie d. (L. D., II1,6 et3; Serme, Urk., I, 1-5; Maspeno, Et. Eg., IT, p. 211 et 226, 168 et 230; REVILLOUT, 1 FRè 1905, 195).
2 Stèle d'Ahmès le marin, EI-Kab, 1. 3, 22, 24 (L. D., NII, 120; Serue, Urkunden, IV,
2 et6; CHapas, Les Pasteurs, p. 19-21).
3 Stèle d'Osorkon Ier (xx d.) à un chantre d'Hâthor, Louvre (2. Eg., V, 84 et pl. 25).
4 Statue de Zaho, 1. 1 (2. Tr., XV. 153).
5 Contes, p. 26-27.
6 Zbid. p. 127-198.