TERRES, MARIAGES, FONCTIONS
aussi attribué à Sésostris, ou à tous les souverains que cache ce nom, une distribution générale de terres à leurs compagnons d'armes. Cela n’a rien que de vraisemblable, pourvu que l’on reconnaisse une autre classe de propriétaires en dehors du roi, des temples et des guerriers. Administratifs ou religieux, nullement militaires étaient les services d'Amden, d’Anoupou et autres, récompensés en biens fonciers.
Un autre procédé encore pour enrichir un serviteur dévoué, c'est de le marier avec une riche héritière. Ainsi en arrive-t-il dans la maison princière qui a laissé son histoire dans les hypogées de Béni-Hassan'. Le cœur enchanté des bons services du prince de Monaït-Khoufou gouverneur du nome de la Chèvre (Mihit), et de son fils Nakht, décédé sans postérité, le roi Sénouserit [°’, conféra par décret à Boqit, sœur de ce dernier, « la dignité » de princesse héritière comme fille d’un vénérable prince (ig) », puis «il la maria au nomarque Nouhri », et promit le titre de chef (Ad) au premier enfant qui naîtrait de leur union. Il récompensait ainsi deux familles en unissant leurs héritiers et leurs biens. A la génération suivante un nouveau mariage entre Khnoumhotpou, issu de cette union, et la princesse Khiti, héritière du nome du Chacal, augmenta encore la richesse et la puissance de cette maison.
Le roi fait la fortune de ses favoris non moins par les postes où il les appelle et les fonctions qu'il leur confie que par les richesses matérielles qu'il leur donne. En Égypte tout le monde aspire à être fonctionnaire. Le roi dispose de charges et de postes de toutes sortes : il peut ainsi satisfaire quantité d’ambitions, petites et grandes, et récompenser de nombreux dévouements.
Qu'il s'agisse de titres honorifiques comme celui de connu du roi (rokh-soulon), de titres donnant entrée et offices à la cour comme ceux de féal (amakhou), domestique (sahou), ami (samir), gens du cercle (chonitiou), ou gens de l’angle (gonbitiou), de gouvernements de villes ou de provinces, comme ceux des Ad et des
1 L. D., Il, 421-133 ; Masrero, À. Tr. I, 160 sqq.; NewBerny, Benñi-Hasan.
sat (barons toparques ou comtes nomarques), ou de tout autre poste dans les administrations religieuses, militaires, civiles, agricoles, judiciaires, le roi tient par là quiconque veut compter pour quelque chose.
Sur leurs monuments, ses obligés lui en expriment leur reconnaissance et lui font hommage de leur situation. Tous les honneurs qu'ils reçoivent, toute l'autorité dont ils jouissent, toute leur grandeur viennent du roi. Ils le savent et le disent.
Antef, nomarque d’Abydos et peut-être de Thèbes, détient des pouvoirs et des honneurs presque royaux. « Quand il entre, il est » acclamé; quand il sort, il est loué ». « Il est arrivé au faite des » honneurs du gouvernement dans la demeure insigne ». Il dirige « toutes les affaires dans la double Égypte » : il est à la tête de l’administration des finances, des travaux publics, des greniers, de Ja justice, de la police, de l’armée: il reçoit les rapports de tous les officiers et de tous les gouverneurs du midi et du nord ; il nomme à tous les emplois: il conseille le roi et parle pour lui. C’est un vrai maire du palais : il s'appelle seulement lieutenant du roi; mais il en est plutôt le tuteur, «celui qui amène les souverains à leur » place ». Il semble disposer de toute la réalité du pouvoir. Cependant ce grand vassal ne traite pas le pharaon en roi fainéant. Au contraire, 1l lui témoigne beaucoup de déférence. Toute sa vie semble orientée par le loyalisme, expliquée par le respect et le dévouement. Voici comment il la résume : « Jai rempli tous » mes offices dans le palais du roi ; mon heure s'est passée dans » la demeure de l'élu de la protection divine, tout mon temps s’y » est écoulé. J’agissais en cela de mon plein gré d’après la di- » rection qu'il ne donnait ». Humblement, il proteste de son obéissance, de sa docilité, de son assiduité «aux pieds de Sa » Majesté ». Le but de son existence entière était de « satisfaire » le cœur du souverain par toutes ses actions » !.
Montou-hotpou fut un grand seigneur sous la xu° dynastie.
Stèle du Louvre C 26 (Prenrer, Rev., Il, 25). Cet Antef, considéré autrefois comme era SRE Na l'ancêtre de la xt dynastie, n’est plus regardé aujourd’hui que comme un contemporain de la xvirre.