‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 176 sur 433 · GRANDES DIGNITÉS · texte numérisé non relu

GRANDES DIGNITÉS

Chef de tous les travaux du roi, général en Asie et en Éthiopie, investi de hautes fonctions religieuses et administratives, chargé du trésor royal, donnant des ordres et fixant les impôts pour toute l'Égypte, grand juge et prenant même la qualification de législateur, ordinairement réservée au roi, il marchait le second dans l'empire et eùt éclipsé un autre souverain que Sénouserit L*, On lui rendait de grands honneurs : « Quand il arrivait, les » grands personnages s’inclinaient devant lui en dehors de la » porte du palais royal » !. L’estime de tous témoigna qu'il méritait sa grandeur ; mais il la tenait du roi « qui l’aimait autant que » ses collègues et les grands de la terre ».

Khnoumhotpou, baron du nome de la Gazelle, gouverna une belle principauté, que formèrent, accrurent, et firent prospérer l’hérédité, les mariages et par dessus tout les bonnes grâces du souverain : 1l rend justice à qui de droit en parlant longuement des bienfaits du roi : « Je reçus ces faveurs, parce qu'il connais- » sait ma discrétion et mon humilité ; et je fus un féal » d’auprès du roi, honoré parmi ses courtisans, favori devant ses » amis. £ )

À plus forte raison, quand l’autorité royale se fortifie et mâte la féodalité, lorsqu'elle réduit les barons au rôle de noblesse de cour et que les provinces obéissent à des préfets non héréditaires, les créatures du roi lui font hommage de leur grandeur. Le préfet de Thèbes Rekhmarà a les attributions d’un premier ministre et administre toul le royaume pour Thotmès III qu'il représente aux yeux des peuples et des courtisans; mais il n'oublie pas quil n’est que l’ombre de son maitre et veut être « le premier à satis- » faire absolument le cœur du souverain, car il a plu à l'Habitant » du palais de le placer au-dessus des courtisans à la tête de la » terre entière, quand il connut ses actions d’éclat et confirma la » dignité de féal sur sa tête »*. |

Le ministre d'Aménôthès If, Amonhotpou fils d'Hapi, qui

1 Stèle d'Abydos : Boulaq, magasin 5, stèle 78 (Mamærre, Abydos, If, pl. 23; II, p. 144, no 64; pe RouGé, /. ., pl. 303-304; Brucsou, Hist. d'Eq., p. 92).

2 Hypogée de Khnoumhotpou à Béni-Hassan (2. Tr.. 1, 165). 3 Tomb. de Rekhmarû à Thébes {(L. D., II, 39; M.M.C,, V, 42).

vieillit dans les honneurs et que les légendes populaires divinisèrent presque, présente sa nomination au litre de basilico-grammate et toutes celles qui suivirent comme autant de récompenses du dieu bon”.

De moins grands sentent peut-être mieux encore ce qu'ils doivent à la faveur. Leur autobiographie et leur propre éloge servent d’une manière détournée à exprimer leur reconnaissance ”, par un panégyrique indirect mais non modéré. Un officier du palais, Zod-Khonsou-aouf-änkh, déjà cité, rapporte ainsi au roi les honneurs qu on lui rend :

« Je suis un favori du dieu bon Sokhem-khoper-ni-Rà ?..…. » On m'a exalté suivant ses ordres.

» Chacun se lève et s’immobilise devant moi; » ils voient ma sagesse parmi les savants; » les grands de la terre me rendent hommage en m’imitant, » à cause de la grandeur de mes faveurs auprès du roi... » J'ai été rendu vénérable par le dieu au frais visage ; » éblouissante est mon élévation qui résulte de ma perfection; » si je suis reçu ainsi, c'est par la volonté d'Horus : » la vénération à laquelle je suis arrivé à Thèbes est semblable à sa grandeur

» pour les humains.

» Après la vieillesse, faisant les délices de Thèbes,

» J'y ai été élevé au rang d’orateur royal ; » j'ai défendu qu'on m'adressät des louanges, » lorsque je n'ai fait que transmettre un ordre du roi... » j'ai été un lieutenant du dieu qui les connait (les Thébains), » ma situation dépend des faveurs qu’il m'a accordées. # »

Mais après avoir joui de ses richesses et de ses dignités, chacun désire les transmettre à ses enfants. C’est là un des vœux les plus fréquemment exprimés dans les épitaphes. De fait, l'hérédité des charges est d'usage courant dans la plupart des cas. Le titulaire d'une charge la lègue à l’un de ses fils, avec la permission du roi”, et obtient de lui quelques postes où caser le reste de la famille ‘. Seulement il existe quelques dignités réservées, que

1 Statue d’Amonhotpou (Marierre, Aarnak, 36-37; Brucson, Æ. Z., 1875, 97).

? « Mon seigneur m'a donné ma ville en qualité de gouverneur; il me l'a donnée en » qualité de général à cause de ma perfection et de mon excellence dans le cœur de: » S. M, » Stèle du secrétaire Sabki (Munich ne 22 : R. Tr., XIX, 84).

3 Osorkon Ier, xxrre d.

4 Statue de Zod-Khonsou-aouf-änkh à Louqgsor (Daressy, R. Tr., XVI, 58-59).

5 Cf. supra, ch. vr, p. 277.

5 Voir les réclamations du baron Khnoumhotpou en faveur de son fils Nakhti (Béni- Hassan : 2. Tr. I, 166).

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