HÉRÉDITÉ, VIEILLESSE, SÉPULTURE
le roi confère rarement de père en fils; quand le cas se présente,
on ne manque pas de le signaler ‘ et d’en exprimer sa reconnaissance au roi?.
Enrichis, dotés, logés, honorés par le roi, ses favoris peuvent vivre heureux. Le fils du Soleil donne la vie à tous les hommes ; il l'embellit pour ses bons serviteurs ; il la prolonge jusqu’à 110 ans, par une belle vieillesse qui est aussi un don de lui*: il la renouvelle enfin à perpétuité par les faveurs accordées à la sépulture”. « Vivants et prospères » en vertu de leur amour pour lui, c’est encore par sa grâce que ses sujets « parviennent et entrent » en paix dans la syringe de l'occident »°. Après le bonheur sur la terre, lui seul leur assure le repos dans la tombe, ét n’en fait jouir que ses fidèles :
«€ Tandis que l'ami du roi repose comme un féal, point de tombeau à qui se raille de Sa » Majesté ! 6
C'est comme favori, comme féal en titre, que l’on espère posséder une tombe’, parvenir à « une bonne sépulture après un » âge avancé »°.
Les bienfaits du roi en vue de la seconde vie, celle d’outretombe, forinent un pendant exact à ses bienfaits dans la première.
1 Ainsi, très exceptionnellement, Nakhtouramsès a pu léguer le souverain pontificat d’Amon à Thèbes à son fils Amonhotpou qui a soin de se dire « établi sur le siège de » son père » (DümicHEen, 7. Z., 42).
2 Par exemple, Nofirpirit: Statue de Karnak (Mus. Caire, 42.121 : LeGrnaiN, Catal. Stat.; Ann. Serv,, VII, 187).
3 Peh aaoui m hostou neb tooui : Sennofir, tombe des vignes (Virey, 2. 7r., XXII, 85). — Cf. supra, ch. vi, p. 237-238. — Voici le tableau de la vieillesse que le roi donne à ses meilleurs sujets : « Ta condition est celle de qui vit à l'abri de l’âge. La vieillesse » c’est (d'ordinaire) l’arrivée au port (la mort), la mise en bandelettes. le retour à la » terre ; (mais) rester comme toi étendu au soleil, sans infirmité du corps, sans décré- » pitude de la sagesse ni du bon conseil, ah! c’est vraiment le lot d’un féal! » (Khoufou et les magiciens, Pap. Westcar, vir, 17-20 : Masrero, Contes, 3° éd., p. 32; Piguc, Sphinx, I, 74-75; Morer, 2. Tr, XIX, 128).
4 Sur les faveurs relatives à la sépulture des amakhou, féaux, cf, Peur, Æ. Z., 1893, 90-94 ; Morer, À. Tr., XIX, 131-136.
5 Cf. Statue de Smendèsnam à Mendès (Berlin, 281 À : Praz, Æ. Z., 1887, 123 À 2).
6 Aùü mer n sutn hotp r amkhi, nen as n sba her hon-f (Instructions de Sehotpouabri, Marierre, Abydos, Il, 24-26; Masrero, B. Eg., VIII, 144-445; Preuz, Z. A., IX, 5; Æ. Z., 1893, 91; Morer, R. Tr., XIX, 136).
7 Ahanakhti, prince d'Ilermopolis est « maître d’une sépulture (neb kras) et descend » vers sa bonne demeure (ast nofrt) par faveurs de so seigneur {mothosst nt neb-f).» (Savce, À. Tr., XIII, 190; Morer, À. Tr., XIX, 135). — Touna est « maitre d’une tombe » comme favori » neb kras ma hosi (Pap. Nebseni : Navizze, T'odt, 52).
8 Paï. St. Turin n° 159 (Orcurni, vestib., n° 12 : CnaBas, 47. Z., 1870, 161; MasPero, R. Tr.,1V, 134; Morer, À. Tr., XIX, 130).
L'éloge de Sénouserit I unit les souvenirs de cette double bienfaisance : « Il est venu, il nous a donné d’élever nos enfants et d’ensevelir nos vieillards de ses bienfaits !. » Comme le roi concédait à ses fidèles vivants des honneurs, des vivres, des maisons, des terres dans la vallée du Nil, ainsi leur accorde-t-il dans la montagne d'occident des emplacements, des demeures d'éternité, un mobilier funéraire et des oblations pour leur nourriture quotidienne.
Les concessions de terrain pour cause funéraire peuvent être de deux sortes. Il y a les :lomaines fertiles destinés à l'entretien du double. Il y à d’autre part les terrains situés en bordure de la vallée hors de la portée de l'inondation, ou au flanc des falaises qui la bordent, ou au bord de la plaine désertique (herit). Là on creusera profondément le puits d’inhumation ou la syringe (as), au dessus ou au devant desquels on érigera, selon sa fortune, le monument funéraire (asit nofrit ou asit nti sela), pyramide, mastaba, chapelle, ou simple stèle cernée d’un cercle de pierres. Quoique ineultes, ces terrains ne sont pas libres; et il n’appartient pas au premier venu de se les approprier et d’y exécuter des travaux en vue de se dire « maître d’une tombe ». [l faut une concession par décret royal”. Le chef de la région des pyramides, près de Memphis, le commandant de l’occident à Thèbes veillent à l’ordre public et à la police. Au nom du roi, l'administration de la nécropole fixe à chacun sa place, élablissant une savante hiérarchie *.
1 Pap. Pétrie I (Masrero, B. Eg., VIII, 409).
2 «Il m'a jugé digne d’une belle tombe dans la montagne » met-nf-oui r hert roud Stèle de Thoti, Kôm-elsahmar, 1. 14-15, xvime d.; (Serne, Urk., IV, 132). — Ptahmos, premier prophète et nomarque du Pathyrite a reçu d'Aménôthès III le droit à une sépulture (Stèle de Lyon : Devéria, Notice sur le musée de L., B. Eg., IN, 82 et pl. 1v: Lecran, À. Tr., XXVI, 83). — Un ostracon de Londres n° 5,624 (1. 5 sqq.) mentionne une semblable concession faite par Aménôthès III, l'an XXI; par la suite, des usurpations motivérent des plaintes jusqu'en l'an VII d'Harmhabi, contre le fonctionnaire Thotmès chargé de délivrer l'emplacement (Bircn, Znsc. hiérat. and demot., pl. xiwv; Masrero, £nquête judic., p. 272 n. 4, et p. 274, n. 1; AméLiNgau, Sépultures, p. 55). — CF. infra, p. 355, n. 2, etc. — Même une femme peut obtenir une telle faveur royale, ainsi Boqit, femme d'Amonemhabi et nourrice d'Aménôthès III, « maîtresse d'un tombeau » dans l'occident de Thèbes, par la faveur du roi » (Tomb. d'Amonemhabi, paroi 0. : Preuc, 2. A., pl. 127, p.91; M.M.C,, N).
* Peut-être est-ce l'office du mour as souton amakhou « directeur de la syringe des