SÉPULTURE
La clientèle d’un grand personnage le suit dans la tombe. Le roi mort s'entoure de sa cour comme en son vivant. Ses favoris désirent tous obtenir « la bonne sépulture auprès du roi »‘. Done, dans des caveaux secondaires de sa syringe ou de sa pyramide, il admet à son intimité quelques membres de sa famille et quelques domestiques privilégiés. Les autres se groupent dans les environs. Mais non pas au hasard. L’étiquette règne encore dans la nécropole et les distances sont gardées. La pyramide royale domine un canton, s'élève comme un centre majestueux ; alentour se rangent et s’étagent les tombes des grands qui, durant leur vie, se pressaient autour du roi. I y a le « cercle des pyramides » ; et, parmi cellesci, le cerele des Amis, le cercle des Enfants royaux, etc.*. On a remarqué au cours des fouilles dans la nécropole memphite que « plus les mastabas s'éloignaient de la pyramide, plus ils étaient » petits, et moins les matériaux employés étaient riches »: on en concluait justement que « les gens étaient enterrés d’autant plus » près de la pyramide royale qu'ils avaient rempli durant leur » vie des fonctions plus relevées » *. Comme les fonctions dépendent de la faveur du maitre, c’est encore celle-ci qui assigne les rangs dans la nécropole.
Non moins que le voisinage de la tombe d’un roi, la proximité du temple d’un dieu protégeait une sépulture. Entre toutes, on désirait reposer dans la nécropole d'Abydos, à l'ombre du temple d'Osiris près de son tombeau et de l'escalier sacré. Pour le moins on souhaitait d'y dresser soit une statue”, soit une stèle commémorative qui suppléât à la tombe entière. C'était encore l'objet de permissions spéciales et de faveurs du roi. La stèle de Montouhotpou le note expressément” :
» féaux royaux » (Mastabas, p. 254), en qui Morer voit un « administrateur des maga- » sins ou bureaux de subsistance des féaux royaux » (2. Tr., XIX).
4 « Krast nofrt nt kher sutn » Stèle d'Horkhem, xixe d. (Louvre GC 213 : Morer, À. Tr, XIX, 145; Prerrer, Æec., II, 10), — De Roucé (Cat. Louvre, p. 159) avait traduit selon le sens courant de nt kher : « une belle sépulture due aux bienfaits du roi ».
2 Contes, p. 91 et 115.
3 Lorer, fouilles, p. 7.
4 Cf. supra, p. 339-341.
5 La mention d’un ordre royal souton outou figure aussi sur la stèle d'Ikhernofir à Abydos (Mus. Berlin, xre d. : L. D., Il, 135 4). — Au sujet de la formule «fait» ou
354 FAVEURS DU PIHARAON
« C’est un ordre royal... Montouhotpou, qu'on te fasse une sépulture près de l'escalier » du dieu grand, seigneur d'Abydos, perpétuant toutes tes dignités, toutes tes faveurs. » On t'a fait une statue, placée dans la salle divine, comme à un serviteur du dieu » grand 1. »
Par une exception unique, pareil ordre est attribué à la reine Ah-hotpou, usant de divers pouvoirs réservés aux rois *.
Selon l'usage, c’est bien avant la mort que les particuliers, comme les rois eux-mêmes, s’occupent de lédification de leurs tombes sur le terrain concédé par le roi. Une nouvelle faveur permet de creuser le puits ou la syringe et d'élever les monuments funéraires aux frais de l'État ?. C’est la perspective que le fils royal Dadoufhor ouvre au magicien Didi, lui promettant comme féal et comme suivant « la place d’un sarcophage et celle d’une sépul- » ture‘ ». C’est le cas aussi de Sinouhit, auquel il faut revenir souvent parce qu'il est typique et que les détails y abondent :
« On me fonda, dit-il, une pyramide en pierre au milieu des pyramides funéraires : » Le chef des arpenteurs de Sa Majesté en choisit le terrain; les [ftailleurs de pierre » taillèrent le tombeau et en divisérent les murs] 5, le chef des dessinateurs y dessina ; » le chef des sculpteurs la sculpta ; le chef des travaux qu’on exécute dans la nécropole » parcourut la terre d'Égypte pour chercher tous les matériaux nécessaires à la décora- » tion. Quand on eut fait les agencements nécessaires dans la pyramide même, je mis des » paysans et je fis là un lac, un kiosque [des jardins,] des champs dans l’intérieur du » domaine funéraire comme on fait aux Amis du premier rang; il y eût aussi une statue » d'or, etc. 6 »
Des documents authentiques prouvent que ces contes empruntaient bien leurs éléments à la réalité. Au temps même de Sinouhit, le prince de Béni-Hassan, Nouhri, s'était ménagé « une chapelle
« donné par la faveur du roi, ant m hostu kher sulen, du m hostu nt sutn » (par exemple, Stèle de Nebouâiou : SPieGezBerG, À. Tr. XIX, 97-98; Serue, Urk. IV, 208) employée sur les stèles, voir plus haut, p. 341, n. 9, infra, p. 355, n. 2, 3 et 4.
1 Stèle d’'Abydos (MarrertE, Cat., III, ne 617, vo, 1. 2; cf. supra, p. 340, n. 4).
2 Elle nomma loufi 2 prophète à Abydos (cf. supra, p. 54) et intendant de ses biens ; puis elle lui concéda « un tombeau près de l'escalier du dieu grand », ainsi que «des » statues établies dans le temple parmi la suite du dieu, avec des inscriptions », à cause de ses services et de l'affection qu'il lui a inspirée (Stèle de Drah-Abou’I-Neggah : Bourranr, À. Tr., IX, 94; Masrero, M.M.C., I, 627).
3 Selon Morer, (2. Tr. XIX, 128-135) ces dons funéraires étaient le privilège des féaux, amkhou.
# Khoufou et les magiciens, Pap. Westcar, vir, 18 (Contes, p. 70, 3 6d., p. 32; Morer, 100, 128):
5 Variante de l’ostracon.
6 Contes, p. 128-129. — Cette dernière phrase peut s'entendre soit d’un domaine figuré dans les peintures de la tombe, soit dans le domaine réel situé dans la vallée et dépendant de la sépulture.