DÉMARCHE, PROSTRATION
ses sujets” et à plus forte raison les étrangers, captifs ou ambassadeurs”, Les monuments figurés illustrent cette scène. Divers textes y font allusion *. Le récit de Sinouhit la commente, non sans quelque complaisance hyperbolique :
« Je trouvai Sa Majesté sur la grande estrade dans la Salle de Vermeil ; quand j'entrai vers elle, je m'affaissai sur le ventre, je perdis conscience de moi-même en sa présence. » Le Dieu m'adressa des paroles affables, mais je fus comme un individu saisi d’aveu-
glement, ma langue défaillit, mes membres se dérobèrent, mon cœur ne fut plus dans ma poitrine, et je connus quelle différence il y a entre la vie et la mort ».
Et après que le Pharaon l’a fait relever et lui a posé des questions, il dit d'abord :
« J'ai peur; toutefois à ce que m'a dit mon maitre, voici ce que je réponds # ».
Pourtant Sinouhit n'avait rien à craindre : un rescrit royal l’était allé chercher au pays des Sittiou ; à la frontière un nouvel ordre avait mandé; en cet instant même le patronaient « les Infants
qui se tenaient debout dans la salle pour lui faire la conduite, » et les Amis qui se rendant à la salle d'audience pour le défilé,
l'avaient mis sur la route du Logis royal » ; quand il sortira, admis dans la suite du roi, les Infants lui donneront la main.
» célèbrent les victoires de S. M. » (Tomb. de Rämenkhopersenb : M.M.C., V, p. 202-203 ; Preur, /. Æ., pl. 127 y, p. 103); « Adoration au taureau fort, prosternation devant celui » qui se lève à Thèbes... Rämenkhoper.., par le baron... Amonemhabi ». (Tomb d’Amonemhabi, pilier 8: Preuz, Z. Æ., pl. 110 +, p. 89); — « Adoration (rat aaou) à celui » qui écoute les suppliants; proscynème à la royale épouse qui adore et entend la » prière » (Stèle du Louvre : DevériA, B. Egq., V, 313, n. 54).
1 Par exemple dans les scènes de remises du collier: Mérirà (L. D., Ill, 97 A; MasPERo, Lect. hist., fig. 70-74); Horkhem (Louvre C 213 : Prerrer, Æec., II, 10; LepraiN. Contemporain, 1876) ; — ou dans des tableaux de dévotion (Tomb. d’Amonemhabi, Loc. cit.).
2 Dans le tableau de Râmenkhopersenb (loc. cit.) on voit : le prince de Keftou prosterné le front à terre, le prince de Khéta agenouillé, puis les porteurs de tributs défilant devant Thotmès TI.
3 Un vassal écrit : « Pitia d’Ascalon (est) ton serviteur, la poussière des sandales (?) de » tes pieds, le valet (?) de tes chevaux : aux pieds du roi mon seigneur, je me jette » Tfois 7 fois. » (Tablette d'El-Amarna, Mus. Caire : Æ. Z., 1889, 55). — Ramsès IT dit : « Leurs fils de chefs sont en adoration, respirant la terre et rampant devant ma face » (Discours du pap. Harris, p. 77, 1. 13). — On lit à Médinet-flabou : « Les étrangers » viennent pour l’adorer..…. Les nations sont amenées comme des esclaves agenouillés.….. « Leurs généraux se sont prosternés à terre comme font les esclaves... Nous nous » prosternons à terre devant son glaive. » (An V, L. 14, 18, 40, 50 : Daressy, 110-114). — « Leurs princes, leurs tribus m’adorent. » (An IX, 1. 26: Danressy, 96). — Les chefs des Amorrhéens et des Libyens disent: « Nous nous agenouillons devant tes rayons. » (Salle hypostyle, mur sud: Dümicuen, Z.A., I, 28; Danessv, 138). — Cf. supra, ch. 111, p. 139-140.
4 S'inouhit (MAsPero, Gones, p. 123 et 124).
5 Zbid., p. 123, 127.
Cependant ces protecteurs comprennent son trouble et l'expliquent au roi : « La face ne blémit-elle pas, qui voit ta face ? l'œil n’a-t-1l » pas peur, que tu as fixé?! » Un mot bienveillant du roi autorise le suppliant àse relever, ou à se laisser relever par les assistants *. « Qu'on le lève et qu'il me parle ! » Il se remet donc sur ses pieds ; mais il ne dresse point la lête et ne regarde point le roi; même en parlant, il demeure courbé les bras pendants*. Et de temps à autre, quand le roi parle, il s'incline plus profondément et touche le sol*.
Autour du roi pendant ses réceptions, la cour se tient groupée selon un ordre déterminé et dans des postures réglées d'avance. Le papyrus Hood fait connaitre le rang que le protocole attribuait aux divers personnages de la cour”. Après les dieux etles mânes, le roi, la reine-épouse, la reine-mère et les infants, venaient les nobles : princes, comtes, amis uniques, fils royaux, fils aînés ; puis les grands officiers : commandants de la garde, secrétaires d'Etat, grands majordomes, premiers hérauts royaux, flabellifères, ministres des travaux, gouverneurs des châteaux, maitres de la salle d'audience, économes du palais royal. D'autres textes montrent les amis royaux subdivisés en plusieurs catégories : amis uniques (smirou oudäliou), amis du sérail, amis dorés, et jeunes, classification peut-être propre au premier empire thébain‘°. La tradition assignait à chacun sa place dans la salle d'audience. Chaque courtisan « connait sa place » el s’y tient modestement. Les uns formaient cercle autour du trône ; c’étaient les gens du cercle, choni-
1 Sinouhit (Masrero, Contes, p. 126.
2 Ibid. p. 124.
3 Conte du naufragé, p. 140, 144.
# Jbid., p. 142.
5 L, 42-16 (Masrero, Et. Eg., IL, 7-8.
6 Contes, Sinouhit, p. 95, n. 1.77, 113, 126). — Ouni nomme les amis du palais et les amis dorés, vie d. (CF. Brucsou. Déct. suppl, p. 1062-1063; Masrero, £t. Eg., IL, p. 28-21). — Les « nobles royaux ou simplement les « royaux », nommés dès ia xire d. (pe MorGan, Dashour, p. 33). ont le pas, à Déïr el Bahari, sur les « pères divins » et les « amis » du roi (NAVILLE, À. Tr., XVIII, 93 et 99).
7 Littéralement : «il connaît le lieu de son pied ». Stèle de Sénouserit, xrre C 170, 1. 5; Prerrer, Rec. Il, 63; Peur, R. Tr., IV, 449).
$ En la cour d'audience du palais de pharaon Ousimari à Memphis, « l'assemblée des » princes, des chefs militaires, des principaux de l'Égypte se tenait devant lui, chacun
» à son rang dans la cour. » (Conte de S'énosiris, Maspero, Journ. d. Sav., 1901, p. 480; Contes, 3 éd., p. 138).
d. (Louvre,