‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 187 sur 433 · RANGS ET POSTURES DES COURTISANS · texte numérisé non relu

RANGS ET POSTURES DES COURTISANS

tiou”. Les autres occupaient les coins de la salle ; c’étaient les gens de l'angle, gonbitiou”. Sur ce point encore, la cour du roi ressemblait à la cour des dieux, ceux-ci également avaient leurs chonitiou et leurs gonbitiou ; et, à la cour d’Osiris, « les mânes » se tenaient chacun à sa place propre » ?.

L'étiquette fixait également les postures réglementaires". A l'entrée d’un étranger, la cour se tient debout ; mais à l’entrée-du roi, elle s'incline ou se prosterne. Durant les audiences, les courtisans s’accroupissent par terre, les bras croisés sur leurs genoux. Si Sa Majesté plaisante, les infants poussent de grands éclats de rire‘, Si Elle fait un discours sérieux, quand Elle a fini, tous les grands se mettent à « adorer leur maître, à flairer la terre, à se » trainer sur le ventre en face du roi et à pousser des acclama- » tions jusqu à la hauteur du ciel » 7. Parfois on garde cette posture tant que le souverain parle: pendant qu'Hâtchopsou racontait son voyage dans les villes du nord, « ses sujets écoutaient » prosternés à cause de la crainte qui était en eux ». La mème cérémonie peut se renouveler plusieurs fois au cours d'une même séance. Quand Thotmès I rassembla ses grands officiers pour leur faire reconnaitre sa fille, il lui fit prendre place dans le pavillon royal, « et ces gens étaient étendus sur leur ventre »; puis il leur présenta sa fille comme roi; alors de nouveau « ils se pros- » ternèrent et baisèrent la terre devant ses pieds » °: c’est làleur premier acte après la révélation qu’elle est la fille d'Amon, et, par là, ils reconnaissent à la fois sa souveraineté et sa divinité. La parole royale est tellement vénérable que de pareilles marques de

1 Le grand chambellan Amonbésef « s'attache aux pas du roi en qualité de choni (Louvre C 65 : Devéria, B. Eq., V, 64).

2 Maspero, Contes, p. 127, n. 1; Et. Eg., U, p.124; B. Eg., I. 69 x. s. Cf. Grirrirm, The Qnbt, Tr. S.B.A., 1890, XIII, 140 ; Srrecezsere, Studien, p. 13 sqq.

3 Satni les vit ainsi (Conte de Sénosiris, 5° et 6e salles : Contes, 3 6d., p. 135).

4 Cf. Masrero, H. O., I, 264 et 265 fig.

5 Stèle de Nesour-heka (2. Tr., XV, 173). C’est la posture de nombreuses statues.

6 Sinouhit (Contes, p. 125).

* 1 Stèle de Kouban, 1. 25 (Prisse, pl. 21; Virer, 2. Tr., XIV, 97-98) : her aa neb sen, her sen-ta, rta r Ichel mbah, her sgbuu r ka pet.

8 Déir-el-Bahari, Inscr. du voyage, L. 1 (Navizze, 2. Tr., XVII, p. 95, pl.1; D.-el-B., JIIL, 57; Serue, Urkunden, IV, 245).

9 Déir-el-Bahari, Inscr. de l’intronisation, 1. 41 et 20 (Navizze, À. Tr., XVIII, 98-99, pl. u; D.-el-B., I, pl. 61-62; Serue, Urk., IV, 257-259).

respect se donnent, même hors de la présence du roi, quand on apporte un ordre ou un message de lui

« Quand est ordre me fut remis, raconte Sinouhit, m'’étant jeté à plat ventre je » m'appliquai contre le sol, je me traînai sur ma poitrine, je fis ainsi le tour de ma tente, » pour marquer la joie que j'éprouvais à la recevoir 1. »

Aux prostrations ne se bornent pas les cérémonies à accomplir devant le roi. Les réceptions et audiences forment une sorte d'office royal, et, comme l'office divin, comprennent toute une série encore d’autres rites.

Pas plus devant le roi que devant les dieux, il n’est séant de se présenter les mains vides. Au reste, en est-il de même devant les puissants de l'Orient, grands et petits fonctionnaires. Les ambassadeurs viennent chargés de présents et de tributs qui ajoutent du prix à leurs hommages. Tel ambassadeur de Bakhtan venant demander à Ramsès Il un mage pour guérir la fille de son prince; on l’annonce, on l’introduit « avec beaucoup de cadeaux » ; ïl adore le roi: « Gloire à toi, soleil des pays étrangers. toi par qui » nous vivons » ; puis ils’expiique *. Un simple sujet fait de même ; il offre des cadeaux, même quand il demande, surtout peut-être s’il espère une grâce. Quand il est en présence du Pharaon, le naufragé, qui désire être agrégé à la suite royale et à la cour, présente au roi tous les cadeaux précieux ou étrangers qu'il a rapportés de l'Ile du Double ?.

Les courlisans qui vivent des largesses du roi n’ont pas toujours de riches cadeaux à offrir au roi; mais, à défaut d’offrandes, ils paient de leurs personnes. Devant le roi, comme les prêtres devant le dieu, ils se livrent à des évolutions, défilés et processions; ils poussent des acclamations d'ensemble, ou exécutent des chants rythmés, accompagnés de musique. À la réception de Sinouhit, les Infants rendent ainsi hommage au roi et à la reine qui participe au culte. Us défilent, apportent « leurs colliers, leurs bâtons de cérémonie,

1 Maspero, Contes, Sinouhit, p. 116.

2 Contes, La princesse de Bakhtan, p. 217-218. 3 Contes, Le Naufragé, p. 144-145.

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