IV PRÉFACE
justice fixée immuablement depuis le temps de Râ, nous dépisterons des variations dans leur morale.
En revanche, on est en droit de poser des questions qui provoqueront le sourire de certains d’entre nos contemporains. Découvrir que le puissant d'Égypte consacrait sa force et sa sagesse « à la défense de la veuve et de l’orphelin » : est-ce utile? — Que l’on sourie, si l’on veut ! Mais n’y a-t-il pas quelque saveur à reporter pareilles formules, aujourd'hui banales et légèrement ridicules, à des siècles si distants de nous où elles ont pu fleurir dans toute leur fraiche nouveauté ? - Discuter gravement si des devoirs incombaient aux pharaons soit envers les dieux, soit envers les hommes, en quel sens et en quelle mesure : quel enfantillage ! — Oh! entendons-nous bien. Je ne demanderai pas si, à nos yeux, les pharaons différaient sur ce point des rois de tous les temps, question oiseuse, mais bien si, dans les idées des Égyptiens, quelque chose correspondait à cette différence. Puis, affirmerait-on sans légèreté que nos contemporains soient tant éloignés de pareilles idées ? Combien de gens aujourd’hui, de toutes opinions et de tous partis, républicains comme monarchistes, bourgeois comme socialistes, regardent l'État comme une divinité, attendent de lui le salut, et lui attribuent à lui seul, tous les droits contre les individus. — Élaborer une théorie de l’absolutisme théocralique, déjà faite maintes fois, la reprendre plus de deux siècles après que Bossuet à tiré de l'Écriture sainte sa Politique : quelle prétention retardataire et inopportune ! — Non: il ne s’agit point de ressasser les truismes, de démarquer des raisonnements déjà vieux, ou d'essayer de convertir nos contemporains à un idéal périmé. En traitant du régime pharaonique, je ne me propose pas de comparer ce régime aux régimes modernes, d'en vanter satiriquement les mérites, d’en prôner la résurrection ; mais seulement, et la tâche suffit bien, de l’exposer, de l'expliquer, d’en discerner les principes et les rapports avec la morale. Après Bossuet, on puisera légitimement à d’autres sources ; après Diodore, on scrutera utilement ce qui se cache d’authentique sous ses utopies ; après les raisonneurs modernes, on