‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 3 sur 433 · MORALE ET MORALITÉ Y · texte numérisé non relu

MORALE ET MORALITÉ Y

entendra avec plaisir l'accent vrai des auteurs primitifs d’un système qu'ils ont vraiment vécu sans raffiner d'explications.

Aussi bien, ce qui intéresse ici ce n’est pas le jugement qu'un moderne, avec ses idées acquises et ses lumières ou ses préjugés, porterait sur la société égyptienne antique et son gouvernement, ou les froissements qu'il éprouverait si on le transportait magiquement dans une société semblable. À vrai dire même, ce n'est pas tant ce gouvernement lui-même et cette société, mais plutôt les idées que s’en faisaient les contemporains, les vertus qu'ils y voyaient, l'idéal qu'ils en dégagaient. Mon but n’est pas une étude administrative ni économique, mais une étude morale. Je n’analyserai pas tous les rouages du gouvernement ni la diversité de ses actes, mais ses principes et les sentiments qu'il traduisait ou suscitait. Mon objet n'est pas non plus la moralité des Égyptiens, mais leurs idées morales. Je ne peindrai pas les anciens Égyptiens tels qu'ils ont été, mais tels qu'ils s'imaginaient être. Non. que je blâme ou méprise l'historien de la réalité, fût-elle laide ou digne de réprobation ! je la lis avec une avide curiosité. Je sais le prix de l’exactitude méticuleuse et de la sincérité qui n’embellit pas son objet, de l’érudition et du réalisme, de l’esprit critique enfin qui ne se laisse pas duper par les panégyriques et les faux-semblants. Mais je sais que la pratique ne répond pas toujours à l'idéal entrevu : le plus beau livre d’un écrivain ne s’écrit jamais ; la vie d’un saint ou d’un héros n'épuise pas leur grandeur d’âme ; la plupart du temps, l’homme vaut mieux que ses actes. Réduire l’histoire au récit des faits extérieurs, c’est donc mutiler l’image de l’humanité.

De là certaines préférences, en apparence paradoxales, dans le choix des documents. Je butine parmi les poètes et les conteurs. Entre le Bulletin de la bataille de Kodech et le poème de Pentaour je n'hésite pas à préférer le deuxième : l’un relate au vrai des marches stratégiques ; l’autre instruit mieux sur les sentiments de Ramsès Il et de son peuple. En général, Les textes officiels ne méritent pas créance absolue. En Égypte, comme ailleurs, ils ne disent pas ce qui fut en réalité, mais ce que l’on présenta pour

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