FÉAUTÉ. LOUANGES
cœur du roi’), le mot amakhi n'a évidemment qu'un sens moral et figuré, non un sens féodal. Mais le plus souvent il indique une dignité, un titre qui ne se prend pas au hasard mais se confie après une longue carrière de services et rarement à de jeunes hommes ?. Il semble impliquer primitivement la collation d’un bénéfice, d’un fief territorial, à tout le moins d’un office de cour et du droit d’entrée au palais. C’est en soi une récompense précieuse. Plus tard, et déjà sous l’ancien empire, c'est la cause des récompenses. Ce n'est plus une fonction spéciale, mais une condition préalable et commune à toute haute fonction, et enfin une qualité morale plutôt qu'une situation sociale, le dévoûment du fidèle et non plus la subordination de l’'homme-lige.
SPAS
Les louanges du roi.
Comment tous les sujets du roi ne se seraient-ils pas qualifiés ses serviteurs (bok) bons et fidèles, l’aimant non seulement dans le secret du cœur, mais ostensiblement, en paroles et en actes? Aussi, innombrables sont ceux qui se disent Lost du roi avec quelques variantes *.
1 Mastaba de Sabou (ne Roucé, Six dyn., p. 113; Manrimrre, Mast., 412; SETRE, Urkunden, I, 83).
2 Féaux vieux : « devenu vieux il parvint à la féauté ». Ptah-hotpou (Pap. Prisse, xvu, 10-11 et xix, 6-8). — Cf. Rekhmarû : (M. M. C., 41); — Pap. Anastasi IV, 10,3 ; Pap. Westcar vi, 17-20; Stèle de Turin (Æ. Z., 1870, 161 et R. Tr, IV, 134): Pap. de Berlin I, 300-303 (Contes, p. 114); — cit. par Morer, (AR. Tr., XIX, 126-127, 129). — Féaux jeunes : Ahmès, Tell-Amarna (L. D., IL, 98 a); anonyme, Tell-Amarna : « étant jeune il » parvint à la féauté bonne » (2. Tr., XV, 41; XIX, ‘bid.).
8 Hosi-f : Senbef et Antef(£. cüt., p. 413, n. 3). — Aosi-sen : Montou-nsisou (Louvre C 1, 1. 4). — Hosi-f mi : Khouou, fils d'Antef, we d. (AZ. Tr., XI, 83); Jouiou, xvmre d. (Louvre A 116, « hosi mû, mer neb-f »).— Hosi n ntr nfr : Men-khoper, xvre d., Thèbes (M. M. C., N, 332, etc.); Amou-ni-zéh (ibid., 338 sq.; Virey, R. Tr., NI, p. 37); Khaï, xvune-xixe d., Vienne (Remiseu, Die stele, p. 11); Amonhotpou (Louvre G 65; Prenrer, Rec., IL, L. 4: Æ. Z., 1879, 51).— Hosi da n ntr nfr : Harmhabi, xviue d. (Louvre C 68-70: M. M. G., N, 487). — Hosi n stn er pir-f m khel, « ami du roi depuis sa naissance » : Ouermou (Louvre C 102 : Prerrer, Rec., II, 20; Brucsou, Dict., S'upp., p. 474): — Oun-i emma hosiou « je suis parmi les amis » : Siamon (St. de Louqsor : Bourtanr, À. Tr, VII, 125). — Emma hosiou hon-k hrou-nb « je fus parmi les amis de » Ta Majesté chaque jour » : Sobek (St. Turin 155 : R. Tr, IV, 132). — Sam-ni m hosiou « je me suis joint aux amis » Antef, (Brit. Mus. : Sarre, £g. 1., IL 84, 1. 7; Cuapas, Mél., Il, 246). — Ar-n hosi n nb-f « j'agissais en ami de son maitre » Nakhtkhem, fils de Khemhotep (St. Turin, 99 : À. Tr., IV, 133).
Les mots qui dérivent de la racine Aos' sont souvent mis en parallèle avec les mots analogues dérivés de la racine mer”; ils en sont donc à peu près synonymes. Mais, comme entre tous synonymes, entre ceux-ci il y a des nuances : #”ner rend Pidée d'amour en tant que sentiment éprouvé dans le cœur; Aos, dont un des sens est l’idée de chanter*, rend la même idée, mais en tant que l'amour est exprimé par la parole *; c’est chanter au sens propre d’abord, puis au sens figuré, célébrer, louer, approuver, c’est dire que l’on aime une chose, qu’elle plaît, qu’elle à faveur*. Un hosi du roi est donc un fauteur, courtisan, ami du roi, et, par conséquence indirecte seulement, un favori.
Les dieux ont de même leur cour d’amis qui les entourent de chants, de louanges, d'hommages et de protestations de dévouement. Les défunts demandent à entrer dans le cortège qu'ils
1 Hos, hosi, hosu, hossu, host, hostu, hosstu.
2 Ar-n mert rdu, host ntru : « j'ai fait chose aimée des hommes, louée des dieux. » St. d'Antef, fils de Bouta (A. Tr., XI, 85), etc. (Cf. énfra, ch. xrr, $ 4).
3 CHAmPOLLION indiquait déjà les sens « chant » et « faveurs » (Cf. CuaBas, Zgypé., I, 49-50, 147). — Morer (2. Tr., XVII, 84-93) a tenté une classification des sens de la racine Los : tout en la trouvant spécieuse, je n’y saurais entièrement souscrire. Il me semble difficile d'admettre que le sens de «chant », expression d’une idée simple, concrète et primitive, dérive de l’acception déjà détournée d’ « influence magique ». Il ne me semble pas juste non plus de rejeter toute parenté directe entre le sens de « plaire » et celui de « louer » : pour la formule «r art merrt hosst outout neb-f » la traduction « agir par amour, sous l'influence et par l’ordre de son maître » me paraît moins logique que « faire la chose aimée, louée et ordonnée par son maître ». Les idées de « favori » et de « faveurs », objets donnés en récompense, se rattachent au moins aussi facilement et aussi légitimement aux idées de louange et d'estime qu’à l’idée d'influence exercée par l'inférieur sur le supérieur. Sans insister sur la filiation des divers sens de ces mots, sans réfuter le dernier argument fondé sur une orthographe ptolémaïque, je me défierais de l'illusion causée par l’analogie des mots à racine latine € flux, fluide, influence », et j'inclinerais à croire à l'existence de deux racines hos, l'une rattachée au vase par le sens et signifiant « verser » ou « couler », l'autre signifiant « chant » et n'ayant avec la première qu'un rapport d'homophonie.
# Ainsi que l'indique le déterminatif de l’hontme qui porte la main à sa bouche.
5 Du verbe os, à racine bilitère dérivent : 1e avec le suffixe 2, le nom de l'agent hosi, chanteur et aussi louangeur, approbateur, flatteur, ami qui se dit aimant, qui dit des choses aimables, parle en ami, fauteur et non pas favori, ce qui impliquerait une idée passive d'ami aimé; — 2 avec les suffixes (i)t, ow et éou, le nom de l'action, l'idée abstraite : hosît, hosou, hostou, le chant de la louange, la déclaration d'amitié, la faveur donnée à haute voix; — 3° avec la deuxième radicale redoublée, hoss : encore l’idée abstraite, mais avec une nuance passive ou objective, louange dont on est l’objet, faveur reçue, nuance qui s’accentue dans les dérivés suivants ; — 4e avec le suffixe ow, le nom de la personne qui subit l’action : hossou l'ami qu’on déclare aimé, le favori; — 30 avec les suffixes (i)£ et fou, le nom de la chose faite, de l’objet matériel sur lequel porte l'action : hossit, hosstou, ce qui est loué, agréé, aimé, ce qui plaît, ce qu’on accepte comme un service, ou ce qu’on donne en l’appréciant comme récompense. — Ces défibe aideront à préciser les rapports du roi avec ses sujets et leurs sentiments à son égard.