‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 208 sur 433 · CHANTS ET LOUANGES · texte numérisé non relu

CHANTS ET LOUANGES

forment autour d'Osiris !. D’autres dieux attirent également les hommages”. Enfin, au-dessous du roi, divers grands personnages ont aussi leur cour de louangeurs et de louangés, hosiou et hostou. Nous avons vu comment le roi adresse des éloges à des sujets qu'il veut récompenser et comment courlisans royaux et amis du personnage chantent et répètent ces éloges“. De même donc, autour du roi, ses courtisans, Aosiou, le chantent et le louent. Ils prennent part aux chœurs en son honneur, aux acclamations qui le saluent, aux prières officielles adressées aux dieux pourlui ou simplement aux chants qui égayent ses loisirs et ses repas°. Voilà une première manière de se montrer host du roi. C’est celle d’Ata, prophète de plusieurs rois et maître de chapelle royale, sous la vi® dynastie, « chef des chants, il réjouit le cœur de son sei- » gneur par des chants gracieux dans l’intérieur du palais »°,

D’autres louent les belles actions du Maitre, approuvent ses bonnes idées, applaudissent à toutes ses paroles, se pâment d’aise à ses plaisanteries, le complimentent à propos de tout et ne se lassent jamais de recommencer :

« J'ai réitéré la louange auprès du roi », dit l’un d'eux, «avec plus de cœur que les » ancêtres qui m'ont précédé 7 ».

« Je suis arrivé au repos », dit un autre qui a servi tous les régimes, « après avoir chanté

4 On veut être « un fidèle d’Osiris », — « un fidèle devant Osiris, hosiou mbah Ounnofjir » Ousirhäït (Statue, Caire : Bourranr, 2. 77., VII, 118), — « un fidèle parmi les fidèles, Los emmd& hosou, un divin parmi les parfaits » (Sai n sinsinou I, 23), — « dans la corpo- » ration des amis, m katou hosiou, s’asseyant devant Ounnofri, odorant Aton et voyant » Rà » (St. de Naïa, Turin 101; À. Tr., IV, 137-138). — Ou bien encore on demande d’ « aller dans le Khernoutri sur le chemin des élus, her maten ni hostou souten, du roi » (c.-à-d. du roi infernal, Osiris) » : Aï (Stèle du Louvre C 76 : Prerrer, Rec., Il, 14) — A l'époque gréco-romaine host, hosoui est devenu un des titres du mort les plus courants, sans signification précise.

2 Tel défunt se dira « un des parfaitement dévoués, ou m hosiou agerou, parmi les » suivants de Sokaris (Brit. Mus., 10,112, Proc. S. B. A., 1885, 209). — Tel autre priera Amon-Rà « que mes empreintes soient avec celles de tes élus à la suite de ta Majesté « mû hosi-k m chems hon-k » : Amonemopit (Stèle 311 de Turin: R. 7r., IL. 167). Un autre sera « le favori, osou nouterou nebou, de tous les dieux d’Aphroditopolis » : Statue d'Hora, Boulaq n° 27,692, xvrue d. (R. Tr., XI, 87).

8 Tel un ami unique et juge à El-Kab (pe Roues, Six dyn.; Srern, Æ. Z., 1875, 69).

4 Cf. supra, ch. vu, p. 326-327.

5 Dans la peinture du bonheur et de la prospérité du roi, le poète parle de ses festins et y introduit ce détail : « de doux chants (s’exécutent) devant toi ». Pap. Anastasi IV,

ITA) E 6 Mir un selchemkh het n neb-f m hosta nofrt m khennu pir-dà : Ata, Giséh (L. D., IL, 8 ; pe Roucé, Six dyn., p. 90).— Cf. le met n host, régleur du chant, celui qui donne le ton ou le rythme avec son darabouk (Tombe de Mäkhou, Assouan, vi° d':R Tr,,xX, 113); 7 Adi, x d. (Stèle 586 du Brit. Mus. : Crum, Æ. Z., 1892, 30).

» les louanges du dieu bon. — J'ai loué toujours Sa Majesté ; je n'ai jamais transgressé » ses ordres. — Je sais comment il faut t'honorer, à vrai de cœur, n’ayant jamais commis » d'action mauvaise. » !

Ainsi Ràmès fit-l au service du roi son apprentissage du service d'Osiris et put-il passer directement de la cour pharaonique à la cour élyséenne.

Cette manière d’être kosi appartient encore aux courtisans. Peut-être Anna l’entend-il ainsi quand il écrit : « Je n’ai pas cessé

de louer mon seigneur ; ma bouche n’a pas cessé de chanter » mon Dieu »?. Mais peut-être bien, ne se contenta-t-il pas de l'hommage banal des autres courtisans. Ces chants que répétait la cour, peut-ètre en avait-il composé quelques-uns; peut-être avait-il mis la main à quelque hymne noble comme ceux d’Amonemapit”, ou à quelque épopée comme celle de Pentaourit ; peutêtre lisons-nous ses louanges dans quelques-unes de ces nombreuses inscriptions qui décorent les monuments de Thèbes et des autres villes de l'Égypte. Ainsi aurait-il eu le droit de dire comme Zaïnni, l’auteur présumable des Annales de Thotmès II à Karnak : « J'ai vu les victoires du roi... j'ai consolidé les victoires

qu'il a remportées sur tous les pays, en écritures, comme elles » ont été faites »*. Sans doute il n’était pas nécessaire de vivre à la cour pour déployer ainsi ses talents : c’est en exil, devant un prince étranger que le Sinouhit du conte débite le panégyrique poétique de Sénouserit, modèle du genre. Mais nulle autre part qu'à la cour un scribe ne trouvait l'emploi aussi distingué de son art.

Sans se piquer de littérature et sans faire partie de la cour, on peut encore être /ost du roi. Loin de ses yeux, au fond des provinces, on peut, sans lui adresser la parole, parler de lui; on peut mêler son nom à des prières ; on peut célébrer sa grandeur, sa bonté, ses victoires ; on peut ne jamais dire que du bien de lui. De bonnes paroles au sujet du roi, voilà ce dont se vante le bon

1 Tombe dé Râmès à Cheïkh-Abd-el-Gournah (Bourranr, R. Tr, VII, 55-56). 2 St. d'Anna, xvine d. (R: Tr., XIV, 73).

3 Pap. Anastasi II et IV.

4 Tomb. de Zaïnni, Thèbes, xvie dyn. (Masrero, R. Tr., V, p. 130).

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