SERVICES AU ROI
nègre Hiqab d’Eléphantine, le féal'. Pas de paroles de révolte, pas de murmures, pas de critiques, pas de mots de mauvais augure ! Opérer des maléfices contre le roi, c’est un gros péché, prévu dans la confession négative ?; prononcer des paroles contraires au respect et à l'amour qu’on lui doit, c’est déjà un attentat punissable. Un simple particulier se félicite de ce que aucune accusation, aucune parole mauvaise n’a été lancée contre lui et n’a terni son honneur. Si l’on doit respecter la renommée d’un particulier, sacré est le nom du roi; aucune parole mauvaise ne doit donc l’effleurer ; on pêche en jurant hors de propos par le nom royal. Mal parler du roi est une attaque directe, elle entraîne des conséquences plus graves ; par là on perdrait tout droit à quelque faveur, car on se déclare ennemi du roi. Or un sujet n’affronterait pas de gaieté de cœur pareille éventualité. Loin d’attaquer le roi ou de lui manquer en élevant la voix contre lui, on désire son estime, ses louanges, ses faveurs.
$ 8. — Les services au roi.
Les fidèles sujets aiment le roi et expriment leur amour pour lui. Mais les sentiments peuvent rester inertes et sans effet ; les paroles peuvent tromper ; c’est par leurs œuvres que le roi juge les hommes. S'il loue Amonemhabi c’est qu’ « il le connaît par » ses actions éminentes » ‘.
C’est, et les Égyptiens ne l'oublient jamais, que le roi est essentiellement un maître, le maitre du monde et le maître absolu de chaque homme. Ils lui prodiguent cette épithète de maître neb ;
1 « Moi, je suis un homme de la suite (du roi ou du prince local) aimant son prince » (kig) et le louant à chaque instant du jour; celui qui dit ce qui est bon et (par là) » redouble l'amour (mert), celui qui est exempt de parole mauvaise et qui loue les dieux » de la ville et aime son nome. » (Tombeau de Hiqab, Assouan, vr dyn., 2. Tr., X, 186).
2 L. d. M., OCXXV, 1. 273.
3 Cf. supra, IX, p. 392-393. .
4 Stèle d’Amonemhabi (Æ. Z., 1883, 136). — Cf. « Le roi sait qu'il fait des actions » méritoires » rekh-n-f het khouou : Tenna (Pieux, Z. Æ., pl. 109, p. 87); Rekhmarâ (L. D., II, 39; M. M. C., NV, 42). —« J'ai été un homme excellent par mes actions... Sa » Sainteté a vu, etc. » Pefnifanéit (Louvre A 93).
5 Cf. supra, ch. ur, p. 105-112.
et les plus élevés parmi eux n'hésitent pas à se dire ses serviteurs, ses esclaves, ses sujets, ses suivants. Si donc il est bien d'aimer le maître ou de louer le maitre, avant tout il faut servir le maitre. En conséquence, tout bon serviteur prouve la sincérité et la profondeur de ses sentiments en faisant ce que loue et aime son maitre ?. Qualités de l'esprit et du cœur doivent paraître dans les actes. Ce n’est donc pas mal analyser ses titres à la faveur royale et les causes de sa grandeur que de les ramener à cellesci : services, intelligence, dévouement; ainsi fait Montounsisou :
« J'ai été élevé parmi les grands en présence (du pharaon), parce que j'ai fait ce qui » n'a été confié ; j'ai été élevé aux honneurs, à cause de la sagesse des desseins qui » sont en mon cœur ; j'ai annoncé les lois à ce pays, parce que j'ai uni mon cœur à mon » maitre 3. »
De semblables déclarations d'activité et de zèle dans le service du roi reviennent souvent, et à toute époque. Sous les dynasties
memphites, Sabou-Abéba justifie l'amour et les faveurs du roi
« parce que, dit-il, je faisais ce qu'il louait chaque jour »*, et
Déda, fonctionnaire de Khäfrà « accomplissait ce qu'aimait son » maitre »°. Pépi I félicite Hirkhouf d’avoir « fait ce qu'aime, » apprécie et ordonne son maitre » ©. Ouni, le ministre de Pépi [* « agit exactement selon l'agrément de Sa Majesté à ce sujet » 7.
1 Bok-md : Hornakht, vie d. (Turin 12 : Orcunri, 380; À. Tr., III, 444); Iritisen, xre d. (Louvre C 14, 1. 1; Masrero, B. Egq., VIII, 428); Montounsisou, gouverneur de Thèbes, xue d. (Louvre C 4, 1. 4 : Lersius, Auswahl, x; Masrero, B. Eg., NII, 154; Prerrer, Rec., II, 27; Gaver, Stèles de la XIIe d., pl. 1; Preux, Z. A, pl. 4, p. 4; — Louvre C 68: SHARPe, |, 84; Prenner, IL, 57; Pres, pl. nt, p. 3); Merri (Louvre C 3,1. 3; Prerrer, Il, 104; Gayer, pl. 4; Preur, pl. 4, p. 3; Maspeno, Mél., p. 221; Et. Eg., I. 121); le majordome Amonemhäâit (Marterte, Abydos, III, p. 145, n° 618); le baron amiral Samtefnakht (Marrerre, M. D., pl. 84 G, p. 10). — Bok khou n neb-f : Nébouaïou, grand prêtre d’Abydos (R. Tr., XIK, 97); Thotnofir (Turin ne 153 : R. Tr., IV, 127). — Hon khou n neb-f, kher meti ma: Pétamon (Louvre À 92 : Prerner, Rec., I, 27). — Chemsou neb-f : voir infra, p. 427 sqq. — Cf. J. Baizcer, Esclaves, p. 15 et 25-26. — On dit de même sahou khou n neb-f : Amonemhäit, xviue d. (Bourranr, R. Tr., XIV, T2).
2 Ar hossiou-f.
3 Stèle de Montounsisou, Louvre C 4, 1. 7-8 (supra, n. 1).
# Ar-i hosst t hrou neb : Sabou (ne Roucé, Six dyn.. p. 113; I. H., 95; ManeTTe, Mastabas, 412; Serue, Urk., 1, 83).
: 5 Ar merrt neb-f hru neb : Déda (Lepsius, Auswahl, vi À ; Bireu, Paière, p.9-40—B.Æg., XPM2 87 .
6 R art merrt hosst, outout neb-f : Hirkhouf (Æ. Z., 1894, p. 67-68).
7 Ar-k ma godnou r hostou hon-f her-s : Stèle d'Ouni, I. 37. — Cf. 1. 49 : « ……. Oun » fcheperou ma godnou outout neb hon-f am... Tout ordre de Sa Majesté se remplira » de point en point. »