LE ROI FILS DES DIEUX
défauts aussi, ses habitudes et son caractère, ainsi les qualités du roi s’expliquaient par une filiation divine. Le même raisonnement instinctif avait créé chez les anciens Grecs le même préjugé en faveur des rois : on les regardait comme des héros ou des demi-dieux, yuéwr yéos àp&!. Seulement, en vertu de la différence du génie des deux peuples, alors qu’en Grèce cette croyance s’est épanouie en légendes mythologiques, précisant l’origine des familles royales; en Égypte, elle est restée abstraite et ne s’est développée que dans le sens de la théologie.
Quoi qu'il en soit de l’origine de la croyance à la filiation divine du roi, chaque fois que celui-ci adore un dieu dans un temple ou lui consacre un monument, il se dit le fils de ce dieu. Dansuntemple de Memphis, Ptah est son père; à Thèbes, il se proclame ou se fait proclamer par le dieu lui-même fils d’Amon ; à Dendérah il reconnaîtra Hâthor pour sa mère, et Isis à Philæ. Les rois accordent ce titre à leurs prédécesseurs comme ils le prennent pour eux-mêmes ?.
Les exemples abondent. Il en est même de bizarres. Les Ptolémées, restaurateurs de toutes Les vieilles traditions, ne manquent point à cet usage. Sur une stèle de Meadès, Philadelphe se qualifie : « celui qui aime le Bouc seigneur de Mendès... le fils aimé » du Bouc... doué de la force de son père, le Bouc sacré » de Mendès » °. Il est vrai que ce Bouc incarnait ici un grand dieu, Ptah.
Si les rois se parent de ce titre de fils de la divinité révérée dans un temple, il serait invraisemblable qu'autour d'eux, à leur cour, dans le sacerdoce ou parmi les simples particuliers, quelqu’un se permit de révoquer en doute ce qu'affirme le roi ou de contester ses droits. Aussi ses sujets parlent-ils comme lui. Aïnsi, l'architecte Souti, s'adressant à
4 Jliad., XII, 23. — Hymn. Homer., XXXI, 18 ; XXXII, 19. 2 « Le roi Thotmès III, dit un Ptolémée à Dendérah, avait fait des fondations pieuses » pour sa mère, la déesse Hâthor. » (Dümicnex, Bauurlsunde, Introd., p. AS MDI EXNE
CHABas, p. 7).
3 Stèle de Mendès (Z. Z., 1875, p. 35; Serne, Urkunden, TT, 33).
Amon et parlant d'Aménôthès I dit : « Ton sanctuaire que t'a fait ton fils aimé »°.
Ce n’était donc pas chose inouïe que le grand prêtre de l’Oasis d’Amon saluât Alexandre du nom de fils de Jupiter, af At. Par là, il ne faisait que reconnaitre son avènement au trône d'Égypte ?. Roi venant visiter un temple, Alexandre devait être considéré comme le fils du dieu adoré dans ce temple, et le nom de Jupiter servait d'équivalent à celui d'Amon, comme lui souverain des dieux. Omettre cette qualification eût été de la part du prêtre égyptien une faute grave contre le protocole. Cet Egyptien n'avait pas à s'inquiéter des conséquences que les Grecs tireraient de ce salut selon leurs mœurs propres et leur mythologie.
Mais en se nommant fils du Dieu qu’ils visitent ou invoquent, les rois ne veulent pas seulement prendre un titre honorifique et par une filiation élective, signifier leur dévote affection. Peut-être n’y at-il que cela dans les noms de Aahmès, Thotmès, Râmessou, qu'ils portaient avant de monter sur le trône et qu’à leur imitation porteront beaucoup de leurs sujets. Mais dans leurs invocations à leurs parents divins, ou leurs affirmations directes qu'ils sont leurs fils, ils prétendent exprimer une réalité. Le roi n’est pas d’une lignée mortelle. Ainsi, Pépi se fait-il dire : « Tu es fait » toi-même le Crieur pour père; car tes pères ne sont pas humains ; » mais ton père est Sema-oïir°, et tes mères sont les jeunes » femmes (des quatre points cardinaux) » ‘.
Entre tous les dieux ce sont les plus grands que le roi inscrit dans sa généalogie. Il y à pour auteur les grands dieux des éléments, le Ciel et la Terre, Nouït et Sibou (Gabou)°. Mais, pourrait-
1 Si-k-mer-k. Stèle des architectes Souti et Hor (Prenrer, Æec., 1873, p. 72). Cf. « Salut à » toi, Sorkari, fils d’Amon, sorti de sa chair » (Proscynème de Nibnofri, stèle B 4 de
Copenhague : 2. Tr., IT, 181). — « © Baïnirä..….., tu es établi à la place de ton père » Haremakhou. » (Pap. Anastasi 3, pl. vu, Ode à Ménéptah I : Cnapas, £4., p. 220; MasPero, G. Ep., p. 78); — St. d'Hammamat.
2 Cf. Maspero, Comment Alexandre devint Dieu en Egypte (Ann. de l'Ec. des Htes Et., 1897) ; Boucué-Leczerco, Lagides LI, p. 21-23.
3 C'est-à-dire le grand Assembleur, le Créateur.
4 Pyr. Pépi I, L. 84-85 (Masrero, À. Tr., V, p. 170).
5 L'un des plus anciens monuments des vieilles dynasties, le cercueil de Mycérinos {ve dynastie) l’atteste ainsi : « O Osiris, roi Menkaourâ, vivant éternellement, né du ciel, » issu de Nouït, chair de Sib (Gab), ta mère Nouït est étendue sur toi. » (Vvse, Opérations, IT, p. 94, pl.; Lepsius, D., II, 2; Auswahl, pl. vu). On a révoqué en doute