LE ROI EST HORUS DIEU-FILS
on objecter, n'est-ce pas seulement en tant qu'Osiris, c’est-à-dire en tant que défunt, que d’après les textes funéraires, Sibou et Nouït enfantent le roi? D’autres témoignages s'appliquent plus sûrement au roi vivant et lui donnent pour mère Hâthor ! la « mère de tous les dieux » * Maout, Néït, etc., pour père, Toum*, Ptah#, Thot, etc.°. La maternité des déesses s'affirme dans les textes? et se décèle aux yeux par le geste qu’elles font de présenter le sein au roi*.
l'authenticité du monument : il a pu en effet étre restauré ou refait à un âge postérieur ; mais la prière, qui ne se trouve pas au Livre des morts, est répétée sur plusieurs cercueils de l'Ancien empire (LeNormanr, Le cercueil du roi Mycérinus, 1839 ; SEïHE, Æ. Z., XXX, 94-98 ; Masrero, A. O., I, 376).
Pépi I affirme de même : « O dieux! ce Pépine connaît point sa mère qui la première la » connu; mais c’est Nouït qui a enfanté ce Pépi, avec Osiris » (entendez : «en même temps » qu'elle enfantait Osiris ». Pyr. Pépi I, 1. 643 : Masrero, À. Tr. VIII, p. 99); et dans son protocole il insère la qualité de « fils de Sibou (Gabou) ». (Pyr. Pépi L,1. 65 : 2. Tr. V, p.167).
1 Ainsi dans une inscription de Tanis, Pépi inclut dans son cartouche les mots : « fils d'Hathor, maîtresse d'Héliopolis. Hathor nebt Ant si Pépi. » (De Roucé, 6 dyn., p. 176 ; Znscr. I, 75 : Lepsius, Kœnigsbuch, n° 95 es). L'origine de cette Häthor fait penser à la paternité de Râ, seigneur lui aussi d'Héliopolis, et le principal père des rois. Un Montouhotpou de la xr dyn. insère dans son cartouche tantôt le titre de « fils de Rà, Si-Ra », tantôt celui de « fils d’'Hathor, maïîtresse d'Héliopolis, Sè ÆHäthor nebt Ant ». (Pierre de Cheikh-Mouca : À. Tr., XIV, 26).
2 Mos nutru nebu. (Cf. Cuasas, Mél., II, 61).
3 Pépi Ie s'intitule «fils de Toum d’On et d’Hâthor de Dendérah » (Cartouche à Bubastis : Navizze, À. Tr. X, 160).
Sur une stèle de Suez, Ramsès II présente le gâteau sacré à « son père Toum », et celui-ci lui répond : « O mon fils que j'aime ! » (Masrero, S'ur deux monuments).
# Ramsès II à Abou-Simbel adore « son père Ptah » ; le dieu « qui engendre les dieux chaque jour » prend soin de répondre «à son fils qui l’aime, le premier-né de ses entrailles », et d'affirmer sa paternité ; et en chœur les dieux et déesses ‘émoins de la scène appuyent sur la divinité de Ramsès : « C’est toi, disent-ils à Ptah, qui es notre « père, qui nous as fait naître; il y a un dieu pareil à toi, Le roi Ramsès ». (Abou-Simbel, décret de Ptah, 1. 1-6 : L. D., MI, 194; Navizze, 77. S. B. A. VII, 117-138).
5 Thot est le « générateur divin du souverain » (mesu duaut n hiq : Lersius, Auswahl, pl. XII, 11; CHapas, Mél. II, 62).
6 On voit même la princesse Nekhabit, mère de la reine Rämeriâänkhnas qualifiée « fille de Thot, d’Horus, de la vache Hat-mereh (Hathor) et de Kabeba » (Stèle d'Abydos, DE RouGé, Six dyn., p. 133).
7 Maout embrasse Ramsès II et Hâthor allaite Séti à Qournah avec cette légende : « Je suis ta mère ; j'ai créé toutes tes beautés, je t'ai nourri de mon lait. » (Qournah, chambre c; L. D., III, 431. — Il est dit de Darius Ie « né de Neït. dame de Sais... « Lorsqu'il était dans le sein et qu'il n’avait pas paru sur la terre, elle l’a reconnu pour » son fils... elle lui a (tendu) son bras avec l'arc devant elle... ainsi qu’elle l'avait fait » à son fils le dieu Râ. » (Stèle de Tell-el-Maskhoutah : 2. Tr., XIII, p. 106).
8 Hâthor allaite Thotmès III et Amenôthès II à Karnak (L. D., III, 35h et 62).
— Deux déesses et la vache Hâthor allaitent Aménôthès III à Lougsor (Gayer, Lou:ror, pl. 66; Morer, Royauté, p. 58 fig.)
— La grande déesse allaite Harmhabi debout à Silsilis (Cuampozzron, HMon., pl. 109; Rosezunr, Mon. Stor., pl. 44 ; L. D., IIT, 421b ; Masrero, #. O., I. 263, fig.)
— Isis allaite Séti Ier assis sur ses genoux à Abydos, plusieurs Häâthor l'allaitent debout (Marrerre, Abydos, 1, 25; L. D., III, 131-173).
— Amonit allaite Philippe Arrhidée à Karnak (L. D., IV, 2e).
Voir encore : Ramsès II à Silsilis, Karnak, Beït-el-Oualli (L. D., III, 122, 150 b, 177). Ramsès III à Médinet-Habou (L. D., III, 218), Chéchonk I à Karnak (L. D., II, 235: ; IV, 2), PtoléméelIl à Philæ (II, 62). Cf. Maspeno, Wotes, Pr. S. B. A., XIV, p. 308, Morer, Royauté, p. 63-65, 222 ct 246; fig. 8, 10, 62.
L’assimilation du roi à Horus, que nous rencontrons sur les monuments aussi loin que nous remontions dans l'antiquité et à la limite mème de la période préhistorique, s'accorde facilement avec ce titre de « fils de dieu ». Admet-on l'hypothèse totémique, on dira que le roi, chef de ce clan des Faucons® qui conquit toute l'Égypte, possédait par excellence tous les avantages et qualités de son clan : plus que quiconque, il était protégé du Faucon ; dépositaire de la puissance du totem, on le reconnaissait parmi ses descendants pour l'héritier privilégié, le fils aîné, le seul qui n'oublia jamais son ascendance et ne cessa de se dire « faucon,
» œuf du grand Faucon divin »*. En tout cas, lHorus de la légende, n'est-il pas le « dieu fils » par excellence? Il naît d'Osiris ressuscité et d’Isis pour donner à son père une nouvelle vie. On ne doit donc pas s'étonner de voir donner cette qualification de « dieu fils d’un dieu » à tous les rois depuis Pépi [*‘ jusqu'à Ptolémée Épiphane*, aussi bien qu'aux rois préhistoriques eux-mêmes. Comme corollaire de celte 1dentification, les divinités du cycle Osiriaque ont avec le roi les mêmes rapports qu'avec le dieu. Osiris est son père°. [sis est sa mère”, et lui dit: « O mon fils que j'aime, ta personne est » la personne sortie de mon sein vénérable tout comme Horus ».
1 De même le chef du clan opposé, celui des Sétiens, se regardait comme un Sit, héritier et descendant authentique, fils ou réincarnation du grand Sit primitif, oryctérope ou okapi, qui devint dans la légende le frère et rival d'Osiris.
2 Voir la citation de Ramsès III, infra, p. 37; les références sur le totémisme, supra, p. 17, n. 2.
3 Le salut initial des stèles d’Horus sur les crocodiles met avant tout autre ce titre de filiation : « dieu, fils de dieu, chair, fils de chair, taureau, fils de taureau, enfant d’une » épouse divine, Horus etc. » Cf. Caapas, Æ. Z., 1868, p. 103; Erers, Æ. Z., 1880, 55.
4 Loc. cit. : Pyr. Pépi I, 1. 461 (2. Tr., VII, 169).
5 Inscr. de Rosette, 1. 6 : un f m ntr si ntr.
6 Thotmès I lui donne ce titre (ne Roucé, Z. Æ., pl. XXII).
— Ramsès IV lui rend hommage comme tel: «Il dit à son père Osiris : «O mon D» IDÈTE je viens à toi, étant issu de ton souffle {perna m khenti fent k). Je suis ton » fils, je te réjouis, je suis vis-à-vis de toi comme Horus.» Prière de Ramsès IV à Osiris : stèle d’Abydos, I. 8, 6. (Prerrer, 2. Arch. 1869, p. 279). — Cf. ce passage plus expressif, puisque ce n’est pas le roi qui parle. et que ce n’est pas dans le temple du dieu : «Sa mère Isis est établie sur sa tête... Le Seigneur universel l’a produit, son » père l’a engendré en fils chéri; il l’a élevé sur le trône... Seigneur depuis le jour » qu'il est sorti du sein. » (Stèle d'Hammamat, an III de Ramsès IV : Prenner, 2ev. arch., 1869, p. 277; L. D., III, 249).
7 La tradition a tänt d’empire que le surnom « Philométor » de certains Ptolémées a été traduit dans leur cartouche « aimant Isis » /sit-meri.
8 Bincu, Æ. Z., 1869-53. — Cf. : « La mère de Mirinri est Isis, sa nourrice est Neftis ». (Mirinri, I, 181 : R. Tr. XI, 29).